L’art et la magie

Mon évolution spirituelle s’est toujours faite par paliers, par crises ,  par fractures, morts et renaissances successives. Je suis quelqu’un qui manque grandement de fluidité, qui n’explore que difficilement les méandres de l’eau qui coule pour lui préférer l’âcreté brûlante du feu et sa barbarie sanglante, même si je me laisse facilement prendre au piège du reflet sur le fleuve, comme narcisse perdu dans la contemplation de lui même.

Je suis une femme, mais pour autant je ne me réclame pas de la lune à laquelle la Femme est liée aujourd’hui dans le monde de l’ésotérisme. Entre ces histoires de triple déesses remises sur le tapis par ce cher Robert Grave (ceci est bien évidemment ironique, j’ai l’impression qu’il a surtout écris un gros ramassis de conneries, n’en déplaise aux fans.) et ces histoires de cycle menstruel , de pleine lune et lune noire et de féminin divin, on a  tendance à lier femme=lune=passivité/réceptivité/inconscient et homme=soleil/action/émetteur/égo.

Pourtant, si l’on regarde de plus prêt, il est beaucoup de déesses qui n’ont rien de lunaire: Isis était clairement solaire, Brigid est la fille du feu et de l’énergie solaire présente en toute chose, Aphrodite , Athéna et bien d’autre déesses grecques sont solaires, Kali et Durga chez les Hindous sont clairement l’expression de la Shakti, de l’énergie d’action alors que leur confrère Shiva est lui l’expression de Brahman, le potentiel non réalisé, le principe cosmique qui possède en son sein tous les possibles. D’ailleurs, Shiva possède sur son front…Un croissant de lune.

shiva

Saaaaaaluuuuuuuut

Bref. Je peux comprendre que parce que les cycles féminins sont a peu près l’équivalent des cycles de la lune, on aie tendance à rapprocher les femmes à la lune, mais je trouve ça réducteur. J’ai tendance à remettre en question un peu tout et n’importe quoi , un peu comme Descartes qui s’amuse à douter de tout sauf de sa propre existence (je pense donc je suis! Tu suis?) ; l’avantage de cette méthode c’est que ça m’oblige à faire une relecture de ce que je trouve et de me demander si ça me correspond, le problème ce qui est que j’ai beaucoup de difficultés à fonctionner sur des bases tangibles et à développer des projets de longue haleine, et aussi beaucoup de soucis pour ce qui est de définir ma pratique.

Enfin tout ce que je sais, c’est que je ne suis clairement pas lunaire. Et ça n’est pas pour autant que je me considère comme « masculine ». Définir ce qu’est la féminité est très dangereux, comme disait Tanya Tagaq « Je sais instinctivement ce que c’est que d’être une femme quand je suis amoureuse, quand je fais l’amour, et quand je donne naissance. C’est quelque chose d’extrêmement puissant. » . Pas besoin de s’amuser à fustiger machine parce qu’elle est trop bourrine pour être une femme ou qu’elle devrait être plus sensible, ou qu’elle est trop sensible (« purée! Qu’elle est chiante aujourd’hui! Elle doit avoir ses règles! ») . Les femmes sont les premières à se mettre la pression toutes seules, au niveau mental aussi bien qu’au niveau physique. Pourquoi donc se violenter ainsi? On est bien comme on est, si l’on pouvait arrêter de se juger aussi durement les uns les autres et accepter nos différences parce que ce sont nos atouts et non nos faiblesses, parce qu’elles sont belles , la vie serait bien plus agréable. Et pas besoin de faire des séminaires sur le féminin divin ou le pouvoir du sang menstruel, faites confiance à votre intuition, votre connexion naturelle avec le monde qui vous entoure et tous ses cycles, que ce soit le cycle des saisons, de la lune, du soleil, de la vie, de la mort.

Je vous mets une vidéo de la miss Tanya tagaq, une chanteuse Inuit absolument formidable qui pratique le chant de gorge, un chant traditionnel Inuit. C’est très dérangeant et déstabilisant au premier abord, si tu as ne serais-ce que le moindre petit soucis avec ton Ombre, tu le sens direct.

Bref. J’ai encore dévié du sujet originel. L’art.

L’art est quelque chose qui a toujours été d’une importance capitale pour moi; que ça soit le dessin, la musique , le bricolage…Toute création est une expression et une mise en forme de l’énergie divine dans le monde physique. C’est une manière de donner forme, couleur, rythme à quelque chose qui est de l’ordre du potentiel (le Te Kore des religions Maori, le non-réalisé, le néant d’où viennent les dieux et esprit) , et d’ancrer son action dans notre monde à nous. Ainsi fonctionnent les Mandalas, transcription d’une énergie en forme et couleurs, mais on pourrait aussi faire de même avec la musique, avec le tissage, la sculpture…et j’en passe. L’art à quelque chose que les mots, déjà trop cadrés , ne possèdent pas: celle d’exprimer quelque chose de plus essentiel, qui touche ton coeur et la corde sensible de ton être et de ceux qui t’entourent. Un pull en laine tricoté va pouvoir capter, engranger beaucoup plus d’énergie d’un vêtement en fibre synthétique (je n’aime pas les vêtements en synthétique pour ça; déjà c’est désagréable à porter, ensuite ça ne garde presque rien comme énergie), c’est comme une petite toile de Wyrd, comme les cordes des êtres qui s’entrelacent pour former la tapisserie de la vie. La poésie est l’art de dépasser le sens commun des mots pour leur donner une nouvelle dimension, qui se rapproche plus du divin, c’est essayer de définir un peu plus l’essence des choses, par les connexions incongrues, par le rythme de la phrase (je pense par exemple aux Kennings de la poésie scandinave et à ses règles et sa métrique si particulière) , par la forme du texte.

« Trouver une langue ;
Du reste, toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra ! Il faut être académicien, – plus mort qu’un fossile, – pour parfaire un dictionnaire, de quelque langue que ce soit. Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l’alphabet, qui pourraient vite ruer dans la folie ! –
Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d’inconnu s’éveillant en son temps dans l’âme universelle : il donnerait plus – que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Énormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès ! « 

Arthur Rimbaud, dans les lettres du voyant.

Je fais en ce moment un gros travail sur l’éloquence, la parle, le rythme, le savoir, la transmission. J’ai toujours eu de grosses difficultés pour parler clairement à l’oral, finissant de parler dans ma barbe (j’ai écrit « Barde », s’te lapsus) , mangeant la fin de mes phrases, inversant les mots sans arriver à exprimer clairement ma pensée, que je mettais en doute en permanence ou jugeais moins intéressante que celle d’autrui. Par confort également, parce que j’avais peur d’être jugée, et que je ne voulais pas me mettre en danger, ni assumer les conséquences du fait d’avoir un point de vue et des choses à dire.

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Allez. En bonus, un dessin de Perséphone absolument sublime du génial Loic Locatelli Kournwsky (son tumblr est par ici, pour les curieux)

 

 

 

 

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Rise and Fall, Rage and Grace

La meuf elle OSE prendre un titre d’un album de The Offspring en tête d’article ! Hérétique! Hérétique! Au bucher, brûlez moi cette donzelle qui ne respecte plus rien !

 

Ouais. J’avoue , j’ai un peu pété un cable ces derniers temps. Je me sens un peu comme ça, prête à balancer des flammes à la tronche du premier qui viendrait me faire chier.

 

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Ouais. Comme ça. Merci Korra .

Heureusement que je ne suis pas firebender, sinon ça ferait longtemps que j’aurais cramé ma piaule.

Je suis quelqu’un qui possède une agressivité latente assez impressionnante, et ça a été toujours un énorme problème . J’avais toujours peur de finir par blesser les autres si je me laissais à exprimer mes émotions , je gardais tout en moi jusqu’à que ça se transforme en une eau noire et stagnante, en un trou noir qui s’effondre sur lui même, victime de sa propre énergie , incapable de la rayonner et d’en faire profiter le monde autour de moi. Extérieurement, je suis quelqu’un de plutôt placide et tranquille, très compréhensive, pas chiante pour un sou , un peu timide avec des accès de bonne humeur et d’énergie quand je me sens en bonne compagnie. Intérieurement, c’est un rugissement et une fournaise permanente.

L’arrivée de Kali à été pour moi un véritable soulagement; enfin je trouvais un exutoire , une manière de canaliser toute ma rage et mon énergie sans en faire pâtir les gens autour de moi; j’ai appris également à utiliser ce feu pour purifier certains espaces ou objets; mais là encore, c’était quelque chose de complètement incontrôlable, qui dépendait de mon état d’esprit; soit c’était le volcan, soit le concombre de mer, et je m’effondrais, épuisée. Une pote sorcière me disait:

« Toi, on peut pas te louper. Ton aura , c’est comme une tempête de sable rouge, comme la planète mars.  »

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Prends ça dans ta poire!

Et tout ce que je pensais avoir été gentiment apprivoisé est ressorti d’un coup à cause d’une pierre rose. Une putain de pierre rose.

Faut dire que je déteste les pierres roses. C’est un peu ma kryptonite à moi, je ne supporte ni leur couleur, ni leur contact. Et pourtant, j’en avait acheté une. Une petite Kunzite, qui était sensée « te mettre en contact avec l’Amour universel et détruire les barrières que l’on pose tout autour de son coeur ». Une bonne occaz de travailler sur le coeur, qui est un de mes gros problèmes.

Pourtant, j’avais l’impression que tout allait bien. Je veux dire, je me mettais rarement en colère, je n’étais pas spécialement triste non plus, en fait, il n’y avait pas grand chose qui me touchait. Je n’aimais personne en particulier, j’essayais de lisser les angles pour ne pas faire de vagues. J’aime pas ça, rentrer dans le lard comme un boeuf. Je n’aime pas rentrer dans le lard de quelqu’un en particulier. Tout simplement parce que je comprends pourquoi il agit de cette manière, que je porte en moi même les mêmes schémas, et que le blâmer serait me blâmer moi même. Et que je déteste faire du mal à autrui.

 

Et pourtant, il y a toujours cette rage présente. Contre quoi? Qui? Ca peut être n’importe quoi. Quelqu’un qui passe son temps à tousser dans la salle de travail, des gens qui restent coincés dans les mêmes schémas destructeurs, le système capitalisme, des problèmes avec toute forme d’autorité, le fait de rester assis toute la journée, les supermarchés, facebook qui mâche la cervelle des gens pour la recracher en une bouillie « acceptable ». Les illusions que tu postes en permanence sur ton fil d’actualité, pour faire genre ta vie est merveilleuse, intense , parce que tu trouves que ta vie de tous les jours n’est pas « assez « . Tu vis par procuration, par le biais de tous ceux que tu suis, qui ont l’air d’être tellement cool et inspirants. Tu ne vois que cette vitrine si bien léchée, si brillante, si étincelante qu’elle t’aveugle, et tu ne vois pas les mécanismes rouillés, l’insécurité, la sensation de vide qu’on essaye de combler, le mal être, le manquement de relations humaines, le manque de confiance en soi et les blessures gangrénées qui te bouffent petit à petit.

Et là , tout est ressorti. A défaut d’amour universel, c’est plutôt une rage universelle pour l’instant. Je la laisse sortir, je ne la dirige contre personne en particulier. C’est juste un torrent de flamme qui monte, un rugissement , un tourbillon qui entre en phase avec la musique de bourrin que j’écoute, un cri silencieux qui envoie valser illusions, barrages, concepts préétablis et habitudes. Quelque chose qui brise, qui fragmente, qui déconstruit, qui arrache, qui mord.

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Image: Sachin Teng

« Desfois, il faut soigner les gens avec des calins. Mais desfois, il faut leur foutre un bon coup de pied au cul » disait une mamie .

Ouais. Je suis pour foutre des pieds au cul en ce moment. Et peut m’importe si je m’en prends plein la tronche. C’est ce qui s’appelle un retour de flamme.

I am the one, your help I’ve refused
Your offering hand just set off the fuse
I am the rock that pushes away
I gave up tomorrow to spite today Too proud to beg
Too stubborn to try
I’d look in your face
And spit in your eye

But I’m willing to find what’s really inside
And show I am strong enough to

Trust in you

Trust in you

Pull me up
Quo modo – shadow to light
Quo modo – shadow to light
Quo modo – pull me up
Pull me up
Cause I am ready

 

La kundalini

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Illustration tirée du Livre Rouge de Carl Jung.

Difficile d’écrire ce soir. A chaque fois que j’entame une phrase, j’ai l’impression qu’elle est vide de sens, que les mots s’entrechoquent et rebondissent entre eux sans trouver d’échos avec ce que j’essaye de dire.

Mais bon. Essayons d’en parler quand même. Oh et puis plutôt qu’un grand discours, voilà plutôt un petit dessin que j’ai fait ce matin:

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J’ai commencé à le gribouiller sans trop faire gaffe, avant de me rendre compte qu’en fait, c’était une représentation assez fidèle de l’état énergétique dans lequel je me trouvais.

Le chaos. Un encéphalogramme qui se barre en sucette. Un relevé sismique de tremblement de terre.

Et les dieux et esprits qui maintiennent le silence radio. Forcément, je l’avait cherché. Fallait pas les envoyer bouler. Et puis finalement, j’avoue que ça me fait du bien, ce silence. Ca fait déja presque un an que mes perceptions se verrouillent,  que le troisième oeil prend des vacances et que j’apprends à reconstruire une coquille à l’épreuve des balles. A croire qu’un petit malin en haut avait bloqué délibérément la fenêtre afin que je prenne du temps pour m’ancrer , me structurer, et acquérir assez de maitrise pour  pouvoir gérer l’afflux d’informations si par hasard cette fenêtre venait à se réouvrir.

J’avais recommencé à pratiquer le yoga depuis quelques mois, et je faisais en prime quelques exercices de Kung Fu qui me restaient de mes quelques années de pratique. Et il y a quelques jours, je me suis retrouvée dans cet état particulier de fébrilité que je pensait avoir oublié: une impulsion énergétique bien particulière, comme un tremblement qui remonte dans tout le corps, une perception accrue de tout ce qui t’entoure: la lumière qui te blesse , la musique qui semble résonner tout autour de toi et qui forme des échos comme si les notes s’entre-pénétraient, des nuits agitées aux rêves perturbants , très sensuels puis qui basculent dans la paranoia et l’horreur, et puis la sensation d’avoir une barre de cuivre parcourue d’électricité à la place de l’épine dorsale. Des sensations de froid intense, une réaction exagérée à la présence d’autrui, des dégagements de chaleur incroyable, une envie de vomir qui verse soudain dans une envie d’avaler 50 moutons avec leur laine sur le dos, et puis une perception complètement biaisée du temps et de l’espace: soudain, c’est comme si ton crâne était un ballon trop gonflé et que les yeux allaient te sortir par les orbites, et puis tu ne sais plus si tu as pris 10 minutes pour attacher ton manteau au porte manteau parce que tu es restée là à fixer la texture de ton bouton ou si tu as fait le mouvement beaucoup trop vite pour un humain normal.

Et puis il y a Loki qui décide de se pointer. Alors que tous les autres font la sourde oreille. Toujours à se ramener aux moments les plus impromptus . Tu as beau essayer de le garder le plus loin possible de toi, tu l’évite, mais il trouve toujours le moyen de te fumer mais bien méchant, ou de te donner un coup de pouce , quelque chose que lui seul peut t’offrir , pour te tourner le dos l’instant d’après et t’en remettre plein la tronche, histoire que tu te mordes les doigts de lui avoir laissé un peu d’espace.

Mais tu t’en fous de tout ça, parce que dans l’état ou tu es, tu as l’impression que tu pourrais soulever des montagnes, et l’instant d’après tu t’écroules sur ton lit et tu ne peux plus bouger, et tu restes là enroulé dans ta couverture en attendant que ça passe. Ta sensation du danger s’est complètement évaporée; tu pourrais très bien te faire écraser là maintenant tout de suite que tu t’en foutrais totalement, de toute façon le monde est tellement beau et cet état de béatitude est tellement plaisant, tu pourrais rester là en plein milieu de la route une éternité. Heureusement qu’il te reste une once de bon sens pour ne pas finir aplatie comme une crêpe.

Ca  m’était déjà arrivée il y a quelques années, et je ne comprenais absolument pas ce qui se passait. Et j’ai flippé. J’en ai fait des crises d’angoisse, pendant des années. Maintenant , je prends ça avec le sourire, j’aime presque ça. Certains appellent ça des manifestations de la Kundalini, ce serpent d’énergie lové  à la base de la colonne vertébrale. Pour ma part, c’est une manifestation plutôt soft, pour certains, c’est clairement une torture; j’imagine que chacun en a une expérience différente; c’est quelque chose qui n’est ni quantifiable, ni qualifiable: c’est juste une quantité incroyable d’énergie qui est libérée et qui remonte le long de la colonie vertébrale. Et là tu prends conscience de tout ce qui dort en toi. Du potentiel de captage et de stockage immense de l’être humain.

C’est Krishnamurti qui disait que la Kundalini, c’était juste toute cette incroyable quantité d’énergie qui restait coincée à cause de tous nos blocages en tout genre. Que l’énergie, quelle qu’elle soit, se devait d’être utilisée à bon escient sous peine d’être bloquée . Pour quels motifs, alors ça, je ne pourrais malheureusement pas vous le dire; à vous de les trouver, ou de les choisir!

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