Ce grand chien noir

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Bosser sur le karma , c’est toujours une sacré paire de manches. Un peu comme récurer des toilettes publiques avec une brosse à dents , et sans gants. Tu plonges dans la merde , la tienne, et tu essaye de comprendre.

En général, ça ne vient pas par hasard. Je ne suis pas du genre à croire au Karma. Pour moi, c’était un truc de faibles, le genre d’excuses qu’on se donne pour éviter de prendre en main sa propre vie et mettre sur le dos d’une éventuelle vie passée , c’est courber l’échine devant le « destin », c’est s’enfermer tout seul dans des croyances qui conditionnent ton comportement et te font tourner dans un cercle vicieux d’auto-flagellation, et de fatalisme.(-> « si il m’arrive toutes ces merdes, c’est parce qu’il faut que paye »)

M’enfin. Le fait est qu’on se prend une baffe, deux, trois, et même dix, toujours sur le même schéma, et qu’on fini par se dire qu’il y a quand même un soucis ou que l’univers se fout franchement de notre gueule. Mais qu’est ce que j’ai pas compris là dedans? Suis-je conditionnée au point de ne pouvoir sortir du bocal et de devoir tourner en rond pour l’éternité? Et si la mort ne délivre même pas de ces conneries, si on doit se les trainer encore sur plusieurs existences, on fait quoi? Et c’est quoi le but de tout ça? Qui juge l’âme, qui se permet de classer ses actions comme « bonnes », ou « mauvaises » et d’y coller son lot de châtiments ou récompenses pour la vie future?

Je ne suis pas le genre à courber l’échine. Quand je prends une baffe, j’ai tendance à crier ma haine au monde entier et à l’univers à qui je fais un énorme feuque tel batman qui envoie son signal sur les nuages, et je me relève aussi sec sans prendre le temps de pleurer ni montrer que j’en ai bavé. Parce qu’à chaque fois que je m’étais laissée à m’épancher sur mes malheurs, je n’avais rencontré qu’un mur d’incompréhension; au mieux un haussement d’épaules.

Et c’est pour cela que la chose la plus difficile pour moi à été de déposer les armes.

De pleurer. Laisser couler. Expirer. Accepter de n’avoir plus aucun contrôle, sur moi, sur les autres , sur mon destin. Laisser couler le sang , le mien, celui de ceux que j’ai blessé. Laisser le sang et les larmes imbiber la terre et la nourrir, laisser la pluie et le feu laver les plaies et se permettre , enfin, d’aimer.

Quand les murs s’effondrent, que tu te retrouves , là, vulnérable, face à toi même et à l’autre, que tu ne sais pas ce qui va se passer mais que tu décides de faire le choix de donner, quelques en soient les conséquences. Tu n’a aucune idée de ce que te réserve l’avenir, et c’est justement là qu’est la grâce. Ca n’est que lorsque tu lâches totalement prise que tu peux te permettre enfin de déconstruire les schémas foireux. Les expériences, le karma, sont tout autant de systèmes qui conditionnent notre manière de faire. Comment? Par la projection. Par l’anticipation. Par la mémoire. Tu te rappelles d’un évènement, tu va avoir tendance à te projeter d’une certaine manière sur ton avenir ou sur une relation, et cela va conditionner tes pensées et tes actions. Qui vont du coup te faire retomber dans les mêmes pièges, encore et encore. Surtout si tu essayes de les éviter à tout prix, alors là tu es sure de retomber aussi sec dedans.

L’amour ne doit pas être retenu. Tu dois donner et accepter de relâcher pour que les choses te reviennent, disait Alan Watts. Si tu retiens ta respiration et tu n’expires pas dans une volonté de garder tout ce qui t’appartiens, l’univers se chargera de te les enlever par des méthodes pas toujours très catholiques (de toute façon l’univers s’en fout de dieu, il n’est pas « bon » ni « mauvais », et s’en tape de tes états d’âme)  . Il se chargera de faire le ménage si tu ne le fais pas. Il te prendra de force si tu refuse de donner, pour faire circuler l’énergie dans ce grand organisme dont nous ne sommes que de petites cellules. Et la simple manière de retrouver son pouvoir, c’est d’accepter de donner sans mesure, chacun en accord avec ce que nous sommes.

Faut juste qu’on arrête de se mettre en travers de notre propre chemin, disait toujours Alan Watts (en période d’introspection ou lorsque j’ai un gros problème dans ma vie, je me réécoute ses conférences et ça me remet sur le droit chemin en plus de me faire rire). Et pour cela, faut juste qu’on arrête de vouloir être à tout prix « mieux ». Dans une société où l’on subit en permanence la pression du jugement d’autrui auquel on répond par un jugement sur autrui, on ne peut pas s’empêcher de vouloir à tout prix être meilleur. Harder, better , faster, stronger. Plus vite, plus haut, plus loin. Sauf qu’on se brise, à poursuivre un idéal qui ne nous correspond pas et qui est forgé par la société. Alors que si tu acceptes simplement ce que tu es, en regardant ce que tu estimes être des « défauts » et des « qualités » (car tout est relatif, selon le point de vue, tel défaut peut apparaître comme une qualité dans une circonstance différente, et vice-versa), tu entres en harmonie avec toi même, tu accepte de laisser les choses couler en accord avec ce qui t’entoure pour les canaliser de la façon la plus claire possible.

Après quelques suspicions à propos de ce fameux Karma, l’impression d’avoir un sinitros en permanence sur mes talons ou d’être marqué par un sceau maudit durant ma jeunesse, je me suis enfin décidée à regarder les choses en face et à demander de l’aide. J’ai demandé quelques tirages. Les deux ont tourné autour de la suite de pentacle: l’argent, le matériel, les possessions. Beaucoup d’épées aussi. Il faut croire que je ne manquais pas de fric  dans une vie antérieure. Ma mère avait été voir un mec qui nettoyait les karmas un peu trop tordus. Il lui avait dit « oulah, votre fille, faudrait qu’elle vienne me voir. C’était un vrai tyran dans une vie antérieure, elle va morfler là. »

Je serais incapable de savoir vraiment ce qui s’est passé. Est ce que j’étais une marâtre comme dans cendrillon, dirigeant la famille d’une poigne de fer, coeur de pierre détestable et honni de sa descendance, à tel point que celle-ci se retourna contre elle?

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Même Javotte pouvait pas m’encadrer, si ça se trouve.

tywin-lannister

Salut. Je suis un enculé, mais c’est pour ton bien.

Ai-je plongé dans les affaires les plus louches jusqu’à planter le couteau dans le dos de mes collaborateurs, subit un mariage arrangé et pris la charge d’une famille que je n’aimais pas? Eté un putain de contrôle freak pour me venger de mon manque de liberté?

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Une autre jolie carte apparue pour résumer un évènement d’une vie passée. hmmm du sang encore.

Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est qu’il n’est nullement question ici de punition divine. C’est l’âme qui choisit toute seule son chemin. Et la mienne à choisit d’effacer l’ardoise, de recommencer de zéro. En lâchant tout ce que j’ai retenu jusqu’ici, tout ce que j’ai refusé de donner , en acceptant de ne rien contrôler, en brisant les lignes de vie à chaque fois que ma volonté de contrôle reprenait le dessus. Jusqu’à ce que je comprenne que personne ne m’appartient, rien ne m’appartient, et que je n’appartient à personne. Avec la liberté vient son lot d’expérimentations, ce manque de solidité et de structure qui nous fait douter en permanence de tout. Mais qui nous laisse la possibilité de faire nos propres choix quand à la manière dont on veut se construire.

Et quand je serais prête à repartir sur des bases qui me conviennent, Tigre, voudra-tu bien m’accompagner?

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image: james Jean