Healing

 

They say that crowns are reserved for kings.
That jewels are the realm for those who deserve them.
And in the blink of an eye.
In the changing of the wind, fortunes change.
Through every shipwreck comes the chance to begin again.
To rebuild anew atop the mistakes of the past.
Out of death comes life.
Reconnect, Knife party

Apprendre a se soigner,  s’adapter, se transformer, décomposer tout ce qui est obsolète pour se reconstruire sous une nouvelle forme, comme la vie l’a fait durant des millénaires. La Loi de l’Energie, le Cycle. Et pour se soigner, nous devons compter sur nos liens avec tout ce qui nous entoure, sur ces cordes , sur cet axe qui nous lie du ciel a la terre. Notre Soi disait Carl Jung. Ce qui est nous suit depuis notre naissance , ce qui est nous, mais au dela de nous.

Selon Carl Jung, notre Ego est différent de notre Soi. Notre Soi est une sorte d’élément référentiel, qui pourrait correspondre a la parcelle d’énergie qui nous a été donnée a notre naissance , et autour duquel s’articulera notre Ego durant tout le développemment de notre existence. L’Ego est influencé par notre éducation, nos expériences, nos relations, notre environnement…Tous ces éléments qui nous sont considérés comme extérieurs, qui se placent en dehors de la barrière que nous nous sommes définis comme le « moi »: ce que Je pense, ce que Je fais, Mes sensations, Mes pensées… L’ego commence a se définir vers 1 ans, lorsqu’on prend conscience qu’on est une personne différente de nos parents, qu’on commence a détacher nos sensations de celle d’autrui. Le Soi, quand a lui, est plus global, et influence sur toutes les parties de la psyche dont nous n’avons pas toujours conscience: l’Ombre, L’animus, l’Anima, la conscience collective…

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Il est comme un tronc d’arbre qui forme le centre de nous même, et qui rétablit l’équilibre avec la conscience, avec l’égo. Si l’ égo subit des déséquilibres du a des causes externes ou internes, le Soi se charge de rétablir l’équilibre, a condition que nous le laissions faire. En effet, nous sommes souvent blindés de blocages divers et variés, qui nous empêchent de nous connecter facilement a cette source . Des mécanismes psychologiques et physiologiques nous font souvent tourner en bourrique, générant des sorte de « bug » dans le cerveau qui conduisent a des états d’anxiété et des états de nevrose (les tocs par exemple, les crises d’angoisses…Tout ça est très souvent le symptôme d’une psyche qui nous envoie des cris d’alarme, qui nous dit « OH REVEILLE TOI, ET CREUSE UN PEU. TU VOIS PAS QU’IL Y A UN TRUC QUI CLOCHE DANS TA VIE MA GRANDE? » ).

Il est alors nécessaire de faire un travail de déconstruction , de plongeon en soit même, pour trouver les failles dans les fondements de notre psyche, et parfois si le ciment ne suffit pas, ne pas avoir peur de prendre le marteau piqueur pour défoncer quelques murs histoire de reconstruire tout ça avec art . C’est parfois douloureux, on trouve souvent des monstres enfermés dans les donjons, mais il est absolument nécessaire de les laisser courir dans les verts paturâges, nos monstres chéris. Admettons que vous ayez laisser sans soins un jeune enfant. Livré a lui même, sauvage, il vous mordra très certainement si vous essayez de le nourrir, et répondra par des grognements. Il lui faudra de la patience, des échecs et surtout beaucoup d’amour pour redevenir quelqu’un de plus civilisé, et enfin vous rejoindre pour que vous vous sentiez plus complets.

Ce travail de deconstruction peut être effectué via des travaux de visualisation et de méditation, par des pratiques un peu plus actives comme le yoga et les arts martiaux (les blocages psychologiques génèrent souvent des blocages physiques, et vice versa ; donc si vous débloquez l’un y’a des grandes chances pour que l’autre s’en porte mieux; mais dans tous les cas il est très conseillé de travailler les deux en parallèles, sinon le problème risque de revenir a la charge un peu plus tard), par la lithothérapie, les pratiques énergétiques comme le Reiki  ou par encore par l’Art et par les Mandalas.

Carl Jung utilisait beaucoup les mandalas pour soigner. Il considérait que le mandala était le reflet du Soi, et que par la vertu de la projection au travers de ce symbole, on pouvait établir un diagnostic a partir du mandala dessiné et aider a la guérison.

Perso c’est ce que je fais, c’est une véritable cartharsis, et le fait de se concentrer sur l’élaboration d’un motif circulaire qui se répète apaise l’esprit, le recentre et l’articule d’une manière spontanée et naturelle.

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Le premier mandala de Carl Jung

Scars

When I could speak it was too late
Didn’t you hear me calling?

Blows rain upon the one you loved
And though you were only sparring
There’s blood on the eye, unlace the glove
Say, honey, I am not sorry

Curieux comme j’aime m’auto-enfoncer lorsque le moral n’est pas au rendez vous, comme si le fait de vibrer a l’unisson avec le fait de se sentir mal aider a se sentir mieux. Une catharsis , une vibration , une cacophonie des cordes intimes. Fais les vibrer, c’est ce qu’elles veulent. Plains toi.

Allez, je me retrouve encore a faire des analyses foireuses , faut croire que je ne peux pas m’en empêcher. Et maintenant que je me retrouve devant la page blanche , je n’ai plus rien a dire. Je pensais que le fait de faire fonctionner ma petite cervelle me permettrais de repérer les mailles du filet et de l’éviter avant que je ne me retrouve, une fois de plus , empêtrée dedans. Engluée dans cette histoire, qui se répète éternellement. Seuls les acteurs changent. Ceux que j’ai aimés. Qui se mouvent sur la scène de mon existence, et qui auront chacun, l’un après l’autre, laissé leur trace en moi . J’ai bien essayé de les brûler, ces traces . Les faire crâmer dans le bucher de ma colère, de ma frustration, de ne pas réussir a changer les règles du jeu, a se battre contre les nornes et pire, contre ma propre ombre. Je leur ai voulu de ne pas m’avoir aimé, de penser a une autre, de ne pas me donner l’attention que je pensais qu’on puisse me devoir. Et puis je m’en suis voulue. N’est ce donc pas de ma faute, a moi, si je n’ai pas pris la bonne décision au bon moment, si je n’ai pas su faire confiance a mon instinct, si j’ai laissé filer toutes ces occasions, tous ces cadeaux qui me sont passés sous le nez parce que j’étais trop aveugle, trop trouillarde pour les ouvrir? Tu dois être plus forte. Prendre les devants. Va y, dis lui que tu lui plait. Invite le avant qu’il ne soit trop tard. Pourquoi tu choisis toujours des tocards? Tu as juste envie de t’en prendre plein la tronche pour pouvoir te plaindre en toute impunité hein! Le bonheur te fait peur?

Pourtant, j’ai essayé. C’était après avoir posé les pieds sur notre bonne vieille France, après avoir passé ces longs moi sur cette île volcanique. J’ai rêvé de toi. Tu me tournais le dos, et soudain, une jeune fille m’apostrophe

-« Ou était tu durant tout ce temps? Il n’a pas arrêté de penser a toi, et toi tu l’as laissé! Il pensait bien t’oublier en enchaînant les copines , mais que crois tu qu’il est devenu? Il a marché sur tes pas, tu ne l’as même pas vu »

Et la voila qui repart sur ses larmes de crocodile, et moi qui me réveille, troublée.

Je n’ai pas arrêté d’y repenser, a ce rêve. Il était tellement incongru, tellement vrai. Et je me suis dite qu’il fallait que je te retrouve.

J’ai saisis une occasion. Tu y serais a cette expo, pour sur. Et je t’y retrouverais. J’y suis allée. Et tu n’étais pas dans la salle. Je t’ai cherché; j’ai même hésité. Etais-ce toi la bas, un verre a la main? Non. D’ailleurs je ne vois pas ce que je fais ici. J’attends quoi? Qui? Qu’est ce que je fais ici? Le brouillard, la perte des repères et du sens des choses, encore. Je veux m’éloigner d’ici, je panique, et je sors en courant. Et je marche. Toujours plus vite, ça va me faire du bien, et empêcher mes pensées de tourner dans un sens ou je ne veux pas qu’elles aillent.

– » tu croyais quoi, que ça allait se finir comme dans un disney, avec le carosse en citrouille et prince Ken? »

Non bien sur. Et puis d’ailleurs, pourquoi j’ai paniqué? Il est surement a la bourre, il aurait pu venir plus tard, j’aurais enfin pu le revoir. Sauf que les nornes s’en sont mêlées.

Je te reparle , une semaine plus tard. Et tu me dis que tu sors avec cette fille depuis le soir de l’expo.

Voila d’où venait ce malaise. Je le cache comme je sais si bien le faire, puis te souhaite tout le bonheur du monde.

Et pleure.

Me as anyone

Je me réveille presque tous les matins avec une chanson en tête.

Ce matin, c’était Death of the author, de Jenny Hval.

Me as anyone

Me bare and barely

Me by nightvision

Me in this mirror

Me without a face

Me without your body

…Who do you think you’re killing

J’ai parfois l’impression de passer de l’autre côté du mirroir, comme Alice et son lapin blanc. Se retrouver prise au piège d’une partie d’échecs dont on ne comprends pas les règles, prise dans ce tourbillon de choses qui semblent avoir un sens pour une élite, prise dans un système tellement extérieur au mien que je n’en comprends pas les tenants, et les aboutissants. La société par exemple, qui semble être régie par un système qui ne fonctionne plus pour le bien être de ceux qui l’ont fabriquée, nous les hommes, mais qui a commencé a prendre une sorte de vie propre, une vie absurde, qui la pousse a la conservation. L’économie, le capitalisme ne veut pas mourir. Il veut s’étendre , continuer a pousser ses racines plus loin dans la terre des hommes, et creuse un fossé entre eux mêmes et la terre qui les a nourrit. Consommer, payer, l’industrialisation massive , l’agriculture intensive, la société de consommation sont autant de symptômes de ce dérèglement absurde.

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– Voilà donc de la gloire pour toi.
– Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, dit Alice.
Humpty Dumpty sourit dédaigneusement.
– Évidemment que tu ne comprends pas — pour cela il faut que je te le dise. Je veux dire : Voilà un argument décisif pour toi !
– Mais  » gloire  » ne veut pas dire  » argument décisif « , objecta Alice.
– Lorsque j’utilise un mot, dit Humpty Dumpty avec mépris, il signifie exactement ce que je choisis qu’il signifie — ni plus, ni moins.
– La question est de savoir si vous pouvez faire signifier aux mots autant de choses différentes, dit Alice.
– La question est de savoir qui est le maître, et rien d’autre, dit Humpty Dumpty.

C’en est même arrivé a un point ou les gens en deviennent Soul Blind, comme je l’ai expliqué dans le précédent article. Sans attaches et persuadés de l’absurdité du monde, ils commencent a se réagir, parfois de manière radicale en rejetant la société en bloc (ne soyons pas non plus totalement hypocrite, certaines choses dans l’avancée de la science nous sommes confortables et indispensables; la vie était dure avant et je ne sais pas si certains de ces radicaux accepteraient de revenir a ce genre de condition, c’est comme vouloir le beurre et l’argent du beurre)

Néammoins, cette réaction a l’effet d’un prise de conscience radicale. On finit par déchirer l’absurde voile, pour retrouver ses racines et notre lien au sens du monde. Après bien des échecs et des bleus, des ecchymoses,  ongles retournés et idées brisées, on retrouve ce pourquoi on a envie de tenir debout, ce pourquoi on a envie de nous battre. On retrouve le sens de tous nos gestes; on réapprend a faire attention a nos actions, aux rituels de tous les jours.

Cuisiner, jeter les miettes aux oiseaux ou verser un restant de verre de vin en offrande aux esprits du lieu, demander la permission lorsqu’on pénètre la propriété d’autrui, penser a nourrir notre Feu avec quelques plantes que nous avons mises spécialement a secher pour lui, penser a mettre des graines pour les oiseaux dehors lorsqu’il fait froid, souhaiter la bienvenue a des amis, apporter des cadeaux lorsques nous sommes invités…Tous ces rites prennent sens lorsqu’on comprend enfin pourquoi on les fait. Le Don. La rune Gebo: donner pour recevoir, le sens du sacrifice. Retourner la vie qui nous a été donnée, afin qu’elle puisse évoluer, se transmettre et se répandre, se contracter et se répandre a nouveau.

Ce que nous possédons est ce que nous avons donné, disait  Gabriele d’Annunzio.

Soul Blindess (l’aveuglement de l’ âme)

Le terme de « Soul Blindess » m’est apparut pour la première fois en lisant ce bouquin d’anthropologie  merveilleux d’Eduardo Kohn, intitulé How Forest Think. Pour essayer de faire court, How forest Think  est un livre qui essaye de repenser l’anthropologie en dehors d’elle même, de l’appliquer a l’ensemble du vivant, par le biais de l’étude de la sémantique propre au vivant (l’étude des signes, donc.) tumblr_me5zoeBHMI1qas1mto9_500

Des signes, on en voit tout le temps. Comme ce visage qu’on a crut voir dans l’herbe , une rune dans le paquet de mikado ou encore la figure du christ dans un dorito. Serais-ce la preuve que Jésus cherche a nous faire passer un message du genre « si tu veux être sauvé , mange donc des doritos mon enfant » ?

L’homme va toujours chercher a se relier avec ce qui l’entoure par le biais des signes. Il communique grâce à  une panoplie de signes complets comme par exemple le langage, aggrégat de sons transposés en lettre par écrit (lettres qui sont en elles mêmes des signes propres a êtres compris si l’on possède la bonne clef pour les comprendre et intégrer) , jusqu’au langage corporel, par une infinité de micro-mouvements, sourires, regards, torsions,effleurements. Certains groupes de ces signes, comme le langage par exemple, ont une portée de compréhension limitée a ceux qui possèdent les bons référents (culture, éducation, logique, apprentissage). Un certain langage ne va être compris que par ceux qui utilisent le même langage, ou l’auront appris.

Le langage corporel est plus universel, encore qu’il dépende lui aussi beaucoup de la culture, mais certaines choses, comme un sourire, un regard ou une intonation sont tout autant de signes qui peuvent être décodés par le plus grand nombre.

Qu’en est il des êtres non humain? Quel genre de « clefs », de référents communs, possèdent-t-ils de concert avec nous, humains? C’est en essayant de répondre a cette question complexe qu’Eduardo Kohn est parti pendant plusieurs années vivre a Avila, un petit village situé en amazonie, frontière d’entre le monde sauvage de l’amazonie et notre monde moderne. Les Indiens d’Avila se nomment eux même les Runa, ce qu’on pourrait traduire par « les gens ». Ils portent une longue tradition shamanique, parlent avec leurs morts, parlent aux arbres, aux singes, au jaguars qui sont légion aux alentours de chez eux, et qui souvent sont responsables de la mort de certains de leurs proches.

Ne dors jamais sur le ventre quand tu va dans la forêt, qu’ils disent. Si tu croises un jaguar et qu’il voit que tu lui tournes le dos, tu es de la viande morte. Alors que si tu es allongé sur le dos, que tu leur rend leur regard, tu deviens l’égal du prédateur, tu deviens son miroir. Et le jaguar t’épargnera peut être.

Leur langage porte , dans sa structure même, des shémas qui font eccos aux manières de communiquer des animaux qui les entourent, certains mots représentent des états, des sons, des cris d’animaux, et font office de représentation de cet animal. Ca n’est pas l’animal en lui même, il s’agit plus la d’un genre de depersonnalisation , arriver a retrouver un certain rythme pour saisir l’essence de l’animal et ce qu’il évoque, tout en gardant une certaine forme de synthétisation. En effet, les Runa ne reproduisent jamais exactement l’aboiement de leur chien, ni le cri d’un oiseau: cela reviendrais a perdre son identité, a se faufiler dans la peau d’un animal et risquer de perdre la sienne en route. Cet équilibre entre le fait de se sentir humain, rester ancré dans sa condition tout en pouvant se faufiler dans la peau d’autrui, humain ou non, est l’une des caractéristiques de ces indiens runa. Apprendre a se mettre a la place de, et donc de comprendre la forêt qui les entoure et tous ses habitants est la condition sine-qua non de leur survie. Apprendre a lire les signes qui vous indiquent la présence d’une proie, la maturité d’un fruit, la santé d’un arbre, apprendre a reconnaitre les shémas et motifs du vivants et donc de prévoir la manière dont celui ci va réagir pour mieux le chasser , l’attraper, le cueillir sont tout autant de choses qui s’apprennent avec le temps, la pratique et l’instinct; or dans une société pratiquement autosubsistante (les indiens runa achètent leurs fringues, le riz, certaines cereales et objets de tous les jours, mais ils sont entièrement autonome pour les fruits, légumes et la viande) , être dépourvu de ces capacité ou ne plus savoir comment les utiliser, c’est être frappé de ce qu’ils appellent l’Aveuglement de l’âme.

L’âme devient incapable de se fondre dan ce qui est au dela d’elle, de reconnaitre ces clefs qui la lient a l’ensemble. Par exemple, chez les runas, il existe une croyance comme quoi les jeunes pères, durant tout le temps ou leur femme est enceinte, deviennent Soul Blind. Leur sperme a servit a concevoir la vie , et leur connection au monde s’est introduite dans le foetus; ils ne sont plus capable de l’utiliser, et c’est les autres qui leur fournissent ce dont ils sont besoin. Ou lorsqu’on est soudain angoissé, que nos pensées et notre raisonnement se détache soudain de tous les autres, qu’on perd pied, que notre esprit s’emballe comme un cheval fou , qu’on a l’impression , soudain, d’être passé de l’autre côté du miroir et de perdre le sens des mots. « Avalanche. Avalanche. A-va-lanche ». Soudain , ces quelques lettres ont perdu leur connection avec ce qu’elles représentent et les concepts qui lui sont liés. Cette mémoire en arborescence, cette pensée qui lie les notions les unes avec les autres a perdu le fil , et tombe, et se brise.

Nous nous brisons en nous mêmes, incapable de nous retrouver a l’extérieur de nous mêmes. Tout comme les aveugles perdent leur connection avec la vue, nous perdons notre connection avec le monde. Nous sommes aveugles au monde, et si nous ne trouvons pas le moyen de renouer les liens par le sens des choses, nous nous effondrons en nous même, comme un trou noir.

Quadruple vue

O! why was I born with a different face?
Why was I not born like the rest of my race?
When I look, each one starts; when I speak, I offend;
Then I’m silent and passive, and lose every friend.
Then my verse I dishonour, my pictures despise,
My person degrade, and my temper chastise;
And the pen is my terror, the pencil my shame;
All my talents I bury, and dead is my fame.

I am either too low, or too highly priz’d;
When elate I’m envied; when meek I’m despis’d.

William Blake

William Blake est un des auteurs que j’admire le plus. Loin de moi l’idée de réduire son travail a une volute d’analyses dérisoires et de correspondances foireuses, j’avais juste envie de lui rendre honneur par un petit article d’en dessous les fagots.

J’ai toujours eu beaucoup de mal a me trouver des « maîtres ». Avide de réponses, j’assomais très souvent quiconque me semblait porteur de savoir de moult questions. J’avais des réponses, parfois. Satisfaisantes ou qui ne généraient pas de questions plus profondes, rarement. Je considère les relations humaines, les relations avec le savoir, les relations avec le monde comme une toile d’énerge vibrante, diaphragme, qui exige un échange permanent pour subsister. Chaque lien qui n’est pas entretenu par un échange d’informations se désintègre. Chaque question ou besoin d’en poser créé de nouveaux ponts; et plus l’on créé de ponts, plus l’étendue de ce savoir est grand, plus la vision se fait globale. Une vision en trois, quatre dimensions, qui prend en compte l’espace et le temps; qui frétille, se trémousse, fragile et éméphère , en construction/décontruction permanente.

Blake est l’un de ceux qui possède cette vision en quatre dimensions. Des travaux prophétiques, une création d’un mythologie propre, une reconstruction déconstruction de la bible et des principes établis (il était profondémment anti-catholique) ; ami d’elfes, de démons et d’anges, explorant par dela les abysses l’arbre du bien et du mal , recherchant le divin dans l’humain et dans ses visions, clefs vers l’invisible. Ce que je n’ai pas trouvé dans la voix d’un vivant de mon temps, je l’ai trouvé dans cet eccos d’un mort, dans ses mots  vibrants qui traversent le temps et s’écoule dans le flot des mémoires. On parle de la double vue comme d’un regard perché sur un autre monde. Monde parallèle? Monde noir comme les mondes des esprits chamans? Monde replié sur celui ci échappant a ses règles d’espace et de temps? Monde « double ». Quadruple vision. Comme cette théorie qui nous fait apparaître, nous ; humains, comme faisant partie de l’ensemble espace temps. Pour un personnage en 2 dimension, notre quatrième dimension est inconcevable. Qu’en serait il si nous nous placions a l’extérieur de cet ensemble espace temps qui est le notre? Nous verrions nous comme « plats », tournant en rond comme une équipe de footballeurs occupés a entamer leur 100ème tour de terrain?

Je me suis beaucoup servie de la bibliomancie (dont je n’ai appris le nom que très tard) a mes débuts. Je me posais une question, sur moi, les dieux, les esprits, je voulais des réponses, tout de suite. Je prenais mon recueil de William Blake, je posais ma question, puis j’ouvrais le livre et lisait le premier passage que j’avais sous les yeux. Parfois, c’était complètement vide de sens, je refermais mon ouvrage, dépitée. Parfois, des connections se faisaient. C’est comme si, au travers des mots, un sens se tissait soudain entre la question que tu poses et l’énigme de sphinx qui s’offre a toi; c’était une sorte de jeu, je rebondissais sur une autre question, refermais le livre, l’ouvrait, jusqu’a ce que le processus s’accélère. Une confrontation. De nouveaux concepts qui émergent, une argumentation qui se construit, l’impression de suivre un fil ténu vers une vérité que l’on sent briller , quelque part sous ces lettres. La tension monte, je tourne les pages, puis soudain, tout retombe. je me retrouve flottant dans cette marée de mot, j’ingère tranquillement ce qui m’a été dit.

J’aborderais la question de la perception des rythmes, formes et couleurs dans cet espace hors temps dans un prochain article; en attendant je vous laisse avec un texte sibyllin histoire de vous ramoner un peu les neurones.

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« Now I a fourfold vision see

And a fourfold vision is given to me

Tis fourfold in my supreme delight

And three fold in soft Beulahs night

And twofold Always.

May God us keep

From Single vision & Newtons sleep. »

—Blake, Letter to Thomas Butt, 22 November 1802. Quoted in Geoffrey Keynes (ed.), The Letters of William Blake(1956)