Magie de la terre et lune noire

Hop, on commence avec du pogo histoire de se mettre dans l’ambiance. Vous savez, Pogo c’est ce gars qui prend des extraits de films, les coupe, les recolle, les mixe, et en fait de la musique. Un recycleur musical si vous préférez. Perso j’adore, ça me met toujours du baume au coeur quand je l’écoute.

Là en l’occurrence, ça m’a carrément fait chouiner comme une madeleine (encoooore! Mais elle fait que pleurer celle là, on va remplir une mer avec tout ça bientôt!) Oui pardon,  c’est ma soupape de sécurité, je préfère ça à l’énervement. J’ai eu toute une période durant laquelle ou je me protégeais uniquement par la colère, je ne m’autorisait pas à être triste, c’était un truc de faible que je me disais, ça ne sert à rien sinon à se morfondre dans un état apathique et neurasthénique qui ne fait aucunement avancer le shmiblick. J’étais agressive donc. Très . Un truc aussi bête que quelqu’un qui tousse, qu’une lumière un peu violente la nuit, l’odeur insupportable du plastique dans les supermarchés me donnaient envie de balancer des ruades dans le premier lampadaire qui passait. (je vous rassure, j’évitais à tout prix de la diriger contre quelqu’un, et si malheureusement c’était le cas…le pauvre hère s’en prenait plein la face, en tout cas verbalement, la plupart du temps il ne comprenait pas ce qui lui arrivait) Je le suis encore aujourd’hui (bin oui…le feu, on s’en débarasse pas si facilement) mais j’essaye de le catalyser au maximum, jamais de le contenir sinon ça vire vite au cocktail molotov, mais j’utilise l’énergie dégagée pour des activités de création, de danse, je me balade, je communique, et quand vraiment ça va pas du tout…Je pleure. L’eau qui calme le feu. La colère équilibre la tristesse, la tristesse équilibre la colère et permet de regagner une tête froide.

C’est la lune noire demain, je sais pas vous, mais moi ça me met toujours dans tous mes états. C’est le moment où les frustrations, les colères, les déceptions ressurgissent. C’est nécessaire de les laisser refaire surface. De les regarder, les accepter, les comprendre. Sans ça, on ne peut pas rester équilibré. J’ai trop vu de gens dans le déni de ce qui fait d’eux des gens malhonnêtes, arrogants, ou jaloux, en proie aux peurs, à l’insécurité, en proie à tout ce qui fait de nous des humains.  Chaque fois qu’on replonge dans le puits du Sombre, on se force à regarder notre image qui se reflète dans le miroir d’obsidienne de la lune noire. Qu’est ce que me dit mon reflet? Ecoutes-le, n’aie pas peur. Accepte le. Tu es jalouse. Colérique. Déçue par les gens. Tu as l’impression que les gens restent de marbre devant ces questions qui te semblent d’une importante absolue et aux prises desquelles ton sang et ton esprit bouillonne. En proie à une tristesse infinie, et en même temps à une rage de vaincre. Ton reflet te dit que tu dois toujours croire plus en toi même que ne le font les autres. Pourquoi? Parce que tu sens que ça vaut le coup de se battre pour ce que tu estime être Bien. Pour Gaia, pour les gens, pour le vivant.

Je ne fête pas souvent les lunes noires. Parfois, si l’envie m’en viens, je vais dehors et je sens l’obscurité. Le calme des nuits sans lune, où l’énergie de celle ci ne parasite plus la douce noirceur de la terre qui dort. Nuit noire comme l’humus, nuit régénérante et apaisante comme un baume. Dis moi Sekhmet (uip, un netjeru=dieu égyptien c’est pointé chez moi, tiens donc ça me change de Kali dans le registre « j’aime boire le sang de mes ennemis et danser sur leurs tripes en prise à une ivresse folle ») , tu m’aidera à reconnaître ces ténèbres en moi? Tu m’aidera à atteindre Maat , l’équilibre entre le chaos et la structure? Le chaos. Ce qui est de l’ordre du potentiel, de l’indéfini, la porte vers les possibles d’où jaillissent les idées et l’énergie de remettre les choses en questions et d’évoluer. La structure. Ce qui maintient, le canal, la porte, la réalisation des idées et du potentiel chaotique dans ce monde-ci. Ce qui dirige et manipule l’énergie pour l’amener à la création, ce qui maintient les choses ensemble.

d90791a0416d3df08c5d1256eb0ea18f

Tiré le la BD Yaxin le faune, de Man Arenas.

J’ai eu cette intuition hier, en jardinant. Je suis actuellement dans une coloc avec 3 autres collègues de travail. Je m’entends pas trop mal avec eux, mieux avec certains que d’autres. La plupart rentrent du taff, s’enferment dans leur chambre pour regarder des séries ou skyper. Toi, tu ne peux pas. Tu pars en vélo. Tu ramènes des orties, du plantain, du lamier pourpre, tu accroches du cerfeuil musqué et des branches de tilleul a la tringle de tes rideaux. Tu croises le regard étonné , voir franchement dubidatif de ta colloc qui te voit déballer ta cueillette sur la terasse. A la limite si elle n’a pas peur de te croiser dans la cuisine maintenant. Va falloir t’y faire, t’es clairement une weirdo ma fille.

Et puis ce jardin en friche. Tu l’adores, mais tu sens qu’il y a quelque chose à faire avec. Tu as déja acheté des pots d’herbes aromatiques à une petite vieille qui vend ses plantes cultivées dans sa ferme au marché. Mais tu as l’impression que tes plantes n’aiment pas ça , les pots. Tu n’as pas envie d’utiliser d’engrais.

Alors tu te renseignes. Parce que tes ancêtres étaient des putains d’agriculteurs frisons, non d’un petit bonhomme. Des siècles passés à cultiver des patates et à mettre la main à la terre, ça se sent dans tes nerfs et dans tes veines. Doit y avoir un moyen de cultiver des trucs sans balancer des nitrates et des insecticides à tout va non? Tu tombes sur la permaculture, et tu enchaines les conférences . De toute façon tu n’as que ça a faire de toute ta journée, vu que tu passes ton temps sur l’ordinateur pour le taff. Tu écoute les méthodes de revitalisation du sol de Claude Bourguignon, qui a étudié le fonctionnement des cycles de la forêt et les a appliqué à une agriculture qui respecte véritablement ta Terre (pour remettre sur pieds les sols qui sont complètement défoncés par l’agriculture intensive). Tu passes par des sujets plus larges , comme celui de la géniale conférence The Evolution of Ecological Consciousness   qui te parle de la théorie Gaia en des termes à la fois scientifiques et empathiques, et de la manière dont notre intelligence peut nous faire prendre conscience du réseau de vies auquels nous sommes liés, et de la manirèe de l’utiliser pour guérir toutes les blessures que nous avons pu causer à la terre. Tu t’interesse à la permaculture aussi, cette agriculture qui reproduit les cycles naturels et dans lequel rien n’est gaché, tout travaille en symbiose.

 

Et bien ma vieille, engranger les infos et les partager sur facebook c’est bien beau, mais maintenant il va falloir agir.

Je me suis mise à réarranger le petit jardin en friche. Gros boulot. Je rentrais du taff hier. J’étais exténuée. Dormit 3h la nuit précédente, une crève à vous faire expulser toute l’eau de votre corps par les narines et les chaud froid sympa de la fièvre, moral dans les chaussettes et productivité zéro. J’enlève mes chaussettes. Je marche pieds nus dans l’herbe, dans l’humus, enfouissant avec plaisir mes doigts de mains et de pieds dans cette entrelac noir et grouillant de vie. Cloportes, petits insectes, champignons, vers , racines, je sens que ça fourmille. Je désherbe, je sens la tension et la fatigue me lacher. L’énergie revient dans la douce lumière du soir. Ah, là je pourrais faire un compost, j’en ai marre de gâcher mes épluchure! Oh, la ça serait bien de planter des plantes mellifères. Faudrait que je m’organise pour voir ce qui peut se planter en ce moment. Carotte, poireaux, navets? Ou je pourrais me trouver les semences? oh, et là, à l’ombre de la haie, je pourrais planter les graines d’héllébore que j’ai ramené de France!( confirmation après coup des ogham…yes c’est parti!)

Bon allez. Il est temps de rentrer, le soleil se couche. Vais bien dormir moi. Et regarder The secret Garden (le film d’ou est tiré la vidéo que je vous ai posté) encore une fois. L’histoire d’une petite fille qui reconnecte les gens en faisant pousser des plantes.

foxgrand

 

 

 

Your heart out of your chest (ou l’expérience de la sensibilité)

tumblr_nr0o3kAPC41qgsw73o1_540

Image: Sachin Teng

Bon je commence par un mini coup de pub (boouuuuuh oui huez moi et lapidez moi avec des poireaux, je le mérite), mais j’ai ENFIN une page facebook! Si vous avez envie de suivre l’actualité du blog , n’hésitez pas à liker et partager, vous aurez droit à des bisous virtuels de ma part. (quelle chance!)

Voilà. Maintenant que j’ai profité de vous comme il se doit, revenons en au coeur du sujet (oui j’ai mis un titre en anglais. Je sais pas pourquoi mais je trouve que ça sonne beaucoup mieux comme ça, c’est comme les chansons en anglais, tu ne les traduis pas parce que sinon ça perd tout son charme)

Me revoici donc armé de mon clavier, une tasse de tisane de tilleul fraîchement cueuillie (c’est la saison en ce moment! Si vous avez des tilleuls près de chez vous, faites vous plaisir! C’est très facile à faire sécher en plus, il faut cueillir les fleurs et les espèces de longues feuilles vert clair qui pendent à côté, lorsque que quelques fleurs commencent à s’ouvrir sur le bouquet) pour vous parler de la …sensibilité. Cette vertu si controversée, qui peut être parfois une aide précieuse ,  souvent considérée comme une tare ou une malédiction par ceux qui la possèdent en trop grande quantité. Cette chose qui vous donne l’impression que soudain, quelqu’un vous extirpe le coeur de la poitrine, et tire, tire, et que toutes vos veines, tous vos nerfs encore reliés à l’organe palpitant frémissent et se tendent de toutes leurs forces pour ramener ledit organe à la place qui est sensée être la sienne. Cette exhalation, cette peur, cette tristesse, ces épines, ces brulures, éclats de glaces ou chaînes d’aciers, ces vagues de douceurs qui nous font monter les larmes aux yeux ou font passer l’arme à gauche à notre petite cervelle surchauffée par cet afflux de sensations et de sentiments. L’hyperempathie. L’art et la manière de pouvoir se mettre à la place d’autrui, au point qu’on se fonde en lui , au point d’en perdre parfois toute sensation du soi. Percevoir son amour, ses peurs, ses souffrances. Sa peine. Ses doutes.

J’ai toujours fui ces sensations étant petite. Je fermais les yeux devant tout ce que je percevais. S’en était trop pour moi , plus que je ne pouvais en supporter. Je parlais surtout avec les adultes. Je me sentais séparée de ceux de mon âge. Je pleurais, beaucoup et souvent. J’avais l’impression de comprendre exactement pourquoi telle personne agissait de la sorte, pourquoi elle parlait de cette manière, ce que cela cachait. J’étais malade trois jours avant de partir en colonie de vacances, tellement ça me faisait peur. Je me sentais lacérée, trahie, submergée par une tristesse et une colère infinie pour des choses qui ne causaient à autrui qu’un froncement de sourcil. Etait-ce moi? Est ce que je faisais des idées sur les autres? Est ce que je pensais comprendre, mais que je n’étais au final que dans mon monde, que tout ce que je m’imaginais sur autrui était une simple projection de mes délires d’enfant solitaire?

Ces questions bourdonnaient tout autour de moi comme un essaim de moustiques affamés, ne me laissaient aucun répit. Comment faire confiance à mes sensations dans ce cas, puis-ce que tout n’est peut être qu’un pur délire? J’ai continué à fuir.

Je me sentais mal lorsque les gens qui m’entouraient se sentaient mal. Au point que j’en tombais malade, parfois. Je dormais très mal, mes rêves étaient entrecoupés de rêves en sursaut, de crises de somnambulisme. Des rêves étranges, comme si je plongeais au coeur d’autrui. Cette fois ou je me suis littéralement sentie glisser dans autrui le temps d’un battement de coeur, à l’orée du sommeil. Le ressentir le temps d’un éclair, comme si j’étais lui . Et puis l’obscurité qui te cueille dans ses griffes, cette chanson terrible que tu chantes une nuit, entrecoupée de tremblements et de sursauts; tu t’aperçois le lendemain que cette nuit là était celle qu’avait passé ton meilleur ami dans l’appartement de sa mère, morte il y a quelques jours. Et que cette chanson correspond en tous points à la situations à laquelle il a été confronté.

Mais tu continues à dénier, malgré toutes les coïncidences qui s’accumulent, tu veux rester saine d’esprit. Les flèches continuent à transpercer ton petit Toi, sans aucune autre préoccupation pour ta petite personne que ne l’a la grêle pour les arbres en fleurs.

Les terreurs, les obscurités. Mais aussi la beauté. Tellement cinglante que parfois tu te mets à pleurer sans que tu saches pourquoi. Comme ce week-end, ou tu as été voir la livre de Kells , pour la dixième fois. Un livre d’enluminures sublime, une oeuvre d’une finesse, d’une perfection incroyable, ciselé comme un bijou, paré d’encres d’émeraude, de sang, d’or et de saphir. Une énergie tellement puissante que tu te retrouve frappée de plein fouet. Je n’ai pas pu rester, sinon j’allais me mettre à pleurer. Oui, encore.

Jusqu’au jour ou j’en suis arrivée à la spiritualité. Et là, d’un seul coup, je me suis aperçue que cette vertu pouvait être apprivoisée, comprise, utilisée, catalysée. Que je devais réapprendre à faire confiance à ces sensations. Que je devais les travailler, que les choses avaient finalement du sens . Que nous étions réellement connectés. Au monde qui nous entoure, au vivant dans toute sa splendeur, et que notre survie dépendait de la manière dont nous tissons ces liens et de la force que nous leur donnons.

J’ai réappris à orienter mon questionnement. A mettre de côté toutes ces bullshits avec lesquelles on m’avait lentement aliénée , muselée, martelée pour en faire un joli petit humain qui rentrerait parfaitement dans ce que veut la société. J’ai réappris à me faire confiance. Croyez en vos intuitions; faites confiance à votre instinct. Il vous a appris à survivre durant des millénaires, à reconnaitre la bonne nourriture, à trouver un abri, à fabriquer des outils, à chasser, il vous a appris l’art, la musique, le rythme des saisons, de la lune et du soleil. Vos sensations sont votre lien au monde. Et si vous avez l’impression que le monde entier n’est pas d’accord, c’est peut être parce que c’est le monde entier qui est muselé. Les gens se réveillent petit à petit, reprennent contact avec leur intuition. Tu le sais quand tu fais quelque chose de bien (bien, pas dans le sens chrétien du mot, mais plutôt dans le sens de bien commun, pour le Tout, le Dharma) . Tu le sais parce que tu le sens dans tes tripes. Tu as l’impression d’être portée dans ce sens.

Mais comment être sur qu’on ne s’entoure pas d’illusions?

Les oracles sont une bonne remise en question. Tu les tires, et tu vois direct si tu es partie dans ton délire. Autrement, il faut essayer de s’ouvrir. Laisser couler les choses en soi, à travers soi, sans s’enfermer en soi même. Renouer le contact avec l’extérieur, parce qu’ainsi on y trouve un miroir à ce qu’on ressent, une confirmation, un retour. Qui nous assure que nous ne sommes pas seuls, jamais.