Elections

Voters don’t change the system
the system changes them…
into believers of political promises
as a way of avoiding the reality
no matter how they vote
or who they vote for

they end up deeper in debt
and with less individual liberties
as a legacy to their children

so political promises
becomes their drug
and in a need for validation
they start pushing that drug

more thought caught in believing
then thought freed by thinking

— John Trudell,activiste et poète indigène
Les voteurs ne changent pas le système,
c’est le système qui les change…
ils se mettent à croire en les promesses politiques
pour fuir la réalité.
Peut importe comment ils votent
Ou pour qui ils votent.
Ils finissent toujours plus profondément endettés
Avec de moins en moins de libertés individuelles
En guise d’héritage pour leurs enfants.
Et alors les promesses politiques deviennent leurs drogues
Et parce qu’ils ont besoin de reconnaissance
Ils continuent à soutenir cette drogue.
De plus en plus d’idées sont emprisonnées dans la croyance
Alors qu’elles devraient être délivrées par la pensée.

 

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Le droit à la folie

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A dedication to bacchus, Lawrence Alma Tadema

Extrait de Dyonisos et la déesse Terre, de Maria Daraki

« Dans le cas de la Grèce, nous serons précis: c’est la construction de la « personne », de l’identité individuelle, qui introduit contrainte et intolérance, et ouvre une guerre sans merci à « l’âme sauvage ». On ne peut pas être tout à la fois individu et sujet collectif, avoir et n’avoir pas contour. Mais comme cela mène loin! La « personne » est au centre de l’ordre Olympien, au centre de la filiation linéaire, au centre du temps irréversible,  au centre du tribunal et de la citoyenneté active. En d’autres termes, elle est au centre de toutes les composantes de la « raison grecque ».

Aussi, il faut voir la crise archaïque comme un gouffre que rien ne peut combler. Le besoin de transition d’un type d’homme à un autre. La construction d’un nouveau mode logique qui impose la frustration d’un choix, d’une nouvelle conception de la mort, non plus spatiale mais temporelle, qui permet à l’homme de se penser à partir de sa fin, mais qui en même temps rend la mort odieuse; la construction de l’identité avec tout ce qu’elle comporte comme vertu organisationnelle, mais aussi avec tout ce qu’elle a de privatif, de contraignant, et, disons-le, de petit; tout cela donne à voir le prix de la « raison ».

Le dionysisme a d’abord surgi comme une protestation contre le prix à payer. On dit que la Mania dionysiaque qu’elle s’était propagée à un moment précis, « comme une épidémie. » En fait ce n’est pas la folie qui se propage alors, c’est la « raison ». Et elle l’emportera. La cité le veut, et les Grecs veulent la cité. Mais il y a le prix à payer: le renoncement à l’ouverture, à l’équilibre et au confort de l' »âme primitive »  de la Grèce.

Il reste cependant un recours. Le « délire » dionysiaque a surgi dans la Grèce des cités comme une protestation. Mais une protestation très vite organisée, formalisée elle aussi: la fête dionysiaque. Dans le calendrier religieux de la cité, Dionysos a la part très large. Et le dieu arrive en « conquérant » : « Il faut que malgré elle cette cité comprenne combien lui manquent mes danses et mes mystères… »

Mais dans le dieu du rôle, le mystérieux Dionysos qui « est là » et qui menace constamment son historien de conversion, n’est plus une énigme. Il semble agir à la première personne. C’est de raison. Le dionysisme exprime l’homme intérieur qui parle à la première personne, lui aussi. Il a appris tout cela sous le règne des « dieux nouveaux ». Mais il le met à profit pour proclamer à la première personne les droits de « l’âme sauvage ».

S’en souvient-on? Dans la plus grande festivité dionysiaque, celle des Anthestéries, la levée des barrières entre les morts et les vivants entraîna celle de toutes les autres barrières qui définissent dans la cité les différents statuts. Et alors tout devient possible. Nous nous étions interrogés sur ce curieux « effet libérateur » de la mort… On comprend mieux maintenant. Lorsque les Infernaux envahissent la cité et se mêlent aux vivants, tout le monde devient à nouveau « enfant de Terre » et l’on fait tout ce que demande l’étage hypochtonien du dedans.

Comme la tragédie, le dionysisme est un fait inusable.

Saluons Dionysos-le-Juste. Et saluons Zeus, dieu juste lui aussi. Il y a deux enfants, et deux enfants, et deux seulement, qu’il prit la peine d’engendrer tout seul: Athéna déesse de la raison, et Dionysos, dieu de la folie. »

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Baccante,  lawrence Alma Tadema.

 

La mutation

Me revoici deux semaines après être passée sur le billard. Et ça va plutôt bien, avec le feu qui est revenu. Cela faisait deux semaines que j’étais incapable d’allumer une bougie. Pas que j’étais trop faible pour gratter une allumette, mais juste une répulsion pure et simple pour tout ce qui brûle. J’ai simplement travaillé avec l’eau, l’eau et encore l’eau. De l’eau de pluie, beaucoup, que j’allais chercher tous les matins pour en remplir les vases de cristal dans ma chambre , après l’avoir fait chanter avec mon bol tibétain. J’allume enfin ma première bougie, pour Dyonisos, avec la première rose rouge du jardin disposée dans un vase .

Mais revenons une semaine en arrière.

D’abord descendre du lit , première épreuve. Pas que je me lève tard, en général les nuits sont courtes, quelques heures au maximum, le restant du temps tu te retournes sans cesse en essayant de trouver la position optimale de ta jambe histoire qu’elle ne te fasse pas trop mal. Trouver des petits trucs , comme caler un coussin au dessous, et ne pas céder à l’envie de prendre des anti-douleurs. Trop d’effets secondaires pour le soulagement que ça t’apporte. Tout comme les anti-inflammatoires que j’ai arrêté au 5 ème jour après l’opération.  Pas très judicieux, me direz vous. Mais c’est ça ou je continue à plonger dans cette espèce de fatigue nauséeuse du corps et de l’esprit, qui en plus d’avoir à gérer la blessure se retrouve obligé d’évacuer tout ce qu’on lui fait ingérer. ha, très drôle ces notices d’utilisations: « possibles gènes respiratoires voir crises d’asthme ». « diminutions des globules blancs et risques de dysfonctionnement du foie ». Tiens donc, je pensais avoir épuisé mon stock de haine , et bin nan. J’en retrouve une bonne dose pour ces saloperies de gélules, dont j’ai l’impression qu’elles retardent plus le processus de guérison qu’elles ne l’accompagnent. Le moto aujourd’hui, c’est d’éviter de souffrir à tout prix. Quitte à te shooter en attendant que ça passe; et c’est valable pour les douleurs physiques comme les douleurs émotionnelles. Une crise d’angoisse? Prends donc ça et rentre dans les rangs, soldat. Et ta gueule surtout. Souris. Sois aimable.

La souffrance fait partie du processus naturel de guérison. Elle indique là ou se trouve le nœud du problème. Elle indique au corps et à l’esprit où il se doit de concentrer toute son attention; elle montre au corps l’endroit où l’on doit prodiguer les soins. Elle réveille. J’ai mal, mais j’ai l’impression d’être vivante, et de participer activement  à la guérison. Je fais preuve de délicatesse et d’attention envers ma jambe , alors que sous analgésiques j’appuie mollement dessus sans aucune considération pour elle.

Et puis, le corps possède des réserves d’énergies insoupçonnées, qui se réveillent en cas d’urgence. Ça faisait longtemps que ça ne m’étais pas arrivée, tiens. Cet afflux qui part des reins, juste du côté de la jambe opérée, puis qui descend dans la cuisse et dans le genou . Des points d’énergie bloqués dans la hanche. Tiens donc, ça correspond à au point d’acupuncture pour traiter les « jambes paralysées! » Décidément, plus rien ne me surprends. L’avantage d’en encaisser pas mal au niveau du corps, c’est que ça te permet de comprendre comment il fonctionne. Tant que tout va bien, on n’y fait pas attention. Dès que ça déconne, et bien pour s’en sortir, il faut comprendre pourquoi et où ça déconne, et du coup comprendre l’entièreté du système, car tout est relié; et un déséquilibre en entraîne souvent un autre.

« Le côté droit, c’est lié à la lignée du père. Le côté gauche, c’est lié à la lignée de la mère » me disait un ami magnétiseur . Mon côté gauche est une décharge: rien ne passe dans le bras gauche et il est le premier à morfler en cas de tensions nerveuses, la jambe gauche est dans cet état présent bien pour une raison. C’est marrant comment résoudre des problèmes physiques peut te mener beaucoup plus loin que ce que tu pensais de prime abord. Plusieurs choses me reviennent. Un bouquin sur Dionysos qui me parlait de la filiation grand-mère/fille, grand-père/fils; comme si la transmission sautait une génération. La sorcière qui enseigne à la petite fille. Mon ami magnétiseur qui possède le talent de son grand père, mais aussi des blocages et blessures diverses au…côté droit. Une amie sorcière qui reçoit son initiation de sa grand mère. Et moi même qui porte le prénom de ma grand-mère; et ses blessures. Dont celle d’avoir été abandonnée par sa propre mère . Les seuls souvenirs que j’ai d’elle, c’est les épines des cactus de sa maison dans mes mains et la voir sur son lit d’hôpital, incapable  de se rappeler du nom de ma mère. Peut on renouer ce qui a été brisé? Peut on retrouver nos racines? La sève de générations qui dorment dans des racines oubliées peut circuler de nouveau, j’en suis persuadée. Il faut juste trouver le moyen de plonger nos mains dans la glaise formée de tous les morts, la glaise germe de vie. L’interminable circulation de bas en haut, de haut en bas. Le don et le sacrifice, et s’abreuver aux sources.

 

J’émerge enfin, avec la sensation d’avoir compris quelque chose d’important. On passe toute notre vie à se métamorphoser, à recomposer les pièces de notre moi malmené pour en rendre d’autres à la terre ou au ciel afin qu’elles aillent nourrir d’autres âmes. Je regagne mon indépendance , physique autant que spirituelle; pouvoir enfin se déplacer, redécouvrir un monde en dehors de chez soi, et reprendre tout doucement du plaisir à ouvrir les yeux sur un nouveau monde.

 

LawrenceAlmaTadema-Among-the-Ruins-1902-04

Lawrence alma tadema