L’ange de la mort

On va continuer avec une autre figure fascinante de la mort dans le monothéisme, parce que ça serait quand même con de se limiter juste au monde paien. Je n’aime pas les clivages. Je  trouve ça idiot de refuser des enseignements, des images, ou des concepts sous prétexte qu’ils émanent « de l’oppresseur ». Certes, je comprends le rejet que peut avoir le monde paien envers tout ce qui se rapproche du concept de dieu unique et des conversions forcées que le monde à subit depuis l’apparition des monothéismes judéo-chrétiens et arabo-musulmans (je mets le zoroastrisme à part), mais pour autant, il existe de très belles exceptions riches d’enseignements comme la mystique juive–la kabbale– et la mystique musulmane–le soufisme. (bon, il existe aussi une kabbale chrétienne  et des illuminés comme William Blake qui ont retravaillé à une réinterprétation très intéressante de la bible, mais je ne les aborderai pas ici)

Refuser d’aller voir ce qui se passe chez son voisin, ou son ennemi, c’est une grosse erreur. C’est rester bien confortablement assis sur son canap’ en parlant de dieux païens avec son petit cercle qui va toujours être d’accord avec tout ce qu’on raconte-normal, ils ont les mêmes croyances que nous- , histoire d’être confortés dans nos points de vue et d’éviter les schismes inconfortables qui pourraient nous faire remettre en cause notre vision du monde. J’essaye personnellement d’éviter de porter un jugement sur le contenu, j’observe, je m’imprègne et ensuite, je vois de quelle manière je peux l’intégrer-ou le refuser.

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Mais revenons à notre ange de la mort. Quand on parle d’ange, tout de suite, on a la vision un peu cucul la praline des sites pleins de paillettes qui débordent tellement d’amour que l’on se sent vite souillé (vous savez, ça fait un peu le même effet que les petits chats avec des nœuds roses dans le bureau d’Ombrage, ça dégouline tellement de guimauve qu’on en ferait vite une crise de foie). Un ange, ça ne pète pas, ça vole sans se prendre les pieds dans les innombrables rubans de satin qui restent en l’air on ne sait pas trop comment, surement par le même miracle qui fait tenir les cheveux des filles en l’air sur les pubs de parfum, un ange  ça brille comme la peau des vampires dans Twilight.

 

« L’ange de la mort me dit:’Ca n’est que pour préserver l’honneur de la race humaine que je ne leur tords pas le cou comme on le ferait pour des bêtes que l’on abat' »(‘Ab. Zarah 20b)

Quand tu lis des trucs comme ça, ça te calme direct. Mais…Mais…c’est pas sensé être gentil, un ange? Doux, affectueux, comme Médor?

Bon. Revenons un peu en arrière, et remettons les choses dans le contexte.

Les textes fondateurs des monothéismes (le Koran, la Bible…pour ne citer qu’eux) ont été écris à une époque ou ces deux religions avaient besoin d’asseoir leur emprise sur leurs fidèles. Et pour ça, ils avaient plusieurs solutions à leur portée:

1) la peur, il fallait que les envoyés de dieu et dieu lui même fasse suffisamment flipper la populace pour qu’elle le prenne au sérieux. Du coup ça y allait avec les descriptions de châtiments d’impies, les croisades, les représentations de l’enfer et des démons toutes plus tordues les unes que les autres, comme les tableaux de Jérôme Bosch ou les gravures de Dürer.

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Bouh (le christ aux limbes, 1525, de Jerome bosch. On comprend que les fidèles mouillent leur pantalon.)

2) il fallait trouver des valeurs auxquels les fidèles pourraient adhérer, et qui les mette dans une situation-disons de culpabilité, par rapport au péché originel par exemple- histoire de les engluer un peu plus, et de les rendre dépendants . La notion de bien et de mal est donc extrêmement importante pour le catholicisme de l’époque, car en posant ces concepts, elle détermine l’humain et donc la société qui le constituent. Tu donnes des règles, des conduites à suivre qui servent de carotte, et tu brandis le fouet des tortures de l’enfer derrière histoire de te dissuader d’emprunter les chemins sauvages. (je vous conseille l’émission sur le bien et le mal avec Annick de Souzenelle dans Les racines du ciel, si vous avez envie d’explorer la question)

Un texte est forcément influencé par le point de vue de ceux qui le composent, les moeurs de l’époque, et l’esprit du temps; il est important de toujours prendre ça en compte lorsqu’on travaille sur les textes dits « originaux », histoire de ne pas les prendre au pied de la lettre et de vouloir les appliquer texto au monde d’aujourd’hui (pour ça que je ne suis pas fanne des reconstructivistes. Vouloir faire ressortir de la tombe un culte en essayant de le préserver des influences modernes en s’enfermant dans sa bulle du passé, ça ne donne rien de bon… Pour moi c’est juste un genre de mort vivant, sans vie propre, car la vie est changement et évolution).

 

Revenons donc du coup a notre cher ange de la mort.

Curieusement, ses attributs et sa fonction sont plus ou moins similaires dans le christianisme, le judaisme et l’islam . Dans la bible, c’est une entité qui n’a pas de volonté propre, un simple messager de dieu. On l’appelle « le destructeur », c’est celui qui tua tous les premiers nés égyptiens dans l’histoire de Moise, celui qui fait des ravages dans Jérusalem. On l’associe parfois avec Samael, l’antéchrist.

Dans la littérature juive, il possède un visage très intéressant: il reçoit lui aussi ses ordres de Dieu (bin forcément), mais lorsqu’il a la permission de détruire, il le fait sans distinction de bien ou de mal. On dit qu’il fut créé le premier jour, et que dieu lui donna les pouvoirs nécessaires pour récolter les âmes: il possède douze ailes, son corps est recouvert d’yeux, et il possède une épée au bout de laquelle tinte une goutte de bile. A l’heure de la mort, l’ange se tient à la tête du lit du mourant; lorsque celui-ci aperçoit l’ange, il est saisit d’une telle frayeur qu’il ouvre la bouche, l’ange y jette la goutte de bile , ce qui le tue et enclenche la putréfaction. L’âme s’échappe par la bouche ou la gorge, et lorsqu’elle est détachée sa voix porte de ce monde-ci jusqu’à l’autre, mais personne ne l’entend. Des quatre méthodes d’exécution recensées par la littérature juive, trois sont liées à l’ange de la mort: la crémation, en versant du plomb fondu sur le mort (référence à la goutte de bile), la décapitation (avec l’épée) et la pendaison (il est dit que la corde est un autre attribut de l’ange de la mort.)

Il possède aussi un manteau particulier, qui lui permet de prendre l’apparence de ce qu’il veut: il est dit que dans les cités ravagées par les épidémies, il se balade tranquillou sous l’apparence d’un mendiant.

Alors, invoquant le courage violent du désespoir, une foule de masques se précipita à la fois dans la chambre noire; et, saisissant l’inconnu, qui se tenait, comme une grande statue, droit et immobile dans l’ombre de l’horloge d’ébène, ils se sentirent suffoqués par une terreur sans nom, en voyant que sous le linceul et le masque cadavéreux, qu’ils avaient empoigné avec une si violente énergie, ne logeait aucune forme humaine.
On reconnut alors la présence de la Mort rouge. Elle était venue comme un voleur de nuit. Et tous les convives tombèrent un à un dans les salles de l’orgie inondées d’une rose sanglante, et chacun mourut dans la posture désespérée de sa chute.
Edgar Allan Poe, le Masque de la mort rouge
Dans la Torah, il est dit qu’il y a 6 anges de la mort: Gabriel pour les rois, Kapziel pour les jeunes, Mashbir pour les animaux, Mashhit pour les enfants, Af et Hemah pour les hommes et les bêtes (la différence entre « animal » et « bête »? Aucune idée. Peut être que les « bêtes » sont les animaux domestiqués par l’homme)
Dans le Zohar, le livre de référence de la Kabbale, l’ange de la mort est nommé Azriel (héhé, ça vous rappelle pas un certain Lord attifé d’une panthère des neiges?); je n’ai pas réussi à trouver beaucoup d’infos le concernant si ce n’est qu’il est associé au Sud et qu’il commande des légions d’anges.
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L’ange de la mort dans Hellboy, les légions d’or. J’ai toujours trouvé qu’il avait une classe de dingue.
Dans la littérature arabe, on retrouve cette représentation un poil flippante de l’ange de la mort telle qu’elle apparaît dans la Torah: il porte le nom d’Azrael. Dieu, ayant créé la mort, ne pouvait que difficilement contenir son terrible pouvoir: il l’enchaîna avec 70000 chaînes longues de voyages de 1000 ans chacune, et l’entoura de millions de barrières, mais ça n’était pas suffisant pour la contenir. Il appela Azrael pour qu’il veille sur la mort, et celui-ci ouvra d’un seul coup toutes ses ailes, et tous ses yeux. Tous les autres anges, sous le choc, s’évanouirent pendant un millier d’années; Azrael se vit accorder tous les pouvoirs disponibles afin de maîtriser la mort.
On dit qu’Azrael possède autant d’yeux et de langues qu’il existe d’êtres vivants sur terre; et qu’à chaque fois que l’un d’eux meurt, un des yeux tombe.  A la fin du monde, il est dit que dieu retira tous les yeux d’Azrael, à l’exception de 8: ceux d’Israfil (Sarafel), de Michael, Gabriel, Azrael et ceux des quatre « Hayot », le chariot divin.
Ca n’est pas l’ange de la mort qui choisit qui va mourir; mais il est prévenu de la mort par deux signes: le premier, c’est une feuille de l’arbre de vie qui tombe sur ces genoux quarante jours avant la mort de celui auquel la feuille appartient, le deuxième, c’est un fil blanc qui entoure le nom de la personne qui va mourir dans le livre qui contient les noms de toute l’humanité, présente, passé et future.
Il existe aussi de nombreux contes des gens ont essayé de passer outre la sentence mortelle, en jouant des tours à l’ange de la mort: dans le Talmud, on raconte l’histoire de Joshua, qui, voyant que ses jours arrivaient à leur fin, demanda à l’ange de lui montrer sa place au paradis. Une fois qu’il fut là, il demanda à l’ange de lui donner son couteau, histoire qu’il ne soit pas effrayé; puis Joshua le jeta par dessus les murs du paradis, et l’ange de la mort qui ne pouvait pas y accéder fut bien emmerdé. Dieu demanda a Joshua qu’il lui rende son couteau, celui-ci refusa jusqu’à ce qu’il hausse le ton. Il existe une autre histoire dans laquelle un professeur, voyant l’ange de la mort lui apparaître dans la rue, lui reprocha de se « jeter sur lui comme une bête »; l’ange, bon prince, lui laissa un peu de temps et vint le cueillir chez lui, comme une fleur. A un autre professeur, il laissa un délai de trente jours, afin qu’il puisse transmettre son savoir avant de mourir, il conversa même avec le Rabbi Bibi sur la mort et d’autres choses. Un mec bien quoi, qui me fait penser un peu à la Mort dans Terry Pratchett qui aime les petits chats et discuter avec les gens, mais qui doit juste faire son job, parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse.
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Les rites de l’au-delà

Je vous met aujourd’hui un extrait du super bouquins Les rites de l’au delà, de Jean-Pierre Mohen, sur les cérémonies funéraires chez les Barawan. (Je vais p’têt’ continuer sur les rites funéraires dans les prochains articles, c’est un sujet qui me passionne et qui permet de réfléchir à ce qu’est l’âme, ce qu’on appelle « fantôme », comment on se représente la mort et tout ce qui se passe après…bref au final, des trucs que je ne trouve pas spécialement morbides ni glauques, mais qui possèdent une vraie beauté et qui curieusement, nous font apprécier d’autant plus la vie, parce qu’ils nous apaisent par rapport à la mort. )

 

« Les gestes simples des funérailles sont accompagnés de prières et de chants d’une très grande subtilité. En effet, pour les Berawan il existe un esprit du mort appelé bili leta, esprit événementiel qui occupe le lieu où s’est produit le décès. L’intuition des instants et des lieux caractérise aussi l’âme. Elle est, chez l’individu, la composante spirituelle mouvante, différente selon les circonstances changeantes. L’âme du vivant, associée à un tel corps vieillissant et mourant, se transforme après le décès en une entité spirituelle qui n’a bientôt plus rien à voir avec la mort, qui a surpris le défunt, issue de l’état précédent mais différente aussi par sa nature et ses manifestations. Elle devient telanak.

Le chaman est le pilote de ces métamorphoses. Lui seul à la sensibilité pour reconnaître les signes de l’âme, l’appeler, la calmer et la conforter. Les messages du chaman sont parfois repris par l’assistance. L’âme n’est pas considérée comme éternelle mais elle est principe de vitalité et d’éveil conscient.

La conception de l’esprit et de l’âme n’est pas théorique mais vécue. Elle n’est pas exprimée par un discours mais chantée. Le chant est essentiel, chez les Berawan, car lui seul sait dire l’émotion et caractériser l’instant, car lui seul tient du langage universel entendu par les vivants et les âmes de l’au-delà, car lui seul peut exercer une action spirituelle. Le chant existe en soi et domine toute relation entre les vivants et les morts.

Lorsque la dernière nuit des cérémonies est arrivée, après avoir rangé les ossements nettoyés dans le récipient définitif et avant de placer celui-ci dans sa niche ou dans son mausolée, la grande fête commence. Elle est celle du chant qui va préciser la spécificité du chemin vers le royaume des morts sous la conduite du chaman,: elle est une consultation du réel, la transposition chantée de cette analyse et si la cérémonie est réussie, la thérapie vers la bonne mort. Le premier chant s’adresse à toutes les âmes désireuses de vagabonder, c’est à dire toutes celles qui ne connaissent pas l’état stable de la félicité et qui peuvent perturber les vivants terrestres. Le deuxième chant est un appel à chaque groupe  de la communauté qui doit se mobiliser  et participer  avec toute son énergie collective à la découverte par l’âme du mort de la cérémonie, du juste chemin vers le royaume de la paix.

Le chant suivant est plus grave et plus dramatique car il concerne ce chemin précis, non encore défini, mais l’objet même de la grande fête. Le chanteur principal s’approche du panier et le frappe avec le bambou utilisé au nettoyage des ossements. Il appelle le mort et demande à son âme flottante si elle est disposée à entreprendre le voyage chez les morts. Le chant inspiré transmet la réponse de l’âme et lui enseigne la marche à suivre.

Il indique comment se rendre à la rivière et y faire sa toilette.De retour, il demande à se vêtir de ses plus beaux atours et de remonter la rivière en canoë jusqu’au royaume des morts. […]Le voyage de l’âme qui remonte la rivière n’est pas une exploration de la mort mais une maîtrise du temps mythique. L’âme, en remontant le cours du temps, traverse des générations de héros vers le passé mythique des ancêtres jusqu’à la création elle-même de l’univers.

Nous comprenons l’importance des chants funéraires qui exposent les notions fondamentales de la pensée Berawan et enseignent l’acte métaphysique par excellence, celui de la création de l’être accompli, symbiose au moment de la mort du vivant terrestre avec ses ancêtres. Cet acte renouvelé pour chaque personne, est aussi délicat que périlleux.

Il arrive en effet que l’âme parvenue au monde des morts soit rejetée ou ne s’y plaise pas. le chaman comprend que les rites n’ont pas été pratiqués avec la rigueur où la conscience qui s’impose. L’âme revient parmi les vivants et comme elle retrouve son corps en putréfaction incompatible avec l’accueil de l’âme, celle-ci est hésitante et malheureuse. Elle ne peut forcer la nature et inventer une solution monstrueuse (ZOMBIIIIES!!-pardon j’men vais), ce qui arrive parfois et créé des crises abominables. Elle doit elle aussi prendre son temps, et sa conversion spirituelle en entité du royaume des morts exigera un délai aussi long qu’il est nécessaire au cadavre d’achever sa putréfaction et de se transformer n ossements blancs et secs.

Pourquoi le destin s’acharne-t-il sur certaines âmes? Quelle malice les rend malheureuses et dangereuses pour les vivants de ce monde? Il est de la responsabilité collective de prendre en charge cette injustice originelle. Pour avoir prise sur elle, il faut affronter la souffrance. La souffrance du au choc émotionnel dû à la « disparition » du défunt. On lui reproche et on lui demande des comptes: « pourquoi as-tu quittés ceux qui t’aiment? » Les proches qui veillent savent qu’il ne faut pas être trop sévères car l’âme souffre elle aussi durant cette période transitoire qui est la période du deuil. Elle souffre d’incertitude tant que la métamorphose de l’âme n’a pas encore lieu mais elle souffre aussi d’instabilité car son corps d’accueil  se putréfie et ne peut plus l’accueillir selon la règle naturelle. Elle ne peut donc plus se « nourrir » et rassembler l’énergie nécessaire à la dernière épreuve. Aussi, les survivants ont-ils donc un rôle primordial dans la réussite des rites pratiqués lors des cérémonies. »

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Totems et serpents à plumes

J’ai rencontré l’autre jour chez une amie quelqu’un qui m’a donné une définition plutôt intéressante de l’animal totem:

« L’animal totem, contrairement à ce qu’on pourrait penser , c’est pas forcément un animal qui nous ressemble. C’est plutôt un animal qui t’accompagne durant une ou plusieurs vies, le temps que tu intègre ses leçons qui t’aideront au niveau de ton évolution spirituelle. »

Les leçons dispensées par cet animal totem sont appelées « médecines », ainsi le jaguar va dispenser indépendance, vision, force et patience, la baleine va dispenser tout ce qui est en rapport avec la mémoire, l’intuition et le pouvoir des sons, le lézard va avoir un rapport avec la régénération et les rêves, le moustique va juste t’apprendre à emmerder les gens en faisant des bruits chiants quand ils essayent de dormir.

Bon évidemment je fais des éééénormes raccourcis, les « médecines » dispensées par les animaux peuvent dépendre du contexte social-culturel et de la vision qu’on en a, il faut savoir passer outre les pavés copiés collés qu’on trouve sur le net et voir que le concept d’animal totem est quand même quelque chose d’incroyablement anthropomorphisé (=on projette notre vision d’humain sur le comportement animal), mais ça nous permet, comme tous les symboles, d’avoir une grille de lecture intéressante du monde.

Les symboles étaient partout. Les immeubles et les images étaient créées pour être lues comme des livres. Tout était en relation avec quelque chose d’autre; si tu avais le bon dictionnaire, tu pouvais lire la Nature elle-même. Il n’est pas surprenant de trouver des philosophes qui utilisent le symbolisme de leur temps pour interpréter la connaissance qui descend d’une source mystérieuse.

Phillipe Pullman, La croisée des mondes

Perso, j’ai toujours été fascinée par le concept du « daemon » dans la croisée des mondes: une entité indépendante de ton propre corps, qui possède une parole et un pouvoir de réflexion propre, qui prend la forme d’un animal qui ne peut pas s’éloigner de toi de plus de quelques mètres, et qui disparait lorsque tu meurs. Une manifestation extérieure d’une partie très légèrement différente de ton âme, l’animus Jungien, le Nahualli des Mayas.

 

Cette même personne nous a proposé de checker quel était notre animal totem. Moi, enthousiaste comme toujours, bondis sur l’occaz. Il se met debout, fait quelques gestes pendant qu’on continue à discuter autour d’un thé. Pas de préparation, par de rituel compliqué à base d’encens, d’ouverture de cercle et d’appels aux éléments, ni de tambours ou de chants. « mais tu n’utilises pas d’objets ou d’instruments? » « nope. Juste mes mains , parfois des pierres. » J’aime ce genre de simplicité, cette manière de travailler à l’instinct, avec ce qu’on a sous la main. Pas besoin de se trimballer avec une valise pleine de bric à brac, tu te poses juste avec toi et ton environnement, et basta. Certains diront que le rituel, la préparation de l’espace est la condition sine-qua non à la canalisation et à la transformation de l’énergie, qu’il faut créer une sorte de cocon où, tout comme le chaudron du druide  ou l’athanor de l’alchimiste , l’énergie accumulée peut se transformer en autre chose. Ces gens n’ont sans doute pas tort, c’est peut être juste une question d’outils, au final. Le but, c’est quand même d’arriver à un résultat qu’on s’est fixé, et peu importe la méthode si elle marche pour nous.

Bref, le verdict est tombé. D’abord pour un ami, ensuite pour moi.

« c’est un oiseau noir et bleu. J’ai cru que c’était un perroquet au début, mais en fait non.

-Attends…Ca me dit quelque chose ton truc. Y’a quelques années, j’ai rêvé d’un oiseau bleu, j’avais fait des recherches pour voir s’il existait vraiment un oiseau dans le monde réel qui ressemblait à ça, je l’avais même mis en photo facebook à une époque »

Je lui montre:

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Bernard le Geai du Yucatan.Hello you, happy to meet you.

« -attends, je checke pour voir si c’est celui là…Ouep, c’est bien ça! »

On se regarde. Décidément, y’a pas de coïncidences. Il checke pour les autres. Un lézard, une étoile de mer. Un cheval ailé.

« Et on peut avoir des animaux fantastiques? Genre des dragons et tout?

-ouaip, mais les dragons en totem j’en ai jamais encore vu.

-Et ça peut être tout et n’importe quoi? Genre un ver de terre ou un acarien?

-Ha oui, ça peut être plein de trucs, les gens pensent toujours à des trucs clichés comme les loups ou les tigres-persos j’ai pas beaucoup vu de gens avec des loups en totem-mais y’a tellement d’animaux sur terre, souvent même je vois une image, mais je suis incapable de mettre un nom sur l’animal. Bon par contre, les totem virus ou bactérie, ou acarien, chuis pas sur que ça existe. »

On continue à discuter. Sur notre sensation que le printemps est très , très lourd cette année. « J’ai l’impression de patauger dans la mélasse « , je lui dis. » Comme si la terre était lourde et collante, comme l’impression d’avoir une poix noire et gluante collée au pattes. Comme si la lumière coulait par des fissures, comme si le réveil devenait difficile. » Je repense à la substance gluante du dieu cerf mort dans Mononoke. Ou à cette chanson de Joanna Newsom

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Spring did range, weeping grass
and sleepless broke
itself upon my winter glass.

And I could barely breathe for seeing
all the splintered light that leaked.

(Le printemps a changé, pleurant de l’herbe

Et , privé de sommeil, il se brisa

Contre la vitre de mon hiver.

Et j’avais du mal respirer en voyant

Toute la lumière brisée qui s’en écoulait.)

 

« Ah ouais, c’est exactement ça que j’ai ressenti! »

Les connivences. C’est par là que tu arrives à tester tes limites: là ou ta vision se recoupe avec celle des autres sans que vous ne vous soyez concertés au préalable, vous pouvez faire confiance à votre ressenti.

Des connivences, ou expériences de synchronicité selon Jung, j’en ai encore expérimentées quelques unes de bien dingues avec mon retour en France . A mon retour à l’aéroport, ma mère avait mis sur mon siège un symbole de Quetzalcoatl que j’avais fabriqué il y a quelques années, puis que j’avais bazardé. « ah, je l’ai retrouvé en rangeant! »qu’elle me dit. Puis elle m’offre un assortiment de plumes jaunes, bleues, vertes et blanches ramenées lors d’un de ses voyages. Jusque là, je ne fais pas gaffe. Quetzalcoatl est un dieu avec lequel j’ai un rapport tout particulier, c’est a peu près le seul avec le trickster Raven (un dieu amérindien, au final vu mon totem de la famille des corvidés, ça m’étonne moyen . Faut croire que mon totem porte définitivement une énergie de Trickster. Trickster sympa qui aime aider la race humaine, mais fourbe et opportuniste quand même.) dont je supporte la présence.

Et puis voilà que je rencontre une personne qui a fait complètement changer ma vision du monde, qui a ouvert une porte que je n’osais emprunter jusque là, par peur, par conventions sociales, parce que je m’étais emmurée moi même. Et que cette personne porte un tatouage de Quetzalcoatl.

Et , cerise sur ce gâteau cerise-chantilly bien trop beau pour que j’arrive totalement à y croire (ne jamais rien garder pour acquis, ça c’est un de mes principes, même l’appui le plus solide peut s’effondrer), mon totem est un geai du Yucatan, la région d’origine du culte de … Kukulcan, le Quetzalcoatl maya. Et oui, moi, française de souche aux origines nordiques, je me retrouve attifée d’un totem mexicain. Comme quoi!

 

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Graouh!

 

Ah! Au fait! Je passe du coq à l’âne (bâté), mais j’avais promis dans l’article précédent de vous donner quelques tips pour transporter vos couteaux:

  1. Transportez les toujours dans une housse, et posés au fond du sac, ou dans le coffre de la voiture (pas à portée de main sur le siège conducteur, par exemple). Le but est que le couteau ne soit pas a portée de main et qu’on puisse le dégainer à tout bout de champs. Oui je sais, ça serait rassurant de se trimballer avec un couteau à la ceinture lorsque vous rentrez toute seule le soir dans un coin craignoss, mais on évite. Gardez le à la ceinture pour vos excursions en forêt ou camps d’immersion.
  2. Si vous projetez de prendre l’avion, ne les mettez évidemment pas dans votre sac à main ou sac de voyage en cabine, mettez le en soute, et surtout déclarez les en ligne lors de la prise de billet. Ca vous évitera de mauvaises surprises si jamais le bagage en soute est fouillé. La transparence est essentielle.

Voilà! Pour l’instant je ne me rappelle pas d’autres conseils, mais si vous respectez déjà ces deux règles, vous aurez de bonnes chances de faciliter votre intégration sociale!