Un chant pour la liberté

Ça fait maintenant pas mal d’années que je pose la question de l’avenir de l’humanité. Depuis que j’ai lu le fantastique Nausicaa de la Vallée du vent, de Myazaki.

Le portrait d’une société post-apocalyptique où un restant d’humanité parvient à survivre tant bien que mal sur les quelques havres non pollués restant sur la planète après la catastrophe des 7 jours de feu, entre guerres intestines et luttes pour la survie. Une description très sombre de l’avenir , et pourtant porteuse de tellement d’espoir. Ces voix qui s’élèvent, au delà des ruines des empires tombés, pour te dire que l’important n’est pas de savoir ce que va devenir le monde, mais simplement de savoir ce qu’on veut en faire. De voir ce qui est important pour nous, et comment on peut se battre pour le sauver.

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J’ai longtemps cédé à la facilité de l’inéluctabilité . Cette pression continue qui t’empresse de remballer tes clics et tes clacs fasse aux Nornes, de croire qu’aucun de nous n’avions aucune prise sur ce qui était à venir, et que c’était une perte de temps que de croire en l’humain et en la capacité de faire quelque chose dans un monde bientôt noyé sous les eaux, le feu et la fumée. Cette tentation de basculer d’un côté, ou de l’autre. Croire en la transition, en Pierre Rabbi et son armée de colibris et autres prêcheurs de bienpensance , ou croire en les quatre cavaliers de l’apocalypse. Croire que l’humanité finirait dans un grand bain de sang et de radiations ou dans une communauté d’hommes enfin heureux et égaux après avoir mis à bas les Puissants, vivant de soleil et d’eau fraîche, jeunes pousses s’étirant joyeusement vers le soleil de la Nouvelle Terre.

Peut être que c’est une illusion de croire en la possibilité d’un choix, et que ce jeu là même fait partie de l’illusion qui nous permet de ne pas mourir de désespoir, comme disait Serafina Pekkala à une Lyra fatiguée. Mais il faut le jouer, ce jeu.

Il y a toujours une vérité des deux côtés. Toute vérité n’est qu’une semi-vérité si tu ne considère pas son antipode, te dit une Loi hermétique.

Je n’ai envie de basculer ni du côté du positivisme bisounours forcé, pour moi symptomatique d’un moyen de noyer le poisson parce qu’on arrive pas à regarder la vérité en face, ni du côté du pessimisme lourdingue, qui te colle aux basques et t’empêche de regarder plus loin que le bout de ton nez.

En tout cas une chose est sûre: on ne peut pas continuer comme ça très longtemps. Les actes ont leurs conséquences, et ce que l’humanité à lancé depuis des centaines d’années, on va se le reprendre dans la tronche. La transition ne sera pas douce. Il y aura du sang et des larmes, des rêves détruits et d’autres qui émergent. Mais s’il y a quelque chose qu’on ne peut pas prévoir, c’est l’Humain. Cette chose antinomique, porteuse de tellement de potentialités créatrices et destructrices, et c’est la dessus que je mise mon cheval.

« C’est comme dans les histoires qu’on nous racontait, mr Frodon. Celles qui valaient vraiment dire quelque chose. Elles étaient remplies de ténèbres et de danger. Et parfois on ne voulait pas savoir comment elles allaient finir. Parce qu’on se demandait : comment ça pourrait bien finir? Comment le monde pourrait revenir à ce qu’il était alors que tant d’horreurs sont arrivées? Mais à la fin, cette ombre ne fait que passer. Même les ténèbres doivent passer. Un nouveau jour arrive. Et quand le soleil brillera, il brillera clairement. Ca, c’était les histoires qui restaient. Qui valaient dire quelque chose, même si on ne comprenait pas exactement quoi. Mais je pense, mr Frodon, que je comprends maintenant. Les gens dans ces histoires avaient des tas de raison de laisser tout tomber, sauf qu’ils ne le faisant pas. Parce qu’ils avaient quelque chose qui les faisait tenir. »

Sam Gamgee, Lord of the Rings

Chacun prend les armes, ou laisse couler. Il n’y a pas de bonne , ou de mauvaise décision. Seulement ce qui est juste pour nous. Si tu sens que quelque chose résonne avec toi, fais le. N’attends pas que les autres agissent à ta place.

Je ne suis pas là pour donner des leçons. Peut être juste pour raconter des histoires.

La femme éternelle mugit! On l’entendit sur toute la terre.

Les côtes d’Albion (le nom mythologique de l’Angleterre) sont mortellement silencieuses; les prairies de l’Amérique s’évanouissent!

Les Ombres des Prophéties tremblent tout autour des lacs et des rivières et murmurent par delà les océans, France, détruits tes donjons,

Espagne dorée brûle les barrières de la vieille Rome;

Jette tes clefs Ô Rome dans le ravin qui tombe, qui tombe même dans l’éternité,

Et pleure!

Dans ses mains tremblantes elle prit le nouveau né qui hurlait de terreur;

Sur les montagnes infinies de lumière maintenant encerclées par l’océan atlantique, le nouveau feu né faisait face au roi qui le fixait!

Flanqué de  neiges aux sourcils gris et de visages tonnants les ailes jalouses battaient au dessus du vide.

La main armée d’une lance brûla, le bouclier fut posé à terre , la main de la jalousie avança jusqu’à toucher les cheveux de feu et la merveille tout juste née hurla à travers la   nuit.

Le feu, le feu, le feu tombe!

Lève la tête! Lève la tête! Ô citoyens de Londres élargissez votre contenance , Ô juifs, laissez donc le comptage de l’or! Retourne à ton vin et ton huile; Ô Afrique! Afrique noire! (va donc, pensée ailée, ouvres donc cette conscience)

Les fiers poumons, les cheveux de feu brillèrent comme le soleil tombant dans les mers de l’ouest.

Réveillés de leur sommeil éternel, les éléments hurlants s’enfuirent;

Tout en bas le roi jaloux battait de ses ailes furieuses ; ses conseillers aux sourcils gris, ses combattants furieux, les vétérans recroquevillés derrières des heaumes et des boucliers, et les chariots, les chevaux,les éléphants, les bannières, les châteaux, les frondes  et les rochers.

Et tout cela tombait, s’emportait, se ruinait! Enterrés dans les ruines du nid d’Urthona.

Toute la nuit derrière les ruines , leurs sombres flammes  pâles émergeaient  tout autour du roi  lugubre  ,

Avec le tonnerre et les flammes: menant ses  hôtes étincelants à travers les contrées sauvages , il promulgua ses dix commandements, jetant des coups d’œils teintés d’une noire consternation par delà le vide au dessous de ses brillantes paupières,

Alors que le fils du feu dans son nuage à l’Est, alors que le matin montrait enfin son plastron doré,

  Repoussait les nuages couverts de sorts, réduisait en poussière la loi écrite dans du marbre, détachait les chevaux éternels des nids de la nuit, pleurait l’Empire n’est plus! Et maintenant le lion et le loup doivent cesser.

A Song of liberty, William Blake

 

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Fondations

« Les voies de dieu sont extrêmement mystérieuses, pour ne pas dire carrément tortueuses. Dieu ne joue pas aux dés avec l’univers, Il joue un ineffable jeu de Son propre cru, qui pourrait apparaître aux yeux de tous les autres joueurs comme étant une sorte de poker obscur et complexe, joué dans une salle sans lumières, avec des cartes blanches, un nombre infini de paris, et tout ça avec un donneur qui ne vous donne pas les règles, et qui sourit tout le temps. »

Good Omen, Terry Pratchett et Neil Gaiman

Marrant comme la fiction te parait parfois résonner d’une manière tellement plus juste que tout ce que tu peux lire en ésotérisme. Marrant comme on ne peux pas s’empêcher de tout expliquer , ou en tout cas de chercher à expliquer. On cherche, on cherche, on avance de trois cases, on se fait doubler, on recule de deux, et puis parfois…c’est le retour à la case départ.

Je me suis lancée dans l’ésotérisme avec pas grand chose, trois infos trouvées sur un forum, une bonne grosse dose de pratique hasardeuse, beaucoup de foirages , et surtout un intérêt sans limite pour tout ce qui relevait des traditions ésotériques de tout poil. Netjerisme, traditions nordiques, celtiques, hindouistes, bouddhistes, mayas, maoris, slaves, taoistes, hermétisme, tout était bon à prendre. Parce que vous comprenez, je suis une sacrée chieuse. Du genre à ne pas aimer faire quelque chose si je ne comprends pas à quoi ça sert. C’est une des raisons pour lesquelles je me suis vite détournée de la wicca: trop dogmatique et limitée , avec sa roue de l’année qui glissait trop parfaitement sur son moyeu bien huilé, avec sa baguette, son athamé , sa coupe, son pentacle. Je comprenais la symbolique, mais je ne voyais pas pourquoi le fait d’utiliser un athamé, ou une bougie jaune serait plus efficace qu’un couteau à beurre ou une lampe à lave. On nous dit que le plus important c’est l’intention qu’on y met, mais dans ce cas, on peut potentiellement utiliser ce qu’on veut! Et qui me dit qu’un objet qui revêt un certain symbolisme dans une certaine culture n’a il pas un sens totalement opposé dans une autre culture, et pourquoi donc le fait d’en utiliser un plutôt qu’un autre serait il plus efficace, d’un point de vue magique? C’est comme en math: connaître un théorème par coeur c’est très bien, connaître les correspondances entre les métaux et les planètes c’est très chouette, mais savoir d’où ces liens viennent et comprendre les liens qui les unissent pour pouvoir les utiliser à notre façon, c’est mieux.

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Image: rachel suggs

Difficile de retracer les origines des différents cultes. La plupart du temps, elle l’est l’apanage d’un messie, d’un gourou, d’un beau parleur autour duquel se regroupent les gens intéressés par les dires dudit prêcheur. Gardner pour la Wicca, par exemple. Mais ou a-t-il pêché tout ça? Des anciens rites païens remis aux goûts du jour, certains diront. Mais il ne faut pas oublier qu’il à d’abord bien pioché dans les rituels de la Golden Dawn, organisation ésotérique très en vogue à la fin du 19ème siècle, dont faisait partie entre autre Bram Stocker, Aleister Crowley et le grand poète W.B. Yeats. Mouvement qui à lui même pioché dans l’hermétisme, la kabbale, le rosicrucisme et l’alchimie… Le 19ème siècle à connu son penchant d’occultistes, avec entre autres Helena Blavatsy, qui à fondé la société théosophique, l’abbé français Eliphas Levi dont la symbolique inspira plus tard le Rider Waite Tarot, le premier tarot qui a donné une signification particulière aux arcanes mineures (les Coupes, les Pentacles, les Epées, les Bâtons…ca ne vous rappelle rien?) , lui même dérivé en un millions de versions qu’on connait bien pour qui s’est un jour retrouvé en face d’une étagère remplie de tarots dans une boutique éso… on ne réinvente jamais l’eau chaude, on ne fait que combiner encore, et toujours, les mêmes vieilles recettes.

D’où ça vient , toutes ces histoires d’ères d’Horus et de changement de vibration, de voyage et de plans astrals? De Rudolf Steiner, je pensais alors en découvrant l’Anthroposophie, sorte de discipline ésotérique tentaculaire qui à entre autres développé une pédagogie Steiner (vous avez ptêt entendu parler des écoles Steiner), « inventé » l’homéopathie, et dégagé tout un tas de concepts sur l’évolution de la race humaine (avec des concepts parfois extrêmement racistes, et même si il faut toujours replacer les choses dans leur contexte et comprendre que les textes sont influencés par l’air du temps dans lequel ils ont été écrits, y’a des trucs qui passent pas, c’est comme les Tintin qui nous dépeignent des Noirs arriérés et soumis qui ressemblent au vieilles pubs Banania). Donc oui, certains ont pensé qu’il sortait tout ça d’un quelconque rayon divin. Alors qu’il avait quand même bien pompé dans les travaux Théosophiques d’Helena Blavatsky…elle même trèèès inspirée par tous les Védas , des textes bouddistes et pas mal d’Hermétisme.

Que les gens s’influencent les uns les autres, reprennent des concepts et les enrichissent/les creusent, les réinterprètent, je n’ai aucun problème avec ça. Le danger vient juste du dogmatisme, de cette tendance qu’ont les gens, parce qu’ils découvrent la chose et que c’est bien normal, d’avoir l’impression que tout cela revêt un genre de caractère sacré et divin, intouchable et de le prendre pour Vérité absolue. On ne chéri plus les enseignements pour la connaissance qu’ils nous apportent, mais on vénère l’être qui nous les a apporté, on enjolive tout ça d’évènements plus ou moins acceptables comme des multiplications de petits pains, des lévitations, résurrections et autres changements d’eau en vin. On veut du sensas, des pouvoirs magiques, X-Men IRL. On leur donne un caractère intouchable, indétrônable, on se met un bandeau sur les yeux et on laisse notre cervelle aux vestiaires.

Alors rien ne nous empêche de nous poser des questions sur la raison de notre existence. Sur Dieu(x) , sur leur(s) nature(s), sur la création des galaxies et du Big Mac. De se demander ce qu’on va mettre ce matin, ou si l’Univers est rempli d’intentions jusqu’à la plus petite particule de poussière. Mais dans tous les cas, que vous manœuvriez parmi  des dictats de la mode , ceux de la bien-pensance ou de l’ésotérisme New-age , faites le avec intelligence et surtout avec un minimum de recul. Et continuez toujours de poser cette question: « Pourquoi? »

N’oubliez pas qu’on a pas croqué dans cette putain de pomme pour rien.

« Si tu t’assois deux seconde et que tu commence a y penser sérieusement, tu commences à avoir de drôles d’idées. Comme: pourquoi rendre les gens curieux, et puis foutre un fruit défendu là où ils peuvent le voir clairement avec un énorme néon au dessus qui dit « JE SUIS LA »?

-Je ne me rappelle d’aucun néon.

-Métaphoriquement, je parle. Je veux dire, pourquoi faire ça si vraiment tu ne veux pas qu’ils le mangent? Je veux dire, peut être que t’es juste curieux de voir ce que ça va donner. Tout ça. Toi, moi, lui, tout. Un genre de grand test pour voir si tout marche correctement? Tu commences à te demander: ça ne peux pas être un jeu d’échec géant, ça doit juste être un Solitaire très très compliqué. Et n’essaye pas de me répondre. Si on pouvait comprendre, on ne serait juste pas ce qu’on serait. Parce que tout ça c’est…c’est…

-INEFFABLE, dit l’homme qui nourrissait les canards.

-Ah…oui. Merci.

Ils regardèrent le grand étranger déposer délicatement le sachet vide dans une poubelle, puis traverser la butte d’herbe. Puis Crowley secoua la tête.

-Qu’est ce que je disais?

-Aucune idée, dit Aziraphale. Rien d’important, je pense.

 

Good omen, Neil Gaiman et Terry Pratchett.

 

Voyages

Me revoici de retour sur les vertes terres de l’Irlande; après une année de remise en questions–à propos de mon taff, de ma façon de vivre,ma façon de consommer, un an d’égarement–, de douleur mais aussi de moments de pur bonheur, perchée pendant deux semaines  dans les hauteurs de l’Isère en mettant les mains dans la gadoue pour aider un parfait inconnu a réaliser une éco-construction, à apprendre du vent qui souffle , des planches de mélèze et de la scie sauteuse, à apprendre de la paille et du feu, de la rivière et de la pluie qui te dégouline sur tes pieds pendant que tu te tapes un sprint sous l’orage.

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Peinture: david inshaw

 

Je pensais que je pouvais vivre mon indépendance, mais changer totalement de vie, de cercle social et de région s’est avéré plus difficile que prévu. Les gens me manquaient, et j’avais sans cesse l’impression de n’en avoir …jamais assez. De ne jamais trouver le compromis parfait entre une vie libre et mon besoin de connexion humaine. Peut on vraiment réécrire son existence, sans prendre en compte ce qui nous a forgé, notre expérience accumulée?

Il est certes plus facile de surfer sur la vague des acquis. De ne pas soudainement couper la corde de la vie comme ce que j’ai pu faire, mais de travailler à une transition plus douce. D’avoir des gens sur qui ont peut compter, même si le travail doit venir avant tout de nous. On a rien sans rien. Les rêves demandent du travail, de la persistance, ainsi qu’une bonne dose d’instinct pour être réalisés. Il faut croire en nos rêves. Sinon la vie devient fade. On a tendance à se persuader qu’on ne peut pas réaliser ceci,ou cela, parce que ça nous coute trop d’énergie. Ou que la société nous a persuadé que c’était dangereux. Pour notre vie sociale, pour notre sécurité.

L’erreur, c’est de courber la tête, comme un vieil étalon fourbu. Les rêves demandent du sang, des larmes et de la sueur pour être réalisés. Mais si tu es assez habile pour « sentir » quand le vent tourne, quand agir et quand attendre, quand investir, quand travailler et te reposer , tu ne te bats pas tout seul, mais tu as le flux de la vie tout entier avec toi. Tu es sur un gigantesque fleuve, si tu rames à contre-courant, tu finis épuisé. Si tu te laisses dériver, tu atteins bientôt le rivage de ta mort avec le fatalisme d’une huître, en croyant que se soumettre aux flots est la seule option. Mais si tu écoutes les courants, que tu les observe, que tu pagaie avec parcimonie en les prenant à ton avantage pour diriger là ou tu veux mais sans lutter, là tu as tout compris à la vie.

Il faut avoir confiance; aussi. Pas le genre de confiance béate, où tu attends que tout te tombe tout cuit dans le bec, mais le genre de confiance active, ou tu fais ce que tu dois faire, et tu sais que ça ira dans ton sens. La fameuse intuition, encore.  Celle que tu entends parfois te dire « MAIS TA GUEULE! » lorsque tu t’apprêtais à ouvrir ta moule pour dire une ânerie , et que tu n’écoute pas , pour le regretter trois secondes plus tard . Celle qui te permet de savoir quand un ami a besoin de toi, quand entrer dans quelle boutique pour y trouver un truc que tu cherchais depuis des lustres,celle qui te mène à des endroits impromptus dans la forêt pour s’y délecter de quelques moments de paix.

Ou celle, encore, qui te fait rencontrer les personnes dont tu avais besoin. Ce petit sourire intérieur que tu as quand tu les rencontres pour la première fois et que tu sais qu’elles font partie de la même tranche d’humanoïdes délicieusement perchés. Et ce sourire qui s’élargit et devient un sourire plein de dents emprunté au chat du Cheshire lorsque tu l’entends parler de chamanisme, du musée du quai Branly, de mythologie comparée et d’intuition. L’approche anthropologique du paîen qui tente de garder encore un semblant de protection sociale et qui teste en même temps ta propre folie douce. Et là, tu sais que tu va avoir de longues conversations au coin d’une tisane, que tu vas pouvoir enfin baisser un peu plus ces barrières du socialement correct et te permettre d’aller un peu plus loin dans l’expérimentation et la confrontation de points de vues.

Tu te retrouves à faire des petits tests. Tu l’emmène se balader de l’autre côté de la rivière, là où tu as l’impression de te faire souvent suivre par un truc non identifié sans lui dire le lieu exact(difficile de les identifier , souvent. Pour ma part j’ai trop peu de connaissances pour me permettre de les foutre dans des cases, alors j’y renonce et je m’attelle simplement à essayer de communiquer et de résoudre le problème, si problème il y a) ; puis tu guettes sa réaction, et lorsque tu la vois s’arrêter pile au même endroit puis jeter un léger « ah mais y’a effectivement un truc là! » , tu rigoles intérieurement.

Ou de se pointer un soir , et de te dire »p’tain y’a un endroit dans la forêt ma fille, mais c’est violent! Y’a une hostilité de fifou! C’est la première fois que je délègue, mais apparemment c’est à toi d’y aller ».

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Et tu te retrouves à te cailler les miches, seule au milieu de la forêt avec la nuit qui tombe, avec un monticule qui ressemble a une tombe fraichement creusée , une énergie qui semble couler le long du chemin tracé entre les arbres, et cette espèce d’électricité ambiante qui te donne des frissons , comme celle que tu peux ressentir lorsque tu te retrouves au milieu d’une conversation tendue, ou que tu te retrouves à côté de quelqu’un qui transpire la peur et le stress, une peur de la douleur et un genre de colère fossilisée dans les arbres aux alentours.

 

Bon. C’est bien gentil, mais qu’est ce que je vais bien pouvoir faire, moi! Résoudre un problème énergétique, c’est de l’impro permanente (en tout cas pour moi) . Ça demande tout un tas de tâtonnements, c’est un peu comme avec l’impro en cuisine: tu connais les bases parce que tu as déjà fabriqué des cakes au yaourt, mais si tu dois faire avec ce que tu as dans le placard et que ça marche, il faut faire preuve d’un peu d’imagination. Alors tu testes. Tu rates. Tu « sens » quand quelque chose commence à marcher. Tu t’impatientes et tu as envie de te barrer pour la 15ème fois, mais les runes te disent de rester et de continuer ton taff.

Tu rentres chez toi tout en sachant que tu es loin d’avoir fini. Tu as la confirmation de ton associée-dissociée que c’est « un peu moins pire ». Bon.

C’est déjà ça.

 

La femme et le regard

Je vous préviens de suite, cet article sera loin d’être structuré, ni argumenté comme une copie de bac de philo. Pas de citations d’auteur, ni de réflexion construite et murement réfléchie. J’ai juste besoin de griffonner durement quelque chose qui me reste coincé dans les tripes. Ce rugissement inexprimable qui te gratte la glotte et qui reste coincé comme une boule de poil si tu ne l’expulse pas.

Voilà. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui va de travers entre les mecs et les filles aujourd’hui. On ne sait plus comment se regarder, ni comment s’aimer. Je ne dirais pas se comprendre, parce que ça n’arrivera jamais. Le vieux mythe des deux êtres si proches qu’ils ne font plus qu’un est définitivement de l’ordre de l’utopie, et c’est pour le mieux. Il doit rester une part d’ombre, une part de mystère, une zone de brume entre deux êtres. Car c’est c’est même zone d’ombre qui nous fait aimer l’autre, pour son altérité. Parce qu’il n’est pas nous, et que par là même est tout son intérêt.

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Beauté,une bd de Kerascoet. Une histoire marrante et trashos d’une fille très très moche qui se fait donner la beauté par une fée maléfique.  Et c’est là que commencent toutes les emmerdes.

Mais quoi alors? Voilà. Je ne comprends pas ces débats sans fin sur l’industrie Hollywoodienne qui sexualise à outrance les femmes, sur ce relevé de compteur de toutes les fautes commises par la pub, par la société, par les salauds qui nous harcèlent, par les médecins qui croient connaître notre corps mieux que nous et nous brutalisent, que ça soit pour l’enfantement, pour la contraception ou tout autre atteinte à notre intimité.

Certes. Nous avons souffert. Certes. Des gosses sont mariées à 8 ans en Inde avec des vieux dégueulasses.  Certes. Des femmes se font traiter comme des parias parce qu’elles ont choisies l’avortement. Les dommages sont infinis, et innombrables.

 

Mais pourquoi? Pourquoi nous sentons donc obligées de réagir comme des chiennes battues, comme des lapins apeurés, marquées par des violences que l’on a pas forcément subies mais qu’on a lues, vues, entendues  de proches ou d’illustres inconnues que l’on a connues qu’à travers le filtre de l’écran? On fini par prendre sur soi et considérer siennes des souffrances qui ne sont pas les nôtres. Devoir de solidarité ? Non. Besoin malsain d’entretenir des blessures très anciennes, comme une compulsion de nous faire saigner, encore, encore et encore juste pour montrer à l’autre l’étendue de nos cicatrices et nous faire plaindre. « tu vois? Comme la condition de la femme est pourrie aujourd’hui? Tu vois a quel point on souffre d’être des femmes, tu vois en quoi les hommes sont des salauds? Ce que la société nous a fait? »

Que le mal soit fait ou pas, là n’est pas la question. On vaut mieux que de rester dans cet état d’animal traumatisé, apeurées dès que quelqu’un approche une main pour nous caresser ou pour soigner nos blessures. On est pas obligées de mordre tout ce qui passe. Les morsures doivent se garder pour les cas extrêmes. Etre gentil ne veut pas dire être naif. Lorsqu’il faut se défendre , il faut y aller franco. Un connard qui me palpe dans le métro va se prendre ma main dans sa tronche, et si quelqu’un touche à une amie, je ne donne pas cher de sa peau.

Mais souvent , on en a pas besoin d’en arriver là. J’ai la chance de ne pas me faire emmerder très souvent dans la rue, je sais pas si c’est parce que je suis moche, (soyons objectif, je suis dans la moyenne. Pas une beauté fatale mais pas un thon non plus), je pencherais pour le fait que je réagisse toujours avec une sympathie bonhomme aux interjections plus ou moins bien placées, en les renvoyant gentiment, sans agressivité du moment que ça reste relativement poli.

Mes relations ont souvent foirées lamentablement, jusqu’à que je me rendre compte que je passais mon temps à reproduire le même schéma, faire saigner encore et toujours la même vieille blessure d’abandon, (quand tu n’as pas reçu l’amour ni l’affection de tes parents , tu as tendance à tomber amoureuse de gens qui ne t’aiment pas , et tu espère résoudre ce lamentable dilemme en s’esquintant à tout donner à l’autre pour qu’il t’aime en retour–chose qui bien évidemment ne risque pas de marcher mais t’épuise en vain).

J’ai décidé de me poser, d’arrêter de chercher l’amour. D’arrêter de prier pour que l’autre me panse mes blessures d’ego, toutes ces choses qui venaient de si loin et qui me faisaient grincer le coeur . J’ai regardé toutes ces vieilles blessures , certaines infectées et purulentes, et je me suis décidée à les panser, à leur donner du temps et de l’affection. Et j’ai décidé de m’habiller comme il me plait. Qu’on me trouve « baisable », qu’on aie envie de moi, bah en fait ça ne me déplait pas. C’est nier toute notre animalité que d’en  vouloir aux hommes parce qu’ils pourraient avoir envie de nous . C’est nier que nous sommes sexués, que faire l’amour est une joie quand cela nait d’un consentement mutuel. Que c’est la vie. « et si on finit par te violer parce que tu as porté une mini jupe ? » Et bien ça arrivera. Je ne suis pas responsable des travers de la société, pas plus du regard que les gens posent sur moi, ni du manque de contrôle que certains ont sur leur entrejambe. Et je ne vais certainement pas changer mes habitudes vestimentaires par peur d’une minorité un peu plus couillonne que les autres.J’aime a penser que certains hommes savent ce qu’est l’écoute et le respect.

 

En fait, je suis une sacré feignasse. Et si j’ai arrêté d’appuyer là ou ça fait mal, c’est tout simplement parce que rager, pleurer et hair le monde entier ou moi même, ça me prend beaucoup trop d’énergie. En vouloir à autrui pour ce qu’il t’a fait, ça épuise. J’ai laissé tomber. Le monde rugit déjà bien assez pour que je rajoute mon grondement avec. Parce que pour l’instant c’est rugir avec le vent et entretenir la clameur qui sourd par les pores du monde entier. Une rage insensée et aveugle, qui balaye le bon sens et l’attention au monde.

Tu crois que tu es sur le bon chemin parce que tu saignes avec toutes victimes des atrocités du monde? Je crois que tu saignes parce que tu aimes ça. Gardes ton rugissement pour quand tu en aura vraiment besoin.

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Morgane, de Simon Kansara et Stephane Fert

 

 […]Violence upon the roads: violence of horses;
Some few have handsome riders, are garlanded
On delicate sensitive ear or tossing mane,
But wearied running round and round in their courses
All break and vanish, and evil gathers head:
Herodias’ daughters have returned again,
A sudden blast of dusty wind and after
Thunder of feet, tumult of images,
Their purpose in the labyrinth of the wind;
And should some crazy hand dare touch a daughter
All turn with amorous cries, or angry cries,
According to the wind, for all are blind.
But now wind drops, dust settles; thereupon
There lurches past, his great eyes without thought
Under the shadow of stupid straw-pale locks,
That insolent fiend Robert Artisson
To whom the love-lorn Lady Kyteler brought
Bronzed peacock feathers, red combs of her cocks. .

Nineteen hundred and Nineteen, W.B. Yeats

Forger sa lame

ll that is gold does not glitter,
Not all those who wander are lost;
The old that is strong does not wither,
Deep roots are not reached by the frost.
From the ashes a fire shall be woken,
A light from the shadows shall spring;
Renewed shall be blade that was broken,
The crownless again shall be king.[1]

(les initiés, vous aurez évidemment reconnu un poème du seigneur des anneaux, pour les autres, je ne peux plus rien pour vous)

La symbolique de l’épée est quelque chose qui m’a toujours énormément parlé. J’ai l’impression, toute ma vie durant, d’avoir été comme le fer qui doit être  extrait, puis chauffé, battu; forgé, trempé avant de pouvoir devenir une lame digne de ce nom. Non pas que ce processus ne soit que le mien, je pense qu’il en est de même pour tous, nous sommes battus comme le grain, cueillis, cuits; tissés, mélangés, précipités, fermentés, rincés par la vie avant de pouvoir devenir ce que nous sommes. C’est peut être ce qui s’appelle grandir. C’est peut être une sorte d’alchimie. Transmuter le plomb en or, le minerai de fer en lame. Non pas que l’un soit meilleur que l’autre (toujours beaucoup de mal avec l’élitisme) , seulement que la vie est une suite de transformations et que pour consommer la vie comme il le faut et en tirer le meilleur parti, il faut d’abord être bien préparé.

Il y a quelque mois, je me suis lamentablement éclatée la tronche et pétée un ligament croisé lorsque j’étais en vadrouille. Je portais une broche avec une petite épée en argent , qui s’est tordue sous le choc . Et c’est là que je pense que la lame de mon âme s’est brisée en plusieurs morceaux. A bien y réfléchir , c’était la réponse physique parfaite à une situation psychologique sur laquelle je me suis littéralement pétée les dents. A trop vouloir en faire, trop vite, et vouloir forcer les évènements sans prendre en compte son intuition, on finit par y laisser sa peau.

La suite a été un long processus de guérison. Physique, mais aussi psychique (de toute façon, les deux vont ensemble).  Tu perds facilement le sens des choses lorsque tu n’es plus entier, c’est comme si tu étais décalée de toi même. Pas moyen de se connecter à son intuition. Celle qui sait ce qui est bon pour toi. Celle qui te montre le chemin. Celle qui te lie à ta créativité, à la vie, à la mort, celle qui sait comment délimiter ton territoire , celle qui sait se défendre et poser des barrières lorsqu’on te marche sur les plates bandes, celle qui sait quoi prendre, et quoi donner.

Tout est cycles. Il est des  temps pour offrir de soi, et il est des temps pour récolter ce que l’on a semé. On plante des graines dans le coeur des gens, dans son jardin, dans le potager de nos projets personnels. Certains fleurissent, d’autres pourrissent, mais il est toujours un temps pour récolter et profiter des efforts fournis. On ne peut pas toujours savoir laquelle donnera le plus de fruits, on peut tout autant sélectionner avec l’instinct pour nous éviter de cultiver en terrain stérile et s’éviter trop d’efforts inutiles.Parfois, un jardin stérile est tout ce que nous avons connu et on ne comprend pas pourquoi rien ne pousse. Pourquoi tous nos efforts sont vains. Et puis il y a toujours le moment où l’on se décide à partir trouver un endroit , des gens avec lesquels on peut enfin s’épanouir et ne plus cultiver que du vent. Ça demande des sacrifices, ça demande le culot de sortir de notre bicoque et d’aller explorer le monde, avec un crouton de pain et une gourde sur l’épaule en guise de bagages.

 

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(illustration: owen davey)

Dès que j’étais en état de conduire, je me suis carapatée de chez mes parents. Je n’en pouvais plus. Les premières semaines ont été très dures: la solitude absolue, cette espèce d’impatience propre aux gens qui sont perdus, qui te fait courir dans tous les sens , t’épuiser en quête de quelque chose qui te permettrait de nourrir enfin ton âme et de retrouver du sens à tout ça. Je dormais à l’arrache dans ma voiture, j’ai exploré les montagnes , je ne me sentais chez moi nul part, les paysages fantastiques qui se déployaient devant moi ne me faisaient plus rien. Et puis je suis tombée par hasard sur un chantier participatif, une bicoque perdue dans la montagne construite par un pur génie qui avait pris le parti de fabriquer sa propre baraque  sans emprunts, avec d’autres outils qu’un putain de culot, une sacré intelligence et une débrouillardise sans nom (surement un cousin de Mc Gyver) . Et c’est pas une cabane de jardin: maison avec étage, cave, potager (permaculture évidemment), avec projet de sauna et isolation thermique/sonique quasiment parfaite, et matériaux écologiques . Et je peux vous dire qu’au niveau énergétique, et bien ça fait une putain de différence. Pour moi qui me sens toujours enfermée et cloisonnée dans une maison, c’était une énorme bouffée d’air frais. C’est une maison vivante, une maison qui respire, qui fait partie de son environnement plus qu’elle ne l’en isole.

« on est là pour expérimenter la matière » que me disait ce fabuleux constructeur. « Le monde est plein de possibilités, et dans toutes ces possibilités il y en avait forcément une où j’étais capable de construire cette maison. Alors je l’ai faite ». Le fameux « Just Do It » de Yoda (ou de Nike, au choix). Ne te contente pas d’essayer, Fais le. Plus ton projet te semble fou, plus le culot paye et plus les circonstances convergent pour t’aider. Ça ne veut pas dire que tu ne vas pas en chier, ni qu’il ne faudra pas faire d’efforts. Ça veut juste dire que toi seul peut faire certaines choses, qu’il faut se débarrasser des peurs et des quand-dira-t-on. Il est possible que quelque chose d’énorme, d’imprévu nous tombe sur la tronche très bientôt. Alors en attendant, restons debout et montrons notre âme, créons, et avançons.

 

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Elections

Voters don’t change the system
the system changes them…
into believers of political promises
as a way of avoiding the reality
no matter how they vote
or who they vote for

they end up deeper in debt
and with less individual liberties
as a legacy to their children

so political promises
becomes their drug
and in a need for validation
they start pushing that drug

more thought caught in believing
then thought freed by thinking

— John Trudell,activiste et poète indigène
Les voteurs ne changent pas le système,
c’est le système qui les change…
ils se mettent à croire en les promesses politiques
pour fuir la réalité.
Peut importe comment ils votent
Ou pour qui ils votent.
Ils finissent toujours plus profondément endettés
Avec de moins en moins de libertés individuelles
En guise d’héritage pour leurs enfants.
Et alors les promesses politiques deviennent leurs drogues
Et parce qu’ils ont besoin de reconnaissance
Ils continuent à soutenir cette drogue.
De plus en plus d’idées sont emprisonnées dans la croyance
Alors qu’elles devraient être délivrées par la pensée.

 

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Le droit à la folie

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A dedication to bacchus, Lawrence Alma Tadema

Extrait de Dyonisos et la déesse Terre, de Maria Daraki

« Dans le cas de la Grèce, nous serons précis: c’est la construction de la « personne », de l’identité individuelle, qui introduit contrainte et intolérance, et ouvre une guerre sans merci à « l’âme sauvage ». On ne peut pas être tout à la fois individu et sujet collectif, avoir et n’avoir pas contour. Mais comme cela mène loin! La « personne » est au centre de l’ordre Olympien, au centre de la filiation linéaire, au centre du temps irréversible,  au centre du tribunal et de la citoyenneté active. En d’autres termes, elle est au centre de toutes les composantes de la « raison grecque ».

Aussi, il faut voir la crise archaïque comme un gouffre que rien ne peut combler. Le besoin de transition d’un type d’homme à un autre. La construction d’un nouveau mode logique qui impose la frustration d’un choix, d’une nouvelle conception de la mort, non plus spatiale mais temporelle, qui permet à l’homme de se penser à partir de sa fin, mais qui en même temps rend la mort odieuse; la construction de l’identité avec tout ce qu’elle comporte comme vertu organisationnelle, mais aussi avec tout ce qu’elle a de privatif, de contraignant, et, disons-le, de petit; tout cela donne à voir le prix de la « raison ».

Le dionysisme a d’abord surgi comme une protestation contre le prix à payer. On dit que la Mania dionysiaque qu’elle s’était propagée à un moment précis, « comme une épidémie. » En fait ce n’est pas la folie qui se propage alors, c’est la « raison ». Et elle l’emportera. La cité le veut, et les Grecs veulent la cité. Mais il y a le prix à payer: le renoncement à l’ouverture, à l’équilibre et au confort de l' »âme primitive »  de la Grèce.

Il reste cependant un recours. Le « délire » dionysiaque a surgi dans la Grèce des cités comme une protestation. Mais une protestation très vite organisée, formalisée elle aussi: la fête dionysiaque. Dans le calendrier religieux de la cité, Dionysos a la part très large. Et le dieu arrive en « conquérant » : « Il faut que malgré elle cette cité comprenne combien lui manquent mes danses et mes mystères… »

Mais dans le dieu du rôle, le mystérieux Dionysos qui « est là » et qui menace constamment son historien de conversion, n’est plus une énigme. Il semble agir à la première personne. C’est de raison. Le dionysisme exprime l’homme intérieur qui parle à la première personne, lui aussi. Il a appris tout cela sous le règne des « dieux nouveaux ». Mais il le met à profit pour proclamer à la première personne les droits de « l’âme sauvage ».

S’en souvient-on? Dans la plus grande festivité dionysiaque, celle des Anthestéries, la levée des barrières entre les morts et les vivants entraîna celle de toutes les autres barrières qui définissent dans la cité les différents statuts. Et alors tout devient possible. Nous nous étions interrogés sur ce curieux « effet libérateur » de la mort… On comprend mieux maintenant. Lorsque les Infernaux envahissent la cité et se mêlent aux vivants, tout le monde devient à nouveau « enfant de Terre » et l’on fait tout ce que demande l’étage hypochtonien du dedans.

Comme la tragédie, le dionysisme est un fait inusable.

Saluons Dionysos-le-Juste. Et saluons Zeus, dieu juste lui aussi. Il y a deux enfants, et deux enfants, et deux seulement, qu’il prit la peine d’engendrer tout seul: Athéna déesse de la raison, et Dionysos, dieu de la folie. »

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Baccante,  lawrence Alma Tadema.