Temps suspendu

Je suis quelqu’un doté d’un naturel un poil speed. Il faut toujours que j’aille plus vite que la musique, qui à me brûler où à me mettre dans des situations parfois un peu tendues. Instinct de préservation: zéro pointé. En général je me fiche pas mal de ce qui peut m’arriver directement, j’ai tendance à prendre ça comme une expérience et j’ai eu la chance de garder de ces expériences bonnes comme nettement moins bonnes une certaine capacité à relativiser; une certaine résilience qui me fait recommencer les mêmes conneries et re-sauter dans le vide quand j’en ai l’occasion, parce qu’autrement je m’emmerderais sévère. Et jusqu’ici j’ai toujours eu la chance d’avoir des gardes-fous qui m’ont empêché–par je ne sais quel miracle– de ne pas clamser jusqu’au jour d’aujourd’hui.

Enfin desfois, la vie te le fait payer un peu, ton côté tête brûlée. Je suis tombée d’un muret il y a quelques mois, tout connement , le genre de maladresse ou ton petit kronk d’épaule te dit « tu va te planter ma vieille »! et toi tu le fais quand même. Je me suis relativement bien réceptionnée, j’aurais pu me fracasser le crâne, mais c’est les articulations qui ont pris. Je ne me suis pas soignée, bien évidemment (« bah, un peu de crème et ça va passer!) jusqu’à que je me replante et que je me décide à prendre les choses en main. Et boum, le couperet de l’opération qui tombe. Anesthésie générale, 6 semaines d’arrêt, béquilles, piquouzes, morphines,anti-inflammatoires et tout le tintouin.

Curieusement, je n’ai pas stressé tant que ça avant l’opération. Je me suis préparée comme je pouvais, avec une adaptation du charme des 9 herbes d’Odin (qui marche du tonnerre, je vous ferais un petit compte rendu mais c’est bien puissant. Bon par contre j’étais extraordinairement claquée après la confection, allez donc réciter du vieux norrois avec la concentration adéquate pendant 1h00 ! Pour ceux que ça intéresse, j’avais fait un article sur le charme par ici, je l’ai un peu adapté pour en faire un sachet protecteur).

Je me suis bien blindée avec une combo oeil de tigre/obsidienne (mes chouchoutes pour la protection, à utiliser avec parcimonie), et finalement , c’est un quart d’heure avant l’intervention que je me suis mise à chialer toutes les larmes de mon corps , lorsque j’étais à poil dans ma superbe veste-d’hopital-qui-cache-rien-et-qui-se-noue-par-derrière et que l’anesthésiste vient me poser le cathéter. Et là, tout remonte sans que tu ne comprennes ce qui se passe. La digue qui craque et toute la pression qui ressort. La peur de ne pas se réveiller. La peur des complications, le petit « on ne sait jamais » , cette probabilité infime, cette petite virgule de rien du tout sur l’échelle des interventions réussies qui te met la misère et fait prendre à tes peurs le mord aux dents. La douleur post-opératoire et tout ce qui va avec ne me faisait pas plus peur que ça, mais le fait qu’on m’injecte quelque chose qui me fait perdre le contrôle de mon corps, ça ça me dérange.

Je me réveille 1h00 après, dans les choux (« et bien vous être drôlement speed vous! On vient juste de vous amener en salle de réveil que vous vous réveillez! » que me dit l’infirmière). Pas de douleurs, mais juste la sensation qu’une partie de toi te force à dormir, tandis que l’autre n’a qu’une envie: se lever et sortir de là le plus vite possible. On me refait marcher avec des béquilles et monter quelques marches quelques heures après, puis je repars chez moi en soirée.

Me revoici donc ici, devant l’écran, après une première nuit post-opératoire. La douleur–relativement supportable. J’ai la chance d’être assez résistante, je ne prends jamais de médoc, du coup un anti-douleur comme un doliprane va avoir un sacré bon effet sur ma pomme ; alors que curieusement, les dérivés de morphine prescrits m’explosent juste la tronche, dans le mauvais sens du terme (là, tu comprends ce que c’est que l’effet d’un opiacé: t’es un vrai légume, tu es incapable de réfléchir correctement, tu as des nausées et vertiges et c’est comme si tout ton corps se liquéfiait et refusait de répondre à l’appel de ta volonté).

Maintenant, il faut repenser toute ma manière de vivre: rien qu’un truc tout con comme préparer son petit déj ou prendre ta douche devient un match de catch: va donc tenir une tasse de thé avec des béquilles . Tu dois optimiser tous tes déplacements et te faire tes petits circuits dans ta tête pour éviter de faire trop de mouvements inutiles, trouver des petits trucs pour te faciliter la vie (genre me trimballer en permanence avec une petit sac en bandouillère dans le quel je vais mettre tout ce que je dois déplacer–sauf les tasses de thé parce que ça coule), repenser ton corps d’une nouvelle manière, et puis surtout trouver matière à t’occuper. De ce côté là j’ai la chance d’avoir en tête des tas d’occupations et de rarement m’emmerder , je me dis « bon bin maintenant qu’on en est là, autant mettre tout ce temps à profit! Pour créer, écrire, potasser des bouquins sur les talismans Fu, ou sur Dyonisos, en profiter pour faire des maquettes ou créer des charmes et…profiter du jardin et de l’air de printemps!

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Quelques vers pour un vagabond

 

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Moondog, aka Louis Thomas Hardin, aka le viking de la 6ème avenue, aka Odin qui décide de se taper un petit trip sur Mitgard.

J’avais envie de vous partager quelques poèmes de lui en plus de son (extraordinaire) musique, les voici donc (mal) traduites par mes soins (l’original est par ici)

MILLENIAD

Je trouve la plus grande liberté dans la structure d’une forme qui paradoxe l’anormalité au sein d’une norme.

L’Epée de Damoclès est suspendue au dessus de nous tous. En étant conscient de ce fait, de quoi pouvons nous discuter?

Mon crédo pourrait être le suivant: maintenant que la noirceur de mes jours est passée, je me battrai pour vivre chacun d’entre eux comme si c’était mon premier et mon dernier.

Tu me plains dans mon exil? Et bien, plains si tu veux, mais vis– avant que ta chère identité ne tourne en poussière.

Les carnivores qui vivent des Herbivores qui vivent des plantes furent tous consommés par des Omnivores qui marchaient aux alentours en pantalons.

Celui qui ne sais pas qu’il ne sait pas qu’il ne savait pas, devint celui qui ne savait pas qu’il savait qu’il ne savait pas, et devint celui qui savait qu’il ne savait pas qu’il savait, qui devint finalement celui qui savait qu’il savait qu’il savait.

Un regard, un sourire, un signe et puis– une étreinte. Les années se déroulent devant mes yeux en scènes que je ne peux effacer.

Nous tâtonnons les yeux grand ouverts dans l’obscurité du futur, avec foi en ce qui est hors de notre portée au lieu d’avoir foi en la sécurité qui se trouve aux tréfonds de notre âme.

Le trombone et le Sackbut (un genre de trombone médiéval) se jetaient des coups d’œils honteux. L’un voyait ce qu’il avait été, l’autre ce qu’il était devenu.

Le Tout déclara, « Tu ne connaîtra jamais la somme de toutes mes parties, alors arrêtes ton jeu stupide, et raccommode tes cœurs brisés. »
La preuve que Dieu existe se trouve dans les harmoniques de un à neuf, ce qui explique comment l’univers est construit.

Ce que je dis de la science ici, je le dis sans condition : la science est la dernière et la plus grande des superstitions.

La Tour Penchée se pencha un peu plus vers le sud et dit, « Je n’aurais pas été aussi célèbre si j’avais eu la tête haute. »

Un flocon de neige se posa sur ma main, et dit, comme s’il était effrayé, « Je dois continuer mon chemin, avant que je ne me transforme en larme »

Tu pourras avoir d’infinies possibilités saines et fortunées qui ne servent à rien , si tu ne sais pas que chaque minute compte.

SUITE EQUESTRIA

Premier mouvement

Lorsque l’homme commença à apprivoiser le cheval, il trouva une grande source de pouvoir potentiel.

Pour l’attelage et pour la monte, les chevaux gagnèrent en suprématie. Qu’ils soient deux ou trois ou plus ils forment une équipe.

Le chien n’était pas son seul ami. Il savait qu’il en avait un autre en le cheval.

Mais il laissa son ami de côté pour favoriser une chevauchée motorisée.

Deuxième mouvement:

Les Incas n’avaient pas de roue. Les Aztèques n’avaient pas de roue. Les Mayas n’avaient pas de roue. Les Mayas n’avaient pas de roue sur laquelle rouler.

Avant que les hommes à roue vinrent pour quémander une guerre qu’ils gagnèrent, les Aborigènes n’en avaient pas besoin.

Les Natifs connaissaient l’année où les hommes du Nord apparaîtraient, pour redécouvrir la moitié d’un hémisphère.

Le cheval a toujours été, le cheval sera toujours la source la plus sûre de la mobilité de l’homme.

Troisième mouvement

Sur l’énergie fossile la machine fonctionnait, elle était apparemment l’ami de coeur de l’homme.

En servant l’Homme le moteur devint le Maître,et même l’homme se mis à le comprendre.

Si la fierté précède la chute il est temps qu’il chu, pour les chevaux qui l’ont toujours bien servit.

Ayant apporté une grande aide et une grande ruine à la fois, l’engin a eu son temps, le voici maintenant arrivé à son terme.

Moondog+236