La leçon de l’eau

Laissons se matérialiser tout ce qui a été prévu.

Laissez les croire.

Et laissez les rire de leurs passions.

Car ce qu’ils appellent passion n’est pas une sorte d’énergie émotionnelle,

Mais juste le résultat de la friction entre leur âme et le monde extérieur.

Et, le plus important: laissez les croire en eux même.

Laissez les être vulnérables comme des enfants.

Car la faiblesse est une grande chose et la force n’est rien.

Quand un homme naît, il est faible et flexible.

Lorsqu’il meurt, il est dur et insensible.

Quand un arbre grandit, il est tendre et souple,

Mais lorsqu’il est sec et dur, il meurt.

La force et la dureté sont les compagnons de la mort.

La souplesse et la faiblesse sont l’expression de la fraicheur de la jeunesse.

Parce que ce qui a été endurci ne gagnera jamais.

 

Andrei Tarkovsky, Stalker

J’aime profondément l’eau. Je suis une enfant des rivières et des fleuves plus que de la montagne ou de la mer. Je suis née près de la Seine, et tout au long de ma vie, les rivières m’ont accompagnées. C’est elles que j’allais voir lorsque je me sentais triste, je laissais toute ma peine et mes soucis couler avec l’eau, j’adorais dissoudre mon être dans les eaux bouillonnantes et claires des torrents de montagnes, la brûlure du sang qui revient irriguer les membres après s’être baigné dans une eau glacée, la claque du courant sur tes muscles, cette sensation de faire partie d’une unité éternellement changeante.

Tu ne peux pas définir un esprit de rivière. C’est grand, c’est immense. Ils ont été là des siècles avant toi, ils seront là longtemps après ta mort, ils ont porté des denrées, des armées, ils ont porté les couleurs de la garance des teinturiers, les oxydes du tannage du cuir, les filets des pêcheurs, les corps des noyés et des victimes de la peste, la laine des moutons, le bois des forêts en amont , ils connaissent l’humain mieux que quiconque. Ils connaissent leurs ravages, leur soif de pouvoir, leur ingéniosité, leur vulnérabilité, leur dépendance à leur milieu. Ils connaissent les rythmes naturels, le flux et le reflux, les périodes de sécheresse et d’inondation. Ils connaissent la terre, le ciel , ils amassent les informations, les portent du ciel à la mer, dans un mouvement incessant.

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Personnification de la rivière Erne en Irlande.

On les a souvent représenté sous forme de serpents, ou de dragons dans les mythologies asiatiques, sous une forme plus humaine en europe. Nourricière et destructrice, porteuse de vie et de mort, pont entre le monde des hommes et des dieux , l’eau à toujours possédé cette dualité créatrice. C’est la connexion avec le Sidh chez les celtes. C’est Mannanan Mc Lyr, dieu des Océans et psychopompe. C’est dyonisos, dieu de la mer sauvage et trois fois né, qui une fois par an permet aux morts de remonter par la porte de son temple situé au beau milieu des marais. C’est Apabharani, la partie du ciel chez les hindous qui porte dans ses eaux les âmes sur le chemin vers l’au-delà. C’est l’eau de vie, et l’eau de mort, donné par les corbeaux à Ivan pour qu’il renaisse. C’est l’eau qu’Anubis redonne au mort pour revivifier son coeur. C’est le Styx, le fleuve des morts, c’est le Nil, fleuve de vie, c’est le Tigre et l’Euphrate, les berceaux de civilisation.

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C’est aussi les pierres trouées que l’on trouve dans les rivières, les Hag stones, qu’on dit dotées du pouvoir de contrer tout maléfice, car la pierre possède le pouvoir de l’eau courante sur laquelle la magie n’a aucune prise. C’est la perle qui renferme le pouvoir des dragons asiatiques, maîtres de la pluie, des sources et des fleuves. Ce sont les ponts, les bateaux, les lieux de passage, les portes. La délimitation d’un espace, la protection.

Et c’est la vie. La fluidité. Ce qui circule, ce qui remplit, ce qui est sans forme, sans visage mais qui possède une puissance inimaginable, une énergie cinétique impressionnante.

Les égyptiens le disaient: pour être en bonne santé, il faut que la chair soit ferme, et que les vaisseaux qui charrient le Ka, l’énergie vitale, soient souples. Si les canaux se rigidifient, l’énergie est bloquée et les parties non irriguées se dessèchent et meurent. L’artériosclérose , une calcification des artères qui peut conduire à une obstruction totale, est l’un de ces symptômes de rigidification. Quand le coeur n’a plus les rennes , quand la tête prend le dessus. Quand on oublie de se reconnecter à notre âme, qu’on est pas « alignés », comme disent les chinois. Pour eux aussi, comme chez les égyptiens, c’est le coeur, siège de l’âme et pont entre la terre et le ciel, qui possède le dernier mot .

Suivre le coeur ne veut pas forcément dire être impulsif. On est souvent victime des blessures d’égo, peur du rejet, de la souffrance, du changement…Mais toutes ces peurs sont d’origine mentale, et dictées par le souvenir d’expériences passées. Le coeur il s’en fout, il est là, il observe, il bat et il fait son travail quotidien pour nous envoyer l’énergie dont nous avons besoin. Le coeur écoute l’âme, et transmet ses informations sous forme d’émotions au corps. Libre nous de l’écouter ou pas ou d’en faire ce qu’on veut.

 

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Manifeste d’une charognarde

Bon mes p’tits amis, aujourd’hui on va aborder un sujet épineux:

La bouffe.

Si manger n’était qu’une fonction vitale destinée à nous maintenir en vie, on en ferait pas tout un plat. Les réseaux sociaux ne seraient pas un champs de bataille peuplé de cadavres de restes d’arguments de vegan/végétariens et carnassiers, picorés par les corneilles de ceux qui sont juste venus profiter du spectacle, et se repaître du combat idéologique qui y fait rage.

Mais la bouffe est sociale. Défendre son bifteck, c’est défendre ses idéologies , son mode de vie, ses principes, et quand tu t’attaques  à ce qu’il y a dans l’assiette de ton voisin, tu t’attaques  à lui même. En tout cas c’est ce qu’il croit. Tu t’attaque à cette partie de lui qui veut avoir raison à tout prix, et qui pense que ce qu’il mange changera la face du monde. Ce qui est vrai, en un sens. En tant que petit citoyen lambda, on ne dispose pas d’une marge de manœuvre très large, et notre principal moyen de pression, c’est la manière dont on consomme.

Pour ça, je ne vais pas vous refaire la morale. Si vous faites attention à ce que vous mangez, vous savez qu’il vaut mieux manger local, sans pesticides, privilégier les commerces de proximité et un circuit le plus court possible pour éviter d’avoir 36000 intermédiaires qui s’en foutent plein les poches et des producteurs qui rament pour arrondir les fin de mois. Vous savez que Monsanto/Bayer est Satan réincarné sur terre, vous savez ce que sont les AMAP et vous cultivez des tomates en jardins suspendus sur votre balcon.

Mais pour la viande?

On est d’accord, l’élevage intensif est une sacré saloperie pour l’environnement. Entre la biomasse globale qui est constituée de 80% d’animaux d’élevage pour seulement 20% d’animaux  sauvages, la destruction d’habitats naturels pour faire pousser le soja pour nourrir les cochons et vaches, les animaux qui sont parqués dans des conditions infernales , l’eau consommée pour un seul kilo de steak et les dégazements de méthane, on arrive  vite à un vrai désastre environnemental.

Et si seulement c’était le seule fléau. Ça serait bien pratique, ça nous permettrais d’appliquer cette vue dualiste tellement pratique et de diviser le monde entre les « gentils » végétariens, et les « méchants » carnivores. De fustiger les méchants et d’engager une chasse aux sorcières contre tous ces salauds qui creusent leur tombe en mangeant autre chose que des navets.

J’ai été végétarienne. Pendant trois ans. Et puis presque Vegan. J’engueulais ma famille à chaque fois qu’elle voulait me faire manger le traditionnel rôti du dimanche midi, parce que non, laissez moi manger mon pavé de tofu, merde. J’vous demande pas d’arrêter de manger de la viande mais foutez moi la paix si j’ai pas envie d’en manger.

Je ne suis jamais devenue végétarienne pour des raisons disons « de goût » ou plutôt de dégoût . Je n’ai jamais eu aucun problème avec le fait de manger un cadavre, on me montre la vache entière et on découpe un bout dedans, c’est pareil. Et peut m’importe de manger du cerveau, du foie, du coeur,de la graisse; des intestins en brochette comme au Japon ou une tête de canard coupée en deux comme en chine, des vers xylophages crus en immersion sauvage ou d’utiliser un pied de porc ou de l’os pour le ragoût, je ne suis pas de celles que ça rebute. Tu manges un animal, tu mange TOUT l’animal. Tu te sers de sa peau, de ses os, de  ses dents. Tu ne gâches rien. Pour ceux que ça dégoûte de manger de la viande, jamais je ne les forcerai. C’est un choix que je respecte et que je comprends tout à fait. Non, si j’étais végétarienne, c’était pour ces questions environnementales.

Mais le temps passant, j’ai découvert que le problème était un poil plus compliqué que ça.

A peut près  l’entièreté de notre mode de vie est nocif. Depuis l’électricité que nous consommons qui nous vient du nucléaire, en passant par les constructions qui sont en passe de siphonner le sable de la planète (eeeet oui! Le sable est la deuxième ressource la plus utilisée après l’eau. A votre avis on le fait avec quoi le béton? Pour plus d’infos allez donc regarder les chroniques hilarantes du professeur feuillage, l’héritier trash de c’est pas Sorcier), en passant par la pêche qui vide les océans, l’agriculture intensive qui est en passe de mener à une désertification générale en détruisant la vie des sols qui ravine vers la mer en même temps que la pluie, l’exploitation à outrance des ressources non-renouvelables comme le charbon, les métaux ( d’ici 50 la plus part des gisements seront épuisés, ou en tout cas inaccessibles ou coûtant trop cher  à extraire), l’industrie textile qui pollue les sols et l’eau , l’exploitation à outrance du bois pour le chauffage, la construction et l’ameublement; et bien sur notre grand champion toutes catégories, j’ai nommé le pétrole.

Les combats sont multiples. Et bonne chance pour dire lequel flingue le plus la planète.

A partir du moment où tu cesse de regarder les choses d’un point de vue binaire, tu cesse aussi de te trouver des solutions pour / te donner bonne conscience et dire que tu as fait ta part / trouver un bouc émissaire et lui taper dessus en se persuadant d’avoir fait sa bonne action de la journée. Tout est question d’équilibre, et la bouffe, c’est comme la religion: on fait ce qui nous semble juste en fonction de notre propre échelle de valeurs et de nos propres limitations, et on respecte l’autre, même s’il ne pense pas pareil. C’est un ensemble : on mange en fonction des moyens dont on dispose, si tu es dans une métropole tu ne vas pas avoir les mêmes produits que si tu vis à la montagne, à la mer, si tu es smicart tu ne vas pas pouvoir te payer les mêmes trucs que si tu es avocat à la cour pénale internationale,et tu ne vas pas avoir la même éducation, les mêmes connaissances. Tu n’as pas toujours connaissance du véritable impact de tout ce que tu fais, tout ce que tu manges, tout ce que tu achète. Tu choisis la facilité, et tu te conforte dans l’idée que tu aie raison, parce que s’il y a bien quelque chose pour lequel l ‘homme est près à se battre jusqu’à la mort , c’est bien de prouver qu’il a raison.

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source: kojad