Me as anyone

Je me réveille presque tous les matins avec une chanson en tête.

Ce matin, c’était Death of the author, de Jenny Hval.

Me as anyone

Me bare and barely

Me by nightvision

Me in this mirror

Me without a face

Me without your body

…Who do you think you’re killing

J’ai parfois l’impression de passer de l’autre côté du mirroir, comme Alice et son lapin blanc. Se retrouver prise au piège d’une partie d’échecs dont on ne comprends pas les règles, prise dans ce tourbillon de choses qui semblent avoir un sens pour une élite, prise dans un système tellement extérieur au mien que je n’en comprends pas les tenants, et les aboutissants. La société par exemple, qui semble être régie par un système qui ne fonctionne plus pour le bien être de ceux qui l’ont fabriquée, nous les hommes, mais qui a commencé a prendre une sorte de vie propre, une vie absurde, qui la pousse a la conservation. L’économie, le capitalisme ne veut pas mourir. Il veut s’étendre , continuer a pousser ses racines plus loin dans la terre des hommes, et creuse un fossé entre eux mêmes et la terre qui les a nourrit. Consommer, payer, l’industrialisation massive , l’agriculture intensive, la société de consommation sont autant de symptômes de ce dérèglement absurde.

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– Voilà donc de la gloire pour toi.
– Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, dit Alice.
Humpty Dumpty sourit dédaigneusement.
– Évidemment que tu ne comprends pas — pour cela il faut que je te le dise. Je veux dire : Voilà un argument décisif pour toi !
– Mais  » gloire  » ne veut pas dire  » argument décisif « , objecta Alice.
– Lorsque j’utilise un mot, dit Humpty Dumpty avec mépris, il signifie exactement ce que je choisis qu’il signifie — ni plus, ni moins.
– La question est de savoir si vous pouvez faire signifier aux mots autant de choses différentes, dit Alice.
– La question est de savoir qui est le maître, et rien d’autre, dit Humpty Dumpty.

C’en est même arrivé a un point ou les gens en deviennent Soul Blind, comme je l’ai expliqué dans le précédent article. Sans attaches et persuadés de l’absurdité du monde, ils commencent a se réagir, parfois de manière radicale en rejetant la société en bloc (ne soyons pas non plus totalement hypocrite, certaines choses dans l’avancée de la science nous sommes confortables et indispensables; la vie était dure avant et je ne sais pas si certains de ces radicaux accepteraient de revenir a ce genre de condition, c’est comme vouloir le beurre et l’argent du beurre)

Néammoins, cette réaction a l’effet d’un prise de conscience radicale. On finit par déchirer l’absurde voile, pour retrouver ses racines et notre lien au sens du monde. Après bien des échecs et des bleus, des ecchymoses,  ongles retournés et idées brisées, on retrouve ce pourquoi on a envie de tenir debout, ce pourquoi on a envie de nous battre. On retrouve le sens de tous nos gestes; on réapprend a faire attention a nos actions, aux rituels de tous les jours.

Cuisiner, jeter les miettes aux oiseaux ou verser un restant de verre de vin en offrande aux esprits du lieu, demander la permission lorsqu’on pénètre la propriété d’autrui, penser a nourrir notre Feu avec quelques plantes que nous avons mises spécialement a secher pour lui, penser a mettre des graines pour les oiseaux dehors lorsqu’il fait froid, souhaiter la bienvenue a des amis, apporter des cadeaux lorsques nous sommes invités…Tous ces rites prennent sens lorsqu’on comprend enfin pourquoi on les fait. Le Don. La rune Gebo: donner pour recevoir, le sens du sacrifice. Retourner la vie qui nous a été donnée, afin qu’elle puisse évoluer, se transmettre et se répandre, se contracter et se répandre a nouveau.

Ce que nous possédons est ce que nous avons donné, disait  Gabriele d’Annunzio.

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