Cueillette de plantes sauvages: Alliaire officinale, nombril de vénus et douce-amère

Hello les gens! Ca faisait longtemps non? (au moins UNE SEMAINE!)

Bref. Me revoici, surfant sur les vagues de mon installation en Irlande. Sans vouloir trop m’attarder sur ma vie, je me suis installée tranquillou, je commence la reconnaissance des environs, je me balade pour trouver des coins tranquilles pour me ressourcer dans la nature (je suis tombée sur un tilleul gigantesque juste à côté d’une petite rivière…sublime, dommage qu’il y aie pas mal de déchets, va falloir que je ramasse tout ça , ça sera une bonne offrandes aux esprits du lieux) , j’essaye d’être sociale comme je peux , je reconstruis tout doucement mon espace en tissant ma toile un fil après l’autre.

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Illustration: Lucien Lévy-Dhurmer

J’essaye de ralentir. Prendre conscience de tout ce qui me reste à faire, y aller étapes par étapes . Se structurer au sein d’un nouvel espace n’est jamais facile, la perte de repères est toujours extrêmement fatigante pour le moral et le le physique, tu dépenses une montagne d’énergie hallucinante à trouver un compromis entre essayer de te protéger  et en même temps s’adapter et apprendre de son nouveau milieu, tel un petit poisson rouge balancé au milieu de l’océan (NEMOOOOOOOO!)

Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement sociable à la base, je me sens toujours mieux seule au milieu des arbres qu’en compagnie nombreuse; j’adore les gens, c’est juste que je me sens très vite enfermée, ou opressée au sein d’un grand groupe . Tu as l’impression d’être décalée, à côté de la plaque, obligée d’exercer un contrôle sur ce que tu es pour rentrer dans le moule sociétal. Et même si ce jeu en société est indispensable dans les relations humaines, il m’a manqué durant toute ma jeunesse, et encore maintenant, je n’ai pas encore ce petit quelque chose qui fait que tout coule de source dans la relation avec l’autre; c’est comme si je m’imposais en permanence un « filtre » qui m’empêcherais de ressentir trop profondémment ce qui m’entoure.

Mettre à bas ce « filtre », comprendre pourquoi et quand il se met en place, et comment le contourner pour prendre du plaisir à être avec les gens au lieu de se perdre dans les méandres des suggestions et projections mentales qui ne font que t’enfermer encore plus en toi même est un sacré travail de tous les instants.

C’est un travail de prise de conscience, de compréhension des mécanismes de défenses qu’on a pu développer à cause/grâce à nos expériences passées et notre sensibilité.

Simplement laisser les choses couler lorsqu’on les sens venir, laisser couler les sensations qu’on capte, celles qui viennent de nos défenses. Ne pas fermer nos portes, laisser le flux du monde et des autres entrer en nous. Ne pas laisser l’eau stagner en nous, tous ces souvenirs, peurs, angoisses qui se transforment en une eau noire qui nous enlise, transforme une partie de nous en un marais insalubre (et vive les moustiques et les crocos là dedans) .

Demande à l’eau de couler. Ne te ferme pas. Si tu es en colère contre quelqu’un, c’est que ça te renvoie à quelque chose que tu n’aimes pas chez toi. Si tu es dure avec les autres, c’est parce que tu es dure avec toi même . Si tu traites autrui avec respect , tolérance et gentillesse, tu fais de même avec toi même.

Chère Baba Yaga, les gens me disent parfois que j’ai l’air faché alors que c’est juste que je m’ennuie. Est-ce qu’ils voient quelque chose en moi que je ne vois pas moi même?

Baba Yaga

L’ennui est comme le dessus d’une vieille souche détrempée, l’eau de pluie qui tombe dans ce petit puits rend possible la décomposition vers laquelle les cellules se laissent naturellement aller. Que se passe-t-il donc en toi pour que tu stagnes si facilement? Remues l’eau morte et regarde ce qui se passe tout au fond.

Via Taisia Kitaiskaia

Il me reste encore pas mal de travail à faire là dessus, mais j’ai l’espoir d’arriver à renverser la tendance!

En attendant je m’attelle à reconnaître les plantes du coin que j’intègre petit à petit à mon alimentation. Je me suis achetée un mini-blender, c’est ultra pratique pour faire des genre de pestos végétaux: tu prends tout ce qui te passes sous la main, tu mixes avec de l’huile d’olive, du citron et de la sauce soja et hop! T’as un super truc à tartiner sur ton pain du midi (tu peux même pousser l’awesomitude jusqu’à faire ton pain toi même, mais bon faut avoir un four et du temps devant soi!) Je fais déja quelques salades avec du plantain, des jeunes feuilles de tilleul (ultra bon et très doux, je vous conseille!), quelques orties cuisinées comme des épinards et de la vesce comme dans l’article précédent, et j’ai appris à reconnaître trois nouvelles plantes que je vais vous présenter par la suite (toutes les plantes que je vous présenterai dorénavant sur ce blog seront des plantes que j’aurais touchées, senties,et goutées quand comestibles, et cueillies avec mes petites mimines):

-L’Alliaire Officinale ou herbe à ail ( Alliaria petiolata )

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Elle est aparemment devenue envahissante aux états-unis, en tout cas en France je n’en ai presque pas croisé, mais j’en ai trouvé par ici. Elle aime bien les clairières et les lisières de forêt, les bords des murs, il ne faut pas la confondre avec les Dentaria, Osmorhiza claytonii,et Saxifraga virginica : vous pouvez la reconnaître facilement grâce à l’odeur légèrement aillée que dégagent ses feuilles lorsqu’on les froisse (l’odeur est un très bon moyen de reconnaître les plantes médicinales et/ou toxique) et la forme caractéristique des feuilles.

Vous pouvez en faire des pestos, des salades, cuire les feuilles comme des épinards, ou encore se servir de ses graines pour faire un genre de moutarde (d’où le nom anglais Garlic Mustard ) . Les feuilles sont tendre , pas poilues ou coriaces comme peuvent l’être d’autres plantes sauvages; et en plus ça a plein de propriétés médicinales: elle est diurétique, on l’utilise aussi pour traiter l’asthme, ou la goutte, ou encore fraiche en cataplasme, pour désinfecter .

Et nos ancêtres les utilisaient déja depuis trèèès longtemps, la preuve, on a même retrouvé des traces de graines sur des poteries datant de 6000 AVT JC! (whouuu, prends ça dans les dents)

Le Nombril de Venus (Umbilicus rupestris)

Alors celle-ci, impossible de la confondre avec une autre plante. Ca ressemble un peu a une espèce de cactus qui aurait copulé avec une girolle, c’est gorgé d’eau (une plante « succulente » on dit aparemment en botanique, et je vous assure que mon palais la confirme comme succulente également au niveau culinaire). Elle aime les vieux murs, les vieilles pierres toutes humides, les endroits ou le soleil ne passe pas très souvent. Je ne me souviens pas en avoir vu en France mais je sais qu’il y en a , en tout cas ici, au royaume de l’humidité et des vieilles pierres, elle s’en donne à coeur joie la petite!

Celle-ci par contre , il vaut mieux éviter de la cuire, c’est un peu un gros gâchis; le meilleur moyen de la cuisiner, c’est fraîche, en salade. N’oubliez pas de cueillir celles qui sont hors d’atteinte des pipis et cacas de renards ou autres ragondins (qui transmettent la leptospirose), c’est préférable lorsqu’on consomme les plantes crues. En plus elle a un super goût, qui peut être légèrement amer lorsqu’elles sont vieilles ou qu’elles produisent des fleurs.

Nicholas Culpepper , un physicien, astrologiste, botaniste et herbaliste (qui n’est pas très considéré aujourd’hui, car il appliquait une classification astrologique aux plantes, on comprenne que ça plaise moyens aux scientifiques modernes) lui prétait des vertus dépuratives, et un effet particulièrement bénéfique sur les reins: elle est sensée être efficace contre la plupart des maux d’origine « chaude »:

« Boire le jus ou l’eau distillée de nombril de Vénus est très efficace contre toutes les inflammations ou échauffements non-naturels, pour refroidir une brûlure d’estomac, un foie chaud, ou les intestins: les feuilles, le jus, ou l’eau distillée, appliqués en externe, soignent les boutons, l’ergotisme (un genre d’intoxication provoqué par la consommation d’un champignon présent dans le seigle), ainsi que d’autres échauffements externes. Le jus ou l’eau aide à purifier les reins stagnants, qui sont blessés ou ulcérés par les calculs; ils font aussi uriner, sont efficaces contre les oedèmes et aident à dissoudre les calculs rénaux. Lorsque qu’on l’ utilise dans un bain, ou écrasée pour en faire un onguent, elle calme les veines enflammées; et est également très efficace contre la goutte et la sciatique, et combat les noeuds présents dans le coup ou la gorge, qui se nomment le mal du roi: Le jus ou l’onguent soignent les engelures et les bleus, en les aidant a disparaître rapidement. »

Pour plus d’infos , n’hésitez pas à aller checker la vidéo suivante, qui vous permettra de bien reconnaître le nombril de Vénus:

Nous allons donc finir notre petit article avec une PLANTE TOXIQUE! (yeaaaah vous l’attendiez celle là, avouez! Une plante magique :D) j’ai nommé la très jolie Douce Amère (Solanum dulcamara)

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(dorénavant, j’utiliserai cette illus de Pam Wishbow pour parler des plantes toxiques, histoire d’être sure et certaine que quelqu’un qui aurait lu l’article en diagonale ne s’amuse pas à les ajouter à sa salade)

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Jasmin à gauche, douce-amère à droite, et l’insecte c’est un magnifique sphinx à tête de mort et sa chenille de toutes les couleurs

La douce-amère fait partie de la famille des Solanacées (en anglais on les appelle les Nightshade, c’est quand même vachement plus classe), dont font partie entre autres la Belladone, la Datura et la Mandragore, et aussi…la patate. Et oui la patate on dirait pas comme ça, mais c’est sacrément badass. On consomme les tubercules (donc la chose informe que nous appellons « pomme de terre »), mais les feuilles , et toutes les parties vertes des turbercules sont toxiques et contiennent de la solanine, un poison assez violent, que seule la larve de quelques papillons comme le Sphinx tête de mort peuvent boulotter tranquillou, alors que ça peut vous allonger raide mort . La solanine provoque des troubles cardiaques, vomissements, nausées, diarrhées, paralysies, fièvres, hallucinations; évitez de manger des feuilles de patate si vous voulez vous tapez un trip, les effets secondaires risquent de vous gâcher le voyage.

La Douce Amère aime les endroits un peu sombres, et surtout très humides, comme les bords de vieux murs ou les points d’eau.

En magie, elle est réputée être protectrice lorsque accroché dans un endroit secret de chez vous, ou aider a soigner les souvenirs amers lorsque portée sechée, dans un petit sachet par exemple. Elle est utile si vous faites de la magie Faery (ce que je ne pourrais pas confirmer, je n’en fais pas) , et est associée à Mercure et Saturne.

La Douce-amère est moins toxique que ses congénères, aparemment les amérindiens l’utilisaient en pommade pour traiter l’arthrite, les tumeurs, les problèmes digestifs… Mais là encore, je ne vous conseillerais pas de faire de même!

Vous pouvez trouver d’autres informations sur la douce amère par ici, mais c’est en anglais!

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Allez des bisous à tous, et à la prochaine!

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De l’essence de la Magie

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. […]

Baudelaire, Correspondances

robert fludd

Robert Fludd

J’ai un peu de temps pour moi en ce moment, du coup je jardine, je lis, je glande au soleil, je prends du temps pour cuisiner et tester des trucs avec des orties , de l’ail des ours et de la ciboulette sauvage. Et entre les deux, je réfléchis. A un peu de tout et n’importe quoi , aux gens, à ma relation avec le monde, à ma perception . Un ami me disait que chacun était enfermé dans sa propre bulle de perception du monde, armé chacun de sa propre perception dépendante des 5 sens, qui sont, comme disait Blake, «  the chief inlets of Soul in this age »  (les canaux de l’âme dans cet âge-ci) . « C’est un peu comme si chacun jouait en réseau sur son propre PC et ne percevait le monde qu’à travers l’écran » qu’il me disait.

A partir de ce précepte là, comment pourrait on tirer des conclusions généralistes sur le fonctionnement du monde, ou ce que sur ce que doit être un homme et sa vision du monde? Et si nous partons sur ce principe là, n’y a-t-il pas du coup un danger réel de se dire « j’men fous, c’est ma vision, je reste là dedans et allez tous vous faire mettre », et du coup, de ne plus laisser la place à la moindre évolution? Comment pourrions nous dans ce cas interréagir avec autrui , échanger des informations, si notre vision est totalement différente des autres? (j’ai écris en premier lieu « Dieux » à la place « d’autres », c’est ce qui s’appelle un lapsus bien placé)

Pour moi , la réponse vient dans les signes. J’ai déjà abordé la questions des signes dans un article précédent ; ces signes sont à mon avis notre moyen de communiquer avec les gens, avec le monde, avec les dieux, avec les esprits. Nos problèmes de communications viennent souvent d’un problème de référents: si nous n’avons pas le même langage, les mêmes codes, la même culture, ou si nous ne sommes pas par exemple fichus de la même manière que la chose avec laquelle nous voulons communiquer, il nous sera plus difficile d’échanger. Moins nous possédons de choses en commun, moins nous pouvons nous transmettre des informations. Il nous faut alors trouver d’autres biais.

Le problème aujourd’hui , c’est que nous comptons uniquement sur le langage pour communiquer avec autrui, alors qu’il suffirait de faire fonctionner d’autres langages: le langage des signes (au sens plus large que le langage des signes utilisé par les sourds muets) , le langage du corps, le langage des formes, le langage des couleurs, le langage des sons…. Tout fonctionne pour moi par connections, interprétations, correspondances: c’est la qu’apparaît l’utilité du signe et du symbole dans tout ça. Selon Eduardo Kohn, la différence entre signe et symbole est de l’ordre de la sémiotique (l’étude du sens) : un signe, est d’après Peirce , quelque chose qui va faire une référence directe vers à un objet, à un concept, à une chose, n’importe laquelle. Ca peut être n’importe quoi, du moment que la chose désignée entre dans un processus sémiotique, c’est à dire qu’elle fait sens aux yeux de celui qui la perçoit. Un symbole, lui, est plus de l’ordre du code: c’est un signe qui réfère à quelque chose de plus global, en vertus de « lois » communes , de référents communs à ceux qui doivent l’interpréter: par exemple , les mots sont des symboles: le mot maison n’est pas une maison en lui même, mais il réfère au concept de maison tel que nous nous le représentons; par tous ceux qui partagent la connaissance de la langue française.

Pour moi, toute magie est fondée sur ces correspondances ; correspondances entre le pouvoir d’un objet et ce qui le représente, pouvoir du nom sur ce qu’il représente, pouvoir de la forme sur ce qu’elle fait naître ou contrôle comme forme d’énergie.

En conséquence, le tout de la magie réside dans la foi que nous professons en ces pouvoirs de l’homme, et, plus concrètement, dans le choix, la valeur symbolique et comme irrésistible du rite: ainsi, partout, on mettra en relief la puissance du Nom et de la Parole, la science du geste et de l’image. De là vient que les circonstances qui entourent le rite magique sont d’une importance capitale, circonstances de temps (minuit, sostice d’hiver ou d’été, « nuit des mères » ect), de lieux (les « hauts lieux », les tertres funéraires, les cimetières), d’outillage (le chaudron, le tambour, la baguette) et de matériaux (ossements, ongles, cheveux, métaux..)

Regis Boyer, le monde du double

J’avais lu un truc marrant dans un bouquin de fantasy qui m’avait fait bien rire, parce que ça correspondait bien au shmilblick « la loi de la connection, la loi de la similarité »: plus les connections sont nombreuses, plus le transfert de pouvoir se fait bien, plus l’objet représentatif est similaire à celui qu’il représente, plus celui-ci est efficace; d’ou l’utilisation, par exemple, de cheveux, d’ongles ou autres parties de la personne visée dans les rites vaudous où l’on se sert d’une poupée comme de symbole de la personne que l’on vise. Les mots sont également puissants; et c’est pour moi une des raisons principales de l’utilisation des kennings (un genre de figure de style utilisée en poésie scaldique qui fait figure de métaphore) : en faisant des connections entre la force que l’on veut manipuler et d’autres forces possédant des caractéristiques similaires (ex: le bateau était le « cheval de la mer ») , on en renforce le pouvoir.

On distinguait en gros trois types de « magies » dans les croyances scandinaves:

-le Sejdhr, lié surtout à Freyja qui, dit-on, l’a enseigné à Odin , qui est une forme de chamanisme, ou le praticien entre en transe, et communique de par ce biais avec les esprits, ou dieux; il peut effectuer des sorties hors du corps, ou se faire posséder (« chevaucher ») par les esprits appelés. La transe était provoquée à l’aide de chants , d’incantations, et de danses ou de tambours effectuées par des personnes entraînées et désignées. L’une des descriptions de Sejdhr les plus marquantes vient de la Saga d’Eirikr le rouge : la prophétesse s’installait sur un coussin rempli de plumes de poules sur une chaise haute (le sejdhr était pratiqué majoritairement par les femmes, car il était dit que ça rendait Ergi, autrement dit « tapette » ou effeminé, ce qui était une très grosse insulte à l’époque ou un homme, ça se devait d’être bourré de testostérone jusqu’à déborder de barbe de par les narines. ) Elle portait un manteau bleu a fermoir orné de pierreries, un collier de perles de verre, un capuchon en peau d’agneau noir sur la tête doublé d’une peau de chat blanc a l’intérieur, et tenait à la main un bâton terminé par un pommeau, et orné de laiton . Certains reconstructivistes néo paiens pensent qu’il s’agirait d’un baton qui lui permetterais de voyager dans les différents mondes d’Yggdrasil, en suivant les encoches du bâton. Elle portait également une ceinture en amadou avec une peau qui lui servait à stocker des objets divers et variés, des gants en fourrure de chat à long poil, des chaussures en peau de veau.

Lorsqu’elle fut installée, on lui servit des mets, puis les femmes firent un cercle autour de l’échafaudage (chez certains rites amazoniens, on forme aussi des cercles autour du chaman, et chaque homme du cercle joue d’une longue flute durant le rituel, ce qui sert de protection). Une femme déclâma un poème, puis la prophétesse fut en mesure de livrer les informations collectées auprès des esprits.

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Disablot, par Malmström

-le Blot  , ou sacrifice : on sacrifie quelque chose de vivant, dans l’idée de donner la force de vie à l’esprit qu’on invoque, ou d’utiliser cette énergie dans un but donné; c’est quelque chose qui a été beaucoup pratiqué chez les cultures méso-américaines, ou le sang représentait « l’eau de la vie » et faisait figure d’une des plus hautes offrandes; on retrouve cette idée de sacrifice chez les Orishas à Cuba, mais également dans l’hindouisme, ou par exemple la déesse Kali était reconnue aimer le sang.Il y avait par exemple le haustblot (sacrifice d’automne), le sumarblot (sacrifice d’été),le Disablot (le sacrifice aux Dises, ces esprits qui protègent la lignée familiale), le Freysblot (sacrifice a Freyr). Lors du Freysblot par exemple, on lui sacrifiait un cheval, on récupérait son sang qui sert d’offrande, et pour ne pas faire de gachis et parce que le cheval était un sacrifice de très grande valeur, on préparait puis consommait la viande lors d’un banquet.

Pour Odin, on prenait l’habitude de lui sacrifier soit des animaux, soit des humains, par pendaison , comme il se doit avec son passif de masochiste (pour le rappel: Odin s’est pendu durant 9 jours à Yggdrasil pour apprendre le secret des runes) Après ce sacrifice, on consultait les augures, en jetant par exemple des fragments de branches (hêtre ou (tchêne) sur un linge blanc, et en essayant d’en déchiffrer les formes et les signes, ou en servant de buchettes (trois buchettes jetées qui avaient chacune un côté noir, un côté blanc. Tiens donc on dirait du Yi King). Et puis venait finalement le temps du banquet sacrificiel , ou l’on mange l’animal sacrifié, et surtout où l’on boit des coups (bière, hydromel) aux gens, dieux ou esprits que l’on a envie de remercier: on consacre la corne a boire, puis on la fait circuler parmis les convives.

le Nidh, qui est utilisé dans la plupart des textes comme une malédiction. On distingue deux types de Nidh: le trénidh exécuté a l’aide d’un bâton de bois (souvent en noisetier), parfois d’une tête de cheval, et le tungunidh qui utilise la langue comme support principal.Les Nidh s’accompagnent la plupart du temps de formulations poétiques (les nidhvisur) , qui sont tout autant de moyens de se servir de l’énergie. Par le Nidh, on invoquait les esprits du lieu (landvaettir), les Ases, les Vanes , les godh, bönd et rögn . Pour le trenidh par exemple, il existe un exemple dans la Saga d’Efill fils de Grimr le chauve  : Egill, le héros, fut chassé d’Angleterre par le roi Eirikr. Il décide de remonter sur l’île, puis pris une tête de cheval, l’empala sur un poteau de noisetier, puis récita la formule suivante:

« J’érige ici un poteau d’infamie et je tourne le nidh contre le roi Eirikr et la reine Gnnhildr – il tourna la tête vers le pays – , je tourne ce nidh contre les esprits tutélaires qui habitent ce pays, afin qu’ils s’égarent tous, que nul ne parvienne a s’y retrouver avant qu’ils n’aient expulsé du pays le roi Eirikr et la reine Gunnhildr. « 

Puis il enfonca le pieu dans une fente de rocher, tourna la tête vers l’intérieur du pays et grava des runes sur le poteau, puis il récita une autre formule avec ses compatriotes, et remonta enfin sur son bateau.

La plupart des Nidh cités dans les sagas nordiques sont souvent pas très sympa, mais m’est avis qu’on peut très bien utiliser ce genre de rite , en évitant d’empaler des têtes a tour de bras, pour des pratiques bénéfiques. Pour les esprits du lieux, pour protéger, ou défendre. le Mot prend ici toute son importance, ainsi que la façon dont on le récite, son rythme , et les métaphores et correspondances qu’il porte.

Pour finir parce que ça fait long comme article, ces trois rites ne sont qu’une porte d’entrée, j’imagine qu’il en existe autant de formes qu’il existe de magies; j’aimerais bien parler de ces spécificités dans des prochains articles, on verra si je ne m’égare pas encore en chemin!

Bonne soirée les loulous et faites pas trop de cauchemards de têtes de cheval tranchées ou de peaux de chat!

Le_cauchemar-J.H.Füssli

(mouahahahaha *rire sardonique*)

Sources: Le monde du Double de Régis Boyer, et How Forest think, d’Eduardo Kohn

La magie scandinave, par Regis Boyer

Je voulais vous poster ce petit texte tiré du Monde du Double, de Régis Boyer.

Il y fait une description de la magie que j’aime beaucoup, et que je voulais vous faire découvrir. Certaines choses vous paraitrons surement évidentes, mais ça fait toujours plaisir de se les remémorer!

Valknut Odin Hammars Stone Sweden

« En définitive, il n’est pas aussi difficile qu’il pourrait le paraître de justifier l’importance capitale de la magie chez les anciens scandinaves. C’est un univers où la notion d’ordre est fondamentale, conjuguée à un réalisme et un pragmatisme que dit encore, aujourd’hui, la civilisation de ces pays. Ce n’est pas un hasard si le splus anciens documents germaniques que nous possédons sont des textes de lois, d’ordinaire d’une surprenante minutie ; et si nous hésitons à juste titre à considére Loki comme le dieu du « mal » : responsable du désordre; fauteur de chaos serait certainement plus approprié, notre notion de « mal » n’ayant guère cours sous ces latitudes.

Or, le monde est en ordre, tel qu’il est, c’est à dire double, réel et surnaturel, matériel et spirituel, composé des vivants et des morts : j’aurais insisté autant que je l’aurai pu sur le non-sens de la dichotonie mort-vif dans le Nord. J’aurais constamment fait valoir l’imprécision des marges entre naturel et merveilleux, la constance du passage , son extrême facilité aussi, d’un règne a l’autre, les incessantes interférences : j’ai pu laisser, plusieurs fois, échapper le mot osmose.. Tout comme ce roi- lointain ancêtre de Saint Olafr qui lui doit son nom – qui devient alfe après sa mort et bénificie d’un culte en tant que tel, Olafr Geirstadhaàlfr (alfe des Geistradir) , il n’y a guère de départ catégorique entre les « dieux » et les hommes. […]Partout, ce ne sont que réincarnations, métamorphoses, dédoublements, abolitions des catégories spatiales ( hamfar) et temporelles (spà)

Voila pourquoi le domaine propre de la mort est si mal défini, d’une imprécision si redoutable. Le revenant, draugr, a une réalité physique tout a fait comparable a la notre : a l’inverse, on voit des vivants dresser un procès en bonne et due forme à un mort : c’est le duradomr dont le verdict revient, en somme, a obliger le trépassé à cesser d’interférer avec notre monde.

C’est que s’impose absolument la notion transcendante de Vie dont chaque vivant n’est qu’un vecteur : il est ouvertement conçu comme un lien dans une vaste chaîne  qui part des ancêtres dont il perpétue jusqu’au nom et qu’il élargit à toute la famille ou le clan, pour aboutir à la prospérité – chaîne qui n’est pas seulement d’ordre sanguin et affectif, mais légal et même philosophique puisqu’un être humain porte, ou bien un prénom qui allitère avec ceux de ses ancêtres, ou bien un prénom qui , traditionnellement , revient au premier né de chaque génération à l’intérieur d’un clan donné.

[…]

Ainsi le Réel reste nettement conçu comme une seule face d’un dyptique plus vaste: c’est bien ce que vérifie l’importance, dûment mise en relief ici, des sjonhverfingar (mirages), rêves de toute sortes, don de seconde vue, ect…La magie, ici, ne serait qu’extra lucidité ou nécessaire connaissance de l’autre face.[…]

Il y a un ordre du monde, une norme, un équilibre dont le maître mot est la paix. Inviolé se dit fridhheilagr : sacré parce qu’en paix. Pour se faire, il faut que chaque chose, chaque être soit a sa place : le thème de ces liens, que nous avons si souvent rencontré, ressortit, obscurément sans doute, à une conception de ce genre.

Et il me semble que c’est bien en fonction de cet ordre, de cette paix qu’existe, qu’intervient le rôle de la magie. Si elle est bénéfique, c’est en moyen de restaurer un ordre défaillant : tel est le rôle de la loi sacrée, qui ne soucie pas d’édicter un idéal, mais de restaurer l’état des choses tenu pour cohérent par un consensus général ; tel est le fondement de la notion de mannhelgi qui est la justification de la valeur d’un individu parce qu’il se tient a sa place, selon les prescriptions immémoriales. A l’inverse, si la magie est maléfique, c’est qu’elle cherche à détruire cet ordre: cela nous est dit dans la Saga de Njall le brûlé ; c’est un personnage détestable parce qu’il « abîme le tout ». Et enfin, si elle explore le temps, passé ou a venir, c’est pour s’informer de l’ordre idéal et de s’y conformer. […] C’est par là que s’établit la liaison intime entre magie et sacré: la magie est, en somme, célébration, restauration – ou a l’inverse, destruction – du vivant en soi. Son but est de rompre la paix, ou de restaurer la paix, prévoir la paix. Tous les rites que nous avons soit simplement relevés ou analysés avec quelque détail partent toujours de la conscience , claire ou diffuse, d’une norme.

Or ce type de mentalités, qui ne conçoit pas plus le statique qu’il ne se plait a la contemplation ou à la méditation, a, une bonne fois pour toutes, défini l’ordre, l’équilibre, non comme un énorme moment immobile, mais comme une perpétuelle tension, un effort agonistique, bref, un jeu de balance entre forces antagonistes.[…]

The_Ash_Yggdrasil_by_Friedrich_Wilhelm_Heine

Freidrich Wilhelm ,ash Yggdrasil

Nous avons fréquemment soulignés l’importance que prennent, dans cet univers, avant toute élaboration mythique ou théologique, les grandes forces naturelles: soleil, eau omniprésente, terre avec sa faune et sa flore, le tout ramassé autour de l’image superbe du grand arbre du monde, Yggdrasil, source de toute vie, de tout savoir et de toute destinée. Un symbolisme finalement simple, centré autour de quelques représentations animales facilement accessibles (l’ours, le loup, le cheval, le serpent) exprime cette colusion dont le dynamisme est le trait frappant : il reste la marque de cette décoration animalière que, des pierres runiques aux stackirker en passant par les bateaux et bijoux vikings, nous retrouvons partout.

Il n’est donc pas surprenant qu’il en aille de même dans le domaine que nous avons parcourut dans ce livre: énergie (kraftr), puissance (màttr, megin) sont au rendez vous de tous les rites et pratiques que nous avons abordés. Pour ne revenir que sur un point, nous avons noté combien la prière , à des fins magiques, est rare : elle est remplacée par le cri, le hurlement, à la limite -dans les strophes scaldiques- le mètre fortement scandé, sinon incanté. »