Le temps et la destinée

« Nous sommes tous sujets au destin. Mais nous devons agir comme si nous ne l’étions pas, ou bien mourir de désespoir »

Philip Pullman, Les royaumes du Nord.

La question du temps, de sa linéarité, de notre libre arbitre et de notre liberté de tissage dans cette immense toile du destin ont été explorés maintes et maintes fois, par les philosophes, les écrivains, les cinéastes, la pop-culture… Comment pourrait on décrire d’une façon objective et extérieure un système dont nous faisons nous même partie, et dont nous subissons les effets, et donc sur lequel nous avons un regard totalement subjectif? Comment s’extraire du Temps alors qu’il est la base même de notre existence?

Il y a tout d’abord la théorie des univers multiples: c’est celle qui propose qu’à chaque choix, chaque décision que nous prenons nous fait bifurquer vers une nouvelle timeline, un nouvel univers, alors que toutes les autres possibilités de choix que nous aurions pu faire restent de l ‘ordre d’univers si proches d’un cheveu, vécus par un autre « moi » qui aura l’impression que sa propre réalité est la seule et l’unique.

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C’est la théorie de Doc Brown: en admettant que tu puisses voyager dans le temps, chaque action effectuée recréerais une nouvelle ligne de temps qui deviendra l’unique réalité.

Il y a la théorie dite de « la canette vide », explorée par la série True Détective: en admettant que le temps soit une dimension comme une autre, si tu prends le fond de la canette comme étant l’espace, soit un cercle, et  sa hauteur comme étant une dimension supplémentaire, donc le temps, si tu t’extrais de cette dimension, que tu effectues un pas de côté, tout comme tu sortirais d’un dessin en deux dimensions sur une feuille de papier pour appréhender notre monde en trois dimensions, l’espace-temps s’aplatit soudain pour ne devenir qu’un cercle, tout comme la cannette écrasée devient un disque plat. Ainsi l’existence serait un cercle, vécut par nous comme une spirale ascendante et une évolution, mais juste parce que nous vivons la dimension du temps de l’intérieur.

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A la tienne Etienne.

Cette théorie rejoint celle développée dans Arrival (le film de 2016, d’ailleurs il est vraiment très très chouette, je vous le conseille fortement. La super revue d’anthropologie Terrain a écrit un article sur le sujet) , mais elle lui ajoute une dimension supplémentaire: celle de considérer le temps comme quelque chose qui peut être lu comme un palimpseste, c’est à dire dans les deux sens: tu pourrais, potentiellement, te rappeler du futur comme tu te rappelles du passé, et le présent est l’éternel point de jonction entre ces deux réalités qui forment un cercle (c’est Susan, la petite fille de la mort dans les livres de Pratchett qui entre autres capacités héritées de son grand père possède celle de se « rapeller du futur »). La boucle est bouclée, la mort et la vie ne font qu’un, c’est le point de départ et le point d’arrivée; le temps, comme chez les Kogis, n’est pas linéaire mais circulaire, et considéré non pas comme un ajout d’heures, de secondes, de semaines et de mois jusqu’à une fin certaine, mais comme un laps de temps qui lie un début et une fin. Le temps est circulaire, il revient à intervalles réguliers jusqu’à que nous ayons assimilé l’expérience et fermé le cercle pour entrer dans un autre. Les choses s’en vont et reviennent, et ça fait partie du cycle; tu peux soit te battre contre elles, soit les accepter, les écouter et t’en faire un allié.

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La question est: allons nous choisir de vivre une expérience en sachant comment elle va finir?

Je suis plutôt spinoziste, dans le sens ou je pense que nous n’avons pas de libre arbitre, et que même l’impression de faire un choix, d’avoir pris un chemin plutôt qu’un autre est en quelque sorte conditionné par une infinité d’expériences, de lois et de conditions extérieures: le fait d’être né à cette endroit, cette époque, d’avoir reçu cette éducation, d’avoir vécu ces expériences qui ne sont que les notre et celles de personnes d’autre,le fait d’être soumis aux lois du temps et de la gravité; les futurs possibles n’existent que dans notre esprit , mais notre réalité découlera d’une suite d’évènement fixes et lorsque nous seront face à notre mort, les expériences auront été uniques. Nous n’avons d’impression de choix que parce que nous somme à un certain endroit du cercle et que nous regardons uniquement en arrière, vers notre passé, sans regarder vers notre futur. La Fylgja , cet ange gardien tel qu’il nous est décrit par les civilisations nordiques, possède la particularité de nous précéder toujours très légèrement, pour nous éviter les faux-pas, mais Fyljia est traduit par « ce-qui-suit », comme si nous avancions en arrière, le dos tourné vers le futur et le regard tourné vers le passé.

Et la question se pose donc de l’intérêt de l’expérience, s’il n ‘y a aucune variable, si tout est déjà écrit et si nous ne pouvons rien changer à ce qui arrive; question,  si elle est importance qui , au final, revêt plus de la métaphysique que de la pratique. En pratique, pourquoi vivre si nous allons mourir? C’est considérer que l’importance est dans la finalité, et non pas dans l’expérience. Le but de la vie, c’est l’expérience. Nous ne faisons pas les choses pour atteindre un but, ou celui-ci nous sert simplement de direction pour vivre nos expériences, elles se suffisent à elles mêmes. L’expérience, c’est la passion, la joie pour ce que nous éprouvons, voyons, ressentons, la joie dans l’échange et dans la connexion avec l’autre, c’est éprouver de la curiosité pour l’infinie complexité du monde qui nous entoure et non pas de la tristesse pour l’idée de fin. Et puis souvenez vous: fin et début ne sont qu’une seule et même chose.

 

Et puis comme dirait le Docteur:

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Les gens pensent que le temps est une stricte progression de cause à effets, mais en vérité, d’un point de vue non-linéaire et non-subjectif, c’est plus comme…une espèce de grosse boule de trucs plus ou moins temporellement bancal .

 

 

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La loi de Sé

Qui n’a jamais voulu trouver un sens aux évènements; une suite logique , une raison aux drames, aux joies, aux coups du sort et aux chances inespérées? Qui n’a jamais rêvé de décoder l’univers, de comprendre ces rouages infiniment complexes pour savoir enfin ou placer sa mise pour avoir le meilleur gain, ne plus retomber dans le même piège, sortir d’une situation peu engageante?

Comprendre l’univers, c ‘est comprendre les connections qui maintiennent les choses en place. C ‘est comprendre les liens de causalité entre le passé, le présent et le futur. Telle action, telle parole, et j’irais même plus loin, telle intention ou pensée conditionne l’émergence future d’une situation qui matérialisera ces intentions. Ainsi, selon le bouddhisme tantrique , s’exprime la loi du Karma. Elle n’est pas une force obscure qui punit les pêcheurs et récompense les justes, mais plutôt…Comme une mémoire, contenue en potentiel dans une graine que nous aurions nous même plantée, consciemment ou pas, et qui se manifeste tôt ou tard, si les conditions favorables à son émergence sont réunies. Tout comme une graine à besoin d’une certaine température, éclairage ou humidité pour pouvoir germer. Ces graines, ces samskara, ne disparaissent pas lors du passage par la mort à la vie suivante. Toujours selon le bouddhisme tantrique, toutes ces graines d’intention non réalisées seront portées dans les vies futures, et réalisées tôt ou tard; et notre champs d’action se situe justement dans la façon dont nous appréhendons et recevons ces récoltes de graines, ce que nous en faisons, et les nouvelles graines que nous créons par les expériences que nous vivons.

Prenons par exemple un traumatisme  créé par une expérience difficile, qui peut être elle même le résultat d’un certain Karma. Si nous recréons, à cause de la douleur et de la souffrance causées par cette expériences, d’autres samskara qui conditionneront à leur tour d’autres expériences traumatisantes, alors nous entrons dans une boucle sans fin. Mais si nous décidons d’avoir un autre regard sur cette expérience, d’apprendre à pardonner, laisser couler, laisser naître et mourir tous les sentiments les plus terribles et les plus beaux qui en découlent, ne pas les juger , ni se fustiger, ni s’accrocher à la douleur de la mémoire comme carburant pour avancer, alors ces graines d’intentions retournent à l’état de vacuité d’où elles sont venues. Et laisseront la place à d’autres intentions plus constructives.

La Loi du Karma n’est pas la seule loi qui dirige l’univers. Selon les Kogis, descendants lunaires des anciens Taironas, cousins pré-colombiens lointains des mayas et Aztèques, il est une Loi qui organise l’univers, l’humain, le végétal, l’animal, la mer et la montagne: c’est la Loi de Sé.

Au commencement était la Pensée, la mer/mère originelle, non-matérialisée, non-réalisée, l’infini potentiel des milliards de milliards de mondes et d’intentions qui se replient sur elles mêmes , les germes des expériences à venir. Et puis vint la lumière, qui en éclairant le monde, leur donna substance et corps, et divisa la monde, puis créa l’espace et le temps en séparant les voiles du passé et du futur. Le monde fut organisé par les quatre pères spirituels qui structurèrent l’immense potentiel créateur féminin, donnant une fonction aux montagnes, aux rivières, aux lacs, aux arbres et aux oiseaux. Il existait une hiérarchie parmi les montagnes, certaines maîtrisant les eaux liquides, d’autres maintenant la connexion avec la mer, d’autres recevant les informations des pères spirituels pour les transmettre aux « Mamas », les maîtres spirituels des Kogis, afin qu’ils puissent guider la tribu pour leurs constructions, leurs rituels, leur apprenant comment maintenir l’harmonie des eaux et la circulation de l’énergie dans ce grand corps qu’est la terre, pour qu’elle puisse à son tour, continuer de nous nourrir. Il y avait des « portes », des « gardiens », auxquels on se devait de demander l’autorisation avant d’effectuer n’importe quel construction sur un terrain pris en charge par un des pères spirituels. On prenait tout particulièrement soin des « Ezuamas », ces points de relai , ces cordons ombilical liant le monde physique et le monde des esprits, le monde de la pensée.

L’esprit d’une espèce d’arbre, d’une espèce d’oiseau , d’une espèce de mammifère possède son Ezuamas, son point d’origine, sa connexion avec le monde spirituel. Si tu détruit cet espace dans le monde physique, si tu coupes le cordon, l’espèce est vouée à s’étioler puis a disparaître; ainsi pourrait s’expliquer ces maladies qui, soudainement, vont s’en prendre à une espèce spécifique ; la pyrale du buis dans la drôme; la chenille processionnaire du pin, la graphiose de l’orme, le Dieback de l’arbre Kauri en nouvelle Zélande…toute maladie, selon les Kogis, trouve son origine dans le monde spirituel. Et la guérison passe tout aussi bien par le traitement des symptômes physiques que la recherche des causes spirituelles et l’attention portée à sa résolution.

Retrouver une forme de structure est indispensable , ne serais-ce que pour maintenir un semblant d’intégrité et ne pas se laisser avaler par le torrent des stimuli de l’ère du numérique. Appliquer les Lois d’autres cultures d’une façon purement littérale sans se poser la question du contexte et de la réception de ces Lois par les individus est tout aussi dangereuse; mais elles sont, dans tous les cas, une source intarissable d’inspiration.

C’est ce cher Alan Moore qui misait son cheval sur la ré-écriture de nouvelles Lois. Non pas des Lois qui servent l’humain, mais des Lois qui servent le Lien. Nous n’existons pas sans relation avec tout ce qui nous entoure, c’est pourquoi ces Lois doivent avant tout servir de pont entre tous les êtres qui partagent le même terrain; qu’elles doivent servir de support à l’harmonie et à l’équilibre, une jointure des forces créatrice dans un mouvement animé d’une même intention.

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Image: William Russel Flint.

 

 

Une rive en friche

C’est au fond le seul courage qu’on exige de nous; être courageux face à ce que nous pouvons rencontrer de plus insolite, de plus merveilleux et de plus inexplicable. Que les hommes aient, en ce sens là, été lâches a infligé un dommage irréparable à la vie; les expériences que l’on désigne sous le nom d' »apparitions », tout ce qu’on appelle « le monde des esprits », la mort, toutes ces choses qui nous sont si proches ont été à ce point en butte à une résistance quotidienne qui les a expulsées de la vie que les sens qui nous eussent permis de les appréhender se sont atrophiés. Or la peur de l’inexplicable n’a pas seulement appauvri seulement l’existence de l’individu, elle a également restreint les relations entre les hommes, extraites en quelque sorte du fleuve des virtualités infinies pour être placées sur un coin de rive en friche où il ne se passe rien.

Rainer Maria Rilke, Lettre à un jeune poète.

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Illustration: Aron Wiesenfeld

Ce que l’eau m’a donné

Et, Ô, pauvre Atlas,

Le monde est un sacré poids

Tu as tenu pendant si longtemps

Et toute cette attente

Et tous ces vaisseaux laissés à l’abandon

C’est tout ce que l’eau nous a donnés.

 

Cela fait bien longtemps que je n’étais repassée par ici. Un voyage dans les contrées sauvages de Nouvelle Zélande, escale dans un Eden perdu bientôt perdu sous les vagues du temps des humains, puis une immersion sauvage en hautes-Alpes, cinq jours passés à crapahuter sur des pentes qui sentent la sarriette et le thym sauvage, dormir a la belle étoile et faire un repas de tsampa et de plantes sauvages cuites au feu de bois; et puis finalement l’installation dans mon nouveau trou de hobbit avec ma coloc, perdu quelque part dans les vertes contrées d’Irlande, entourée de champs, de chevaux, de poules et d’un verger rempli de pommiers. Retrouver la verte terre d’Irlande brûlée par quarante jours d’un canicule telle qu’on en avait pas vu depuis les années soixante-dix, vert émeraude maintenant remplacé par une couleur sable à perte de vue.

Les dieux qui reviennent, aussi; le gloubiboulga astronomique qui nous pesait dessus depuis presque un an qui se précise soudain, reprend soudain une consistance, un éclat, comme celui d’une épée affûtée. Une épée de Damoclès. Mars et la lune qui font une entrée théâtrale, tout en éclats sang et pourpre, me laissant dans la bouche une sale impression de cataclysme à venir. Ce genre de trucs que l’on redoute, comme on pourrait redouter une Tour qui s’effondre. Des fondements rongés par les ans et les croyances, la volonté de se maintenir sur une trajectoire de vie stable, la volonté de se maintenir au dehors de la Vie en espérant qu’elle nous épargnera l’effort de nous remettre en cause. Grosse erreur. Il est des temps pour forger sa vie, il est des temps pour tenir bon, il est des temps pour la diplomatie.

Et puis il est des temps ou l’on doit tout laisser s’effondrer. Ou l’on sait que l’on ne peut pas tenir plus longtemps. Qu’on s’est accroché, farouchement, avec l’énergie de l’optimiste forcené, à des illusions et des faux semblants. Que la vie confortable et rangée n’est définitivement pas pour toi. Qu’il existe des choses plus grandes  que de gérer ton budget, maintenir des relations stables au travail, maintenir l’illusion d’une présence sage et raisonnable. Peut être que le temps est venu de rugir. De chanter, de crier, de pleurer. De vivre, enfin, avec le cœur écorché et l’âme toute neuve qui chante avec le monde. De retrouver quelque chose de plus profond, de plus essentiel. Qu’on aurait oublié en essayant d’être sage. De ne pas faire de vagues. Tu oublies, une fois encore, ce que tu es. Tu oublies ce que c’est que de pleurer. Et soudain, des fissures. La statue de marbre qui se craquelle , et tu éclates en sanglots, seule au volant de ta voiture. Tu pleures comme tu n’as pas pleuré depuis des années; des vieilles blessures qui remontent, une tristesse que tu pensais avoir oublié. Une douceur, ces moments de vulnérabilité ou enfin, les choses peuvent t’atteindre. Tu avais oublié ce que ça faisait; laisser de côté la colère, les frustrations de tous les jours, l’ennui, la volonté de tout contrôler pour laisser place à cette mélancolie infinie, le chant d’un monde passé, un monde de beauté, un monde d’une richesse incomparable, ou les choses n’existent que par le lien qu’elles ont avec ce qui les entoure, où tu te sens soudain comme un fragment , une étincelle parmi toutes celles qui t’entourent. Tu pagaie, de nuit, sur le lac salé de Skibereen, tu regardes le plancton fluorescent allumer des milliers d’étoiles entre les mains que tu promènes dans ses flots, et tu te dis que cette eau est , sans aucun doute, l’origine de la Vie elle même.

 

Blood Flight

Pour qu’enfin ils puissent converser
Je leur demandais d’échanger leurs places;
Et de chacune de mes pores se mit à grandir des yeux scintillants!
Les empreintes digitales remplirent les orbites

Des oreilles grandirent deux langues

Et je me mis a chanter pour ceux qui passaient d’étranges mélodies

Je leur contais des histoires sans même bouger les lèvres!

(la bouche entrouverte malgré tout)

Ils pensèrent que les mots venaient d’eux même;

Ces pensées inhabituelles

Et je leur chantais:

Aaaaaaa aaaaaa Aaaaaaaaaaa

Ainsi est le langage du corps:

Les côtes peignaient leurs ongles

(En noir! Bien évidemment)

Et des lèvres du vagin

Grandirent de petites dents!

Le clitoris, ce grand sphinx, ouvrit son œil:

De si longues années aveugle, occupées à agir tel Oedipe
Et pendant ce temps là les cordes vocales écoutaient

Le vent qui hurlait

Susurrant le langage familier de la respiration-

Des contes secrets à apprendre.

Et soudain, de mes veines vint un étrange chatouillement

Et je sentis qu’on poussait entre mes omoplates

J’aurais du le voir venir!

C’était le sang qui me démangeait!

Et il creusa un trou à la base de mon cou

Il vola à travers la nuit

Comme un long ruban rouge dans le ciel

Puis nous allâmes, le sang et moi, nous étaler tout au dessus de la ville

Le ciel sombre qui se couchait sur ma peau

Tellement proche

Comme un cil.

Jenny Hval, Blood flight.

Do your thing.

 

 » Fais ce que tu as à faire!
Sois libre de choisir la mélodie que tu chantes.
Ne laisse pas tomber!
Ça n’est pas comme ça que tu gagnera cette charmante coupe.
Fais de ton mieux,
Et les opportunités feront le reste.
Ne renonce pas!
Capituler est le plus grand péché.
Fais ce qui est juste,
Ce qui est juste pour toi, fais le avec tout ton être.
Ne regrette pas!
Ce qui aurait pu être, tu aurais pu tout aussi bien l’oublier.
Tiens bon!
Et tandis que tu persévère, fais ton devoir.
Apprends à attendre,
Et tandis que tu attends, apprends à te concentrer.
Mets en place le changement!
Tous mes ennemis, je les appelle amis potentiels.
Calme tes peurs,
Et espère les surmonter pour au moins cent ans.
Pose ta marque!
Si besoin, pose la même dans le noir.
Jouer est le mot!
Mes sages conseils, prétends que tu ne les as jamais entendus. »

La leçon de l’eau

Laissons se matérialiser tout ce qui a été prévu.

Laissez les croire.

Et laissez les rire de leurs passions.

Car ce qu’ils appellent passion n’est pas une sorte d’énergie émotionnelle,

Mais juste le résultat de la friction entre leur âme et le monde extérieur.

Et, le plus important: laissez les croire en eux même.

Laissez les être vulnérables comme des enfants.

Car la faiblesse est une grande chose et la force n’est rien.

Quand un homme naît, il est faible et flexible.

Lorsqu’il meurt, il est dur et insensible.

Quand un arbre grandit, il est tendre et souple,

Mais lorsqu’il est sec et dur, il meurt.

La force et la dureté sont les compagnons de la mort.

La souplesse et la faiblesse sont l’expression de la fraicheur de la jeunesse.

Parce que ce qui a été endurci ne gagnera jamais.

 

Andrei Tarkovsky, Stalker

J’aime profondément l’eau. Je suis une enfant des rivières et des fleuves plus que de la montagne ou de la mer. Je suis née près de la Seine, et tout au long de ma vie, les rivières m’ont accompagnées. C’est elles que j’allais voir lorsque je me sentais triste, je laissais toute ma peine et mes soucis couler avec l’eau, j’adorais dissoudre mon être dans les eaux bouillonnantes et claires des torrents de montagnes, la brûlure du sang qui revient irriguer les membres après s’être baigné dans une eau glacée, la claque du courant sur tes muscles, cette sensation de faire partie d’une unité éternellement changeante.

Tu ne peux pas définir un esprit de rivière. C’est grand, c’est immense. Ils ont été là des siècles avant toi, ils seront là longtemps après ta mort, ils ont porté des denrées, des armées, ils ont porté les couleurs de la garance des teinturiers, les oxydes du tannage du cuir, les filets des pêcheurs, les corps des noyés et des victimes de la peste, la laine des moutons, le bois des forêts en amont , ils connaissent l’humain mieux que quiconque. Ils connaissent leurs ravages, leur soif de pouvoir, leur ingéniosité, leur vulnérabilité, leur dépendance à leur milieu. Ils connaissent les rythmes naturels, le flux et le reflux, les périodes de sécheresse et d’inondation. Ils connaissent la terre, le ciel , ils amassent les informations, les portent du ciel à la mer, dans un mouvement incessant.

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Personnification de la rivière Erne en Irlande.

On les a souvent représenté sous forme de serpents, ou de dragons dans les mythologies asiatiques, sous une forme plus humaine en europe. Nourricière et destructrice, porteuse de vie et de mort, pont entre le monde des hommes et des dieux , l’eau à toujours possédé cette dualité créatrice. C’est la connexion avec le Sidh chez les celtes. C’est Mannanan Mc Lyr, dieu des Océans et psychopompe. C’est dyonisos, dieu de la mer sauvage et trois fois né, qui une fois par an permet aux morts de remonter par la porte de son temple situé au beau milieu des marais. C’est Apabharani, la partie du ciel chez les hindous qui porte dans ses eaux les âmes sur le chemin vers l’au-delà. C’est l’eau de vie, et l’eau de mort, donné par les corbeaux à Ivan pour qu’il renaisse. C’est l’eau qu’Anubis redonne au mort pour revivifier son coeur. C’est le Styx, le fleuve des morts, c’est le Nil, fleuve de vie, c’est le Tigre et l’Euphrate, les berceaux de civilisation.

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C’est aussi les pierres trouées que l’on trouve dans les rivières, les Hag stones, qu’on dit dotées du pouvoir de contrer tout maléfice, car la pierre possède le pouvoir de l’eau courante sur laquelle la magie n’a aucune prise. C’est la perle qui renferme le pouvoir des dragons asiatiques, maîtres de la pluie, des sources et des fleuves. Ce sont les ponts, les bateaux, les lieux de passage, les portes. La délimitation d’un espace, la protection.

Et c’est la vie. La fluidité. Ce qui circule, ce qui remplit, ce qui est sans forme, sans visage mais qui possède une puissance inimaginable, une énergie cinétique impressionnante.

Les égyptiens le disaient: pour être en bonne santé, il faut que la chair soit ferme, et que les vaisseaux qui charrient le Ka, l’énergie vitale, soient souples. Si les canaux se rigidifient, l’énergie est bloquée et les parties non irriguées se dessèchent et meurent. L’artériosclérose , une calcification des artères qui peut conduire à une obstruction totale, est l’un de ces symptômes de rigidification. Quand le coeur n’a plus les rennes , quand la tête prend le dessus. Quand on oublie de se reconnecter à notre âme, qu’on est pas « alignés », comme disent les chinois. Pour eux aussi, comme chez les égyptiens, c’est le coeur, siège de l’âme et pont entre la terre et le ciel, qui possède le dernier mot .

Suivre le coeur ne veut pas forcément dire être impulsif. On est souvent victime des blessures d’égo, peur du rejet, de la souffrance, du changement…Mais toutes ces peurs sont d’origine mentale, et dictées par le souvenir d’expériences passées. Le coeur il s’en fout, il est là, il observe, il bat et il fait son travail quotidien pour nous envoyer l’énergie dont nous avons besoin. Le coeur écoute l’âme, et transmet ses informations sous forme d’émotions au corps. Libre nous de l’écouter ou pas ou d’en faire ce qu’on veut.