Elections

Voters don’t change the system
the system changes them…
into believers of political promises
as a way of avoiding the reality
no matter how they vote
or who they vote for

they end up deeper in debt
and with less individual liberties
as a legacy to their children

so political promises
becomes their drug
and in a need for validation
they start pushing that drug

more thought caught in believing
then thought freed by thinking

— John Trudell,activiste et poète indigène
Les voteurs ne changent pas le système,
c’est le système qui les change…
ils se mettent à croire en les promesses politiques
pour fuir la réalité.
Peut importe comment ils votent
Ou pour qui ils votent.
Ils finissent toujours plus profondément endettés
Avec de moins en moins de libertés individuelles
En guise d’héritage pour leurs enfants.
Et alors les promesses politiques deviennent leurs drogues
Et parce qu’ils ont besoin de reconnaissance
Ils continuent à soutenir cette drogue.
De plus en plus d’idées sont emprisonnées dans la croyance
Alors qu’elles devraient être délivrées par la pensée.

 

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Le droit à la folie

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A dedication to bacchus, Lawrence Alma Tadema

Extrait de Dyonisos et la déesse Terre, de Maria Daraki

« Dans le cas de la Grèce, nous serons précis: c’est la construction de la « personne », de l’identité individuelle, qui introduit contrainte et intolérance, et ouvre une guerre sans merci à « l’âme sauvage ». On ne peut pas être tout à la fois individu et sujet collectif, avoir et n’avoir pas contour. Mais comme cela mène loin! La « personne » est au centre de l’ordre Olympien, au centre de la filiation linéaire, au centre du temps irréversible,  au centre du tribunal et de la citoyenneté active. En d’autres termes, elle est au centre de toutes les composantes de la « raison grecque ».

Aussi, il faut voir la crise archaïque comme un gouffre que rien ne peut combler. Le besoin de transition d’un type d’homme à un autre. La construction d’un nouveau mode logique qui impose la frustration d’un choix, d’une nouvelle conception de la mort, non plus spatiale mais temporelle, qui permet à l’homme de se penser à partir de sa fin, mais qui en même temps rend la mort odieuse; la construction de l’identité avec tout ce qu’elle comporte comme vertu organisationnelle, mais aussi avec tout ce qu’elle a de privatif, de contraignant, et, disons-le, de petit; tout cela donne à voir le prix de la « raison ».

Le dionysisme a d’abord surgi comme une protestation contre le prix à payer. On dit que la Mania dionysiaque qu’elle s’était propagée à un moment précis, « comme une épidémie. » En fait ce n’est pas la folie qui se propage alors, c’est la « raison ». Et elle l’emportera. La cité le veut, et les Grecs veulent la cité. Mais il y a le prix à payer: le renoncement à l’ouverture, à l’équilibre et au confort de l' »âme primitive »  de la Grèce.

Il reste cependant un recours. Le « délire » dionysiaque a surgi dans la Grèce des cités comme une protestation. Mais une protestation très vite organisée, formalisée elle aussi: la fête dionysiaque. Dans le calendrier religieux de la cité, Dionysos a la part très large. Et le dieu arrive en « conquérant » : « Il faut que malgré elle cette cité comprenne combien lui manquent mes danses et mes mystères… »

Mais dans le dieu du rôle, le mystérieux Dionysos qui « est là » et qui menace constamment son historien de conversion, n’est plus une énigme. Il semble agir à la première personne. C’est de raison. Le dionysisme exprime l’homme intérieur qui parle à la première personne, lui aussi. Il a appris tout cela sous le règne des « dieux nouveaux ». Mais il le met à profit pour proclamer à la première personne les droits de « l’âme sauvage ».

S’en souvient-on? Dans la plus grande festivité dionysiaque, celle des Anthestéries, la levée des barrières entre les morts et les vivants entraîna celle de toutes les autres barrières qui définissent dans la cité les différents statuts. Et alors tout devient possible. Nous nous étions interrogés sur ce curieux « effet libérateur » de la mort… On comprend mieux maintenant. Lorsque les Infernaux envahissent la cité et se mêlent aux vivants, tout le monde devient à nouveau « enfant de Terre » et l’on fait tout ce que demande l’étage hypochtonien du dedans.

Comme la tragédie, le dionysisme est un fait inusable.

Saluons Dionysos-le-Juste. Et saluons Zeus, dieu juste lui aussi. Il y a deux enfants, et deux enfants, et deux seulement, qu’il prit la peine d’engendrer tout seul: Athéna déesse de la raison, et Dionysos, dieu de la folie. »

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Baccante,  lawrence Alma Tadema.

 

La mutation

Me revoici deux semaines après être passée sur le billard. Et ça va plutôt bien, avec le feu qui est revenu. Cela faisait deux semaines que j’étais incapable d’allumer une bougie. Pas que j’étais trop faible pour gratter une allumette, mais juste une répulsion pure et simple pour tout ce qui brûle. J’ai simplement travaillé avec l’eau, l’eau et encore l’eau. De l’eau de pluie, beaucoup, que j’allais chercher tous les matins pour en remplir les vases de cristal dans ma chambre , après l’avoir fait chanter avec mon bol tibétain. J’allume enfin ma première bougie, pour Dyonisos, avec la première rose rouge du jardin disposée dans un vase .

Mais revenons une semaine en arrière.

D’abord descendre du lit , première épreuve. Pas que je me lève tard, en général les nuits sont courtes, quelques heures au maximum, le restant du temps tu te retournes sans cesse en essayant de trouver la position optimale de ta jambe histoire qu’elle ne te fasse pas trop mal. Trouver des petits trucs , comme caler un coussin au dessous, et ne pas céder à l’envie de prendre des anti-douleurs. Trop d’effets secondaires pour le soulagement que ça t’apporte. Tout comme les anti-inflammatoires que j’ai arrêté au 5 ème jour après l’opération.  Pas très judicieux, me direz vous. Mais c’est ça ou je continue à plonger dans cette espèce de fatigue nauséeuse du corps et de l’esprit, qui en plus d’avoir à gérer la blessure se retrouve obligé d’évacuer tout ce qu’on lui fait ingérer. ha, très drôle ces notices d’utilisations: « possibles gènes respiratoires voir crises d’asthme ». « diminutions des globules blancs et risques de dysfonctionnement du foie ». Tiens donc, je pensais avoir épuisé mon stock de haine , et bin nan. J’en retrouve une bonne dose pour ces saloperies de gélules, dont j’ai l’impression qu’elles retardent plus le processus de guérison qu’elles ne l’accompagnent. Le moto aujourd’hui, c’est d’éviter de souffrir à tout prix. Quitte à te shooter en attendant que ça passe; et c’est valable pour les douleurs physiques comme les douleurs émotionnelles. Une crise d’angoisse? Prends donc ça et rentre dans les rangs, soldat. Et ta gueule surtout. Souris. Sois aimable.

La souffrance fait partie du processus naturel de guérison. Elle indique là ou se trouve le nœud du problème. Elle indique au corps et à l’esprit où il se doit de concentrer toute son attention; elle montre au corps l’endroit où l’on doit prodiguer les soins. Elle réveille. J’ai mal, mais j’ai l’impression d’être vivante, et de participer activement  à la guérison. Je fais preuve de délicatesse et d’attention envers ma jambe , alors que sous analgésiques j’appuie mollement dessus sans aucune considération pour elle.

Et puis, le corps possède des réserves d’énergies insoupçonnées, qui se réveillent en cas d’urgence. Ça faisait longtemps que ça ne m’étais pas arrivée, tiens. Cet afflux qui part des reins, juste du côté de la jambe opérée, puis qui descend dans la cuisse et dans le genou . Des points d’énergie bloqués dans la hanche. Tiens donc, ça correspond à au point d’acupuncture pour traiter les « jambes paralysées! » Décidément, plus rien ne me surprends. L’avantage d’en encaisser pas mal au niveau du corps, c’est que ça te permet de comprendre comment il fonctionne. Tant que tout va bien, on n’y fait pas attention. Dès que ça déconne, et bien pour s’en sortir, il faut comprendre pourquoi et où ça déconne, et du coup comprendre l’entièreté du système, car tout est relié; et un déséquilibre en entraîne souvent un autre.

« Le côté droit, c’est lié à la lignée du père. Le côté gauche, c’est lié à la lignée de la mère » me disait un ami magnétiseur . Mon côté gauche est une décharge: rien ne passe dans le bras gauche et il est le premier à morfler en cas de tensions nerveuses, la jambe gauche est dans cet état présent bien pour une raison. C’est marrant comment résoudre des problèmes physiques peut te mener beaucoup plus loin que ce que tu pensais de prime abord. Plusieurs choses me reviennent. Un bouquin sur Dionysos qui me parlait de la filiation grand-mère/fille, grand-père/fils; comme si la transmission sautait une génération. La sorcière qui enseigne à la petite fille. Mon ami magnétiseur qui possède le talent de son grand père, mais aussi des blocages et blessures diverses au…côté droit. Une amie sorcière qui reçoit son initiation de sa grand mère. Et moi même qui porte le prénom de ma grand-mère; et ses blessures. Dont celle d’avoir été abandonnée par sa propre mère . Les seuls souvenirs que j’ai d’elle, c’est les épines des cactus de sa maison dans mes mains et la voir sur son lit d’hôpital, incapable  de se rappeler du nom de ma mère. Peut on renouer ce qui a été brisé? Peut on retrouver nos racines? La sève de générations qui dorment dans des racines oubliées peut circuler de nouveau, j’en suis persuadée. Il faut juste trouver le moyen de plonger nos mains dans la glaise formée de tous les morts, la glaise germe de vie. L’interminable circulation de bas en haut, de haut en bas. Le don et le sacrifice, et s’abreuver aux sources.

 

J’émerge enfin, avec la sensation d’avoir compris quelque chose d’important. On passe toute notre vie à se métamorphoser, à recomposer les pièces de notre moi malmené pour en rendre d’autres à la terre ou au ciel afin qu’elles aillent nourrir d’autres âmes. Je regagne mon indépendance , physique autant que spirituelle; pouvoir enfin se déplacer, redécouvrir un monde en dehors de chez soi, et reprendre tout doucement du plaisir à ouvrir les yeux sur un nouveau monde.

 

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Lawrence alma tadema

Temps suspendu

Je suis quelqu’un doté d’un naturel un poil speed. Il faut toujours que j’aille plus vite que la musique, qui à me brûler où à me mettre dans des situations parfois un peu tendues. Instinct de préservation: zéro pointé. En général je me fiche pas mal de ce qui peut m’arriver directement, j’ai tendance à prendre ça comme une expérience et j’ai eu la chance de garder de ces expériences bonnes comme nettement moins bonnes une certaine capacité à relativiser; une certaine résilience qui me fait recommencer les mêmes conneries et re-sauter dans le vide quand j’en ai l’occasion, parce qu’autrement je m’emmerderais sévère. Et jusqu’ici j’ai toujours eu la chance d’avoir des gardes-fous qui m’ont empêché–par je ne sais quel miracle– de ne pas clamser jusqu’au jour d’aujourd’hui.

Enfin desfois, la vie te le fait payer un peu, ton côté tête brûlée. Je suis tombée d’un muret il y a quelques mois, tout connement , le genre de maladresse ou ton petit kronk d’épaule te dit « tu va te planter ma vieille »! et toi tu le fais quand même. Je me suis relativement bien réceptionnée, j’aurais pu me fracasser le crâne, mais c’est les articulations qui ont pris. Je ne me suis pas soignée, bien évidemment (« bah, un peu de crème et ça va passer!) jusqu’à que je me replante et que je me décide à prendre les choses en main. Et boum, le couperet de l’opération qui tombe. Anesthésie générale, 6 semaines d’arrêt, béquilles, piquouzes, morphines,anti-inflammatoires et tout le tintouin.

Curieusement, je n’ai pas stressé tant que ça avant l’opération. Je me suis préparée comme je pouvais, avec une adaptation du charme des 9 herbes d’Odin (qui marche du tonnerre, je vous ferais un petit compte rendu mais c’est bien puissant. Bon par contre j’étais extraordinairement claquée après la confection, allez donc réciter du vieux norrois avec la concentration adéquate pendant 1h00 ! Pour ceux que ça intéresse, j’avais fait un article sur le charme par ici, je l’ai un peu adapté pour en faire un sachet protecteur).

Je me suis bien blindée avec une combo oeil de tigre/obsidienne (mes chouchoutes pour la protection, à utiliser avec parcimonie), et finalement , c’est un quart d’heure avant l’intervention que je me suis mise à chialer toutes les larmes de mon corps , lorsque j’étais à poil dans ma superbe veste-d’hopital-qui-cache-rien-et-qui-se-noue-par-derrière et que l’anesthésiste vient me poser le cathéter. Et là, tout remonte sans que tu ne comprennes ce qui se passe. La digue qui craque et toute la pression qui ressort. La peur de ne pas se réveiller. La peur des complications, le petit « on ne sait jamais » , cette probabilité infime, cette petite virgule de rien du tout sur l’échelle des interventions réussies qui te met la misère et fait prendre à tes peurs le mord aux dents. La douleur post-opératoire et tout ce qui va avec ne me faisait pas plus peur que ça, mais le fait qu’on m’injecte quelque chose qui me fait perdre le contrôle de mon corps, ça ça me dérange.

Je me réveille 1h00 après, dans les choux (« et bien vous être drôlement speed vous! On vient juste de vous amener en salle de réveil que vous vous réveillez! » que me dit l’infirmière). Pas de douleurs, mais juste la sensation qu’une partie de toi te force à dormir, tandis que l’autre n’a qu’une envie: se lever et sortir de là le plus vite possible. On me refait marcher avec des béquilles et monter quelques marches quelques heures après, puis je repars chez moi en soirée.

Me revoici donc ici, devant l’écran, après une première nuit post-opératoire. La douleur–relativement supportable. J’ai la chance d’être assez résistante, je ne prends jamais de médoc, du coup un anti-douleur comme un doliprane va avoir un sacré bon effet sur ma pomme ; alors que curieusement, les dérivés de morphine prescrits m’explosent juste la tronche, dans le mauvais sens du terme (là, tu comprends ce que c’est que l’effet d’un opiacé: t’es un vrai légume, tu es incapable de réfléchir correctement, tu as des nausées et vertiges et c’est comme si tout ton corps se liquéfiait et refusait de répondre à l’appel de ta volonté).

Maintenant, il faut repenser toute ma manière de vivre: rien qu’un truc tout con comme préparer son petit déj ou prendre ta douche devient un match de catch: va donc tenir une tasse de thé avec des béquilles . Tu dois optimiser tous tes déplacements et te faire tes petits circuits dans ta tête pour éviter de faire trop de mouvements inutiles, trouver des petits trucs pour te faciliter la vie (genre me trimballer en permanence avec une petit sac en bandouillère dans le quel je vais mettre tout ce que je dois déplacer–sauf les tasses de thé parce que ça coule), repenser ton corps d’une nouvelle manière, et puis surtout trouver matière à t’occuper. De ce côté là j’ai la chance d’avoir en tête des tas d’occupations et de rarement m’emmerder , je me dis « bon bin maintenant qu’on en est là, autant mettre tout ce temps à profit! Pour créer, écrire, potasser des bouquins sur les talismans Fu, ou sur Dyonisos, en profiter pour faire des maquettes ou créer des charmes et…profiter du jardin et de l’air de printemps!

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Quelques vers pour un vagabond

 

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Moondog, aka Louis Thomas Hardin, aka le viking de la 6ème avenue, aka Odin qui décide de se taper un petit trip sur Mitgard.

J’avais envie de vous partager quelques poèmes de lui en plus de son (extraordinaire) musique, les voici donc (mal) traduites par mes soins (l’original est par ici)

MILLENIAD

Je trouve la plus grande liberté dans la structure d’une forme qui paradoxe l’anormalité au sein d’une norme.

L’Epée de Damoclès est suspendue au dessus de nous tous. En étant conscient de ce fait, de quoi pouvons nous discuter?

Mon crédo pourrait être le suivant: maintenant que la noirceur de mes jours est passée, je me battrai pour vivre chacun d’entre eux comme si c’était mon premier et mon dernier.

Tu me plains dans mon exil? Et bien, plains si tu veux, mais vis– avant que ta chère identité ne tourne en poussière.

Les carnivores qui vivent des Herbivores qui vivent des plantes furent tous consommés par des Omnivores qui marchaient aux alentours en pantalons.

Celui qui ne sais pas qu’il ne sait pas qu’il ne savait pas, devint celui qui ne savait pas qu’il savait qu’il ne savait pas, et devint celui qui savait qu’il ne savait pas qu’il savait, qui devint finalement celui qui savait qu’il savait qu’il savait.

Un regard, un sourire, un signe et puis– une étreinte. Les années se déroulent devant mes yeux en scènes que je ne peux effacer.

Nous tâtonnons les yeux grand ouverts dans l’obscurité du futur, avec foi en ce qui est hors de notre portée au lieu d’avoir foi en la sécurité qui se trouve aux tréfonds de notre âme.

Le trombone et le Sackbut (un genre de trombone médiéval) se jetaient des coups d’œils honteux. L’un voyait ce qu’il avait été, l’autre ce qu’il était devenu.

Le Tout déclara, « Tu ne connaîtra jamais la somme de toutes mes parties, alors arrêtes ton jeu stupide, et raccommode tes cœurs brisés. »
La preuve que Dieu existe se trouve dans les harmoniques de un à neuf, ce qui explique comment l’univers est construit.

Ce que je dis de la science ici, je le dis sans condition : la science est la dernière et la plus grande des superstitions.

La Tour Penchée se pencha un peu plus vers le sud et dit, « Je n’aurais pas été aussi célèbre si j’avais eu la tête haute. »

Un flocon de neige se posa sur ma main, et dit, comme s’il était effrayé, « Je dois continuer mon chemin, avant que je ne me transforme en larme »

Tu pourras avoir d’infinies possibilités saines et fortunées qui ne servent à rien , si tu ne sais pas que chaque minute compte.

SUITE EQUESTRIA

Premier mouvement

Lorsque l’homme commença à apprivoiser le cheval, il trouva une grande source de pouvoir potentiel.

Pour l’attelage et pour la monte, les chevaux gagnèrent en suprématie. Qu’ils soient deux ou trois ou plus ils forment une équipe.

Le chien n’était pas son seul ami. Il savait qu’il en avait un autre en le cheval.

Mais il laissa son ami de côté pour favoriser une chevauchée motorisée.

Deuxième mouvement:

Les Incas n’avaient pas de roue. Les Aztèques n’avaient pas de roue. Les Mayas n’avaient pas de roue. Les Mayas n’avaient pas de roue sur laquelle rouler.

Avant que les hommes à roue vinrent pour quémander une guerre qu’ils gagnèrent, les Aborigènes n’en avaient pas besoin.

Les Natifs connaissaient l’année où les hommes du Nord apparaîtraient, pour redécouvrir la moitié d’un hémisphère.

Le cheval a toujours été, le cheval sera toujours la source la plus sûre de la mobilité de l’homme.

Troisième mouvement

Sur l’énergie fossile la machine fonctionnait, elle était apparemment l’ami de coeur de l’homme.

En servant l’Homme le moteur devint le Maître,et même l’homme se mis à le comprendre.

Si la fierté précède la chute il est temps qu’il chu, pour les chevaux qui l’ont toujours bien servit.

Ayant apporté une grande aide et une grande ruine à la fois, l’engin a eu son temps, le voici maintenant arrivé à son terme.

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Dyonisos, l’errant aux multiples visages

Forcément, moi, quand on me parlait de dyonisos, je m’imaginais ça:

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Merci Disney pour m’avoir laissé l’impression d’un gentil pochtron qui fricotte avec les nymphes quand il n’est pas trop torché, cachant tant bien que mal son gros nez rouge sous des grappes de raisin et son ventre bedonnant sous sa toge qui reste blanche surement grâce à Mir laine (placement de produit bonjour).

MAIS DIEU MERCI ce cher dyonisos est un dieu bien plus intéressant que ça . C’est un dieu hédoniste certes, mais aussi voyageur, vaguement chaman, très ouvert, sauvage, cultivé et expérimentateur, et avec un rapport avec la mort beaucoup plus proche qu’on ne pourrait le croire de premier abord.

Personnellement, il m’aide beaucoup pour tout ce qui est du travail sur les addictions. Quand j’ai une idée en tête, j’ai tendance à rester focalisée dessus et à vouloir l’atteindre tout de suite, sans prendre le temps de réfléchir à l’origine de ce désir (un manque à combler , souvent au niveau affectif), le syndrome de l’enfant gâté, si vous préférez. Je n’ai aucun recul, aucun temps de latence entre le fait de désirer quelque chose et l’action de l’avoir, et je me décourage très vite si je n’arrive pas à l’avoir.

Ce manque de recul peut conduire aussi à des toc, des désirs compulsifs, de la boulimie, la scarification…On a une sensation de vide qu’on cherche absolument à combler par des moyens extérieurs, et on passe à l’acte en pensant que ça va nous soulager, au lieu de prendre un peu de temps pour se détacher de ces schémas destructeurs et comprendre comment on en est arrivé là.

 

“Les Fremens étaient maîtres en cette qualité que les ancients appellaient « spannungsbogen »–qui était le délai que chacun s’imposait à lui même entre le désir d’avoir quelque chose et le fait de se lancer dans l’action pour l’avoir »
Frank Herbert, Dune

Poser un temps de réflexion et de latence histoire de trouver le bon timing, en détournant les pensées par des moyens divers (respiration, méditation, mantra ou autre) m’aide à me débarrasser de ces empêcheurs de tourner en rond. L’établissement d’une structure et d’un agenda te permet d’établir une routine, qui, curieusement, va te permettre de te libérer de celles qui te bouffent la vie.

Et c’est là qu’intervient ce cher Dyonisos:il me permet de trouver un équilibre entre lâcher du lest lorsque je suis trop dans le contrôle,  me mettre des garde fous lorsque je tombe dans des schémas destructeurs, et puis surtout garder un brin de folie histoire d’éviter de se faire bouffer lentement mais surement par la morosité et l’ennui. Il m’apprend comment créer un cadre pour le rituel, comment choisir le moment, l’espace, le lieu, afin de laisser ensuite libre court à l’énergie; comment travailler sur mon ombre en acceptant tout ce qu’elle implique, sans se laisser submerger par elle. La fameuse assimilation de l’Ombre Jungienne, histoire d’éviter que ça soit elle, la petite coquine, qui nous possède.

Je vous fais un petit résumé de sa vie de bohème, pour ceux que ça intéresse et parce que ça permet de cerner un peu mieux le personnage.

Sa naissance déjà, est plutôt particulière: il est le fils soit de Zeus et d’une mortelle, Seleme, soit de Zeus et de Perséphone (paye des parents déjà!). Cette chère Héra, jalouse comme à son habitude, trouve le moyen de tuer Seleme par moyens détournés; Zeus récupère le foetus et le coud à sa cheville,lui laissant le temps de finir son développement au pied de papa comme un petit hippocampe, puis de naître une deuxième fois.Selon le deuxième mythe, Hera envoie les titans qui dévorent bébé dyonisos, ne laissant que le coeur qu’Athéna récupère; à la suite de quoi Zeus lui rend la vie parce que ça n’est pas un papa si indigne que ça.

Durant sa jeunesse, il fut élevé soit par les nymphes, soit aux enfers par Perséphone, soit par Hermès, soit par le roi Athamos, afin de l’éloigner du courroux de sa femme.  Il découvrit comment extraire le jus de raison, mais Héra le retrouva, et le frappa de folie puis l’envoya s’égarer aux quatre coins du monde. Il se retrouva en Phrygie, où la déesse Cybèle le guérit de sa folie et lui apprit les rites religieux; puis il progressa en Asie où il apprit aux gens comment cultiver le raisin.
Il conquis ainsi de nombreux pays, puis rentra triomphant en Grèce, mais il rencontra malheureusement pas mal de résistance de joyeux conservateurs qui avaient peur qu’il ne soit qu’un casseur comme les autres qui mettrait la république en péril en pervertissant une jeunesse en manque de valeurs (et de vin digne de ce nom)

Il passa pas mal de temps avec Chiron, le centaure médecin et astrologue, qui l’adorait et qui lui enseigna son savoir en échange duquel Dyonisos lui enseigna les rites religieux.

Dionysos riding on a panther. Ca. 120—80 B.C. Delos, House of the Masks.

Il était apparemment très beau, un groupe de pêcheurs le prit même pour un prince, et le séquestrèrent sur l’un de leurs bateaux pour le revendre en esclavage. Dyonisos péta son petit cable, se transforma en lion et lâcha un ours sur le bâteau, tuant tous ceux qui s’en approchaient.

C’est lui qui donna également , à grands regrets en voyant le choix de ce dernier, le pouvoir à Midas de transformer tout ce qu’il touchait en or.

Il descendit plusieurs fois aux enfers, comme lorsqu’il partit chercher l’âme de sa mère, Seleme. Il était guidé par  Prosymnus , qui lui avait demandé en échange du service un petit service sexuel justement, qu’il accepta. Malheureusement, Prosymnus mourut avant que Dyonisos ne put s’acquitter de sa dette, et en échange, il façonna un phallus en bois d’olivier, et fit ce que vous imaginez bien qu’il fit sur la tombe de son cher ami.

Il se tapa pas mal de déesses, comme Aphrodite, Circe et Nyx pour ne citer que les plus célèbres, puis se maria finalement avec Ariadne, la maîtresse des labyrinthes, qui avait été abandonnée sur une île par cette nouille de Thésée.

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Ses attributs sont le Taureau, parfois la chèvre, la panthère ou le tigre,la figue, la pomme de pin, la vigne et le lierre. On le retrouve très souvent accompagné de satyres et de centaures.

Plusieurs fêtes lui étaient dédiées: les dyonisiades, où l’on buvait du vin et mangeait du pain, puis mettait en scènes diverses tragédies et comédies, dyonisos était dit y apparaitre vêtu d’un masque et drappé dans une étoffe, et les lénaiades, toujours axées sur les tragédies mais mettant plus l’accent sur la renaissance du jeune dyonisos après sa première mort.

L’un des autres cultes liés à Dyonisos qui demeure une énigme aujourd’hui sont les mystères Dyonisiaques; sortes de fêtes et d’orgies vaguement chamaniques, où on mettait à bas les masques sociétaux pour permettre à l’homme de réaliser une sorte de catharsis et de s’échapper un temps de la pression sociale: on y pratiquait la transe, l’absorption de substances psychotropes, l’invocation d’esprits d’animaux par le chant, la danse, le rythme, la mise en scène de la mort-renaissance de chaque individu , et les orgies sexuelles (enfin c’est ce qu’on dit) Ils se déroulaient souvent dans des grottes en milieu sauvage, permettant au côté animal de l’homme de s’exprimer librement, et ainsi de s’équilibrer et d’arriver à mieux s’intégrer par la suite dans la société: c’était le défouloir nécessaire à l’acceptation des règles mises en place par la société, l’espace de liberté qui permettait à chacun de se lâcher sans être jugé.


Offrandes à Dyonisos
si vous voulez lui vouer un petit culte (parce qu’il est quand même super cool,et d’ailleurs  c’est mon nouveau chouchou):
-Le musc
-le frankincense
-le storax
-la vigne et le vin
-le lierre
-les pommes
-les diamants noirs
-les pommes de pin
-les figues
-le miel
-le chanvre indien
-le chardon
-les racines d’orchidée
-à peu près toutes les sortes d’arbre.

Invocation à Dyonisos, venant des hymnes d’Orphée

J’en appelle au rugissant et réjouissant Dyonisos,
Le primitif, nature double, trois fois né , Lord Bacchique,
Sauvage, ineffable, secret, aux doubles cornes et formes doubles.
Ceint de lierre, coiffé d’une tête de taureau, guerrier, hurlant, pur,
Tu prends la chair fraîche, tu festoie, drapé de feuillages, couvert de grappes.
Ingénieux Eubouleus, dieu immortel engendré par Zeus
Né de ses ébats avec Perséphone.
Oh, toi qui est bénit des dieux, écoute ma voix
Et, accompagné de tes nymphes à taille fine, souffle sur moi
Un esprit de parfaite Agape.

Le pacte d’intentions

Les étoiles sont vivantes, petite.
Le savais-tu? Tout ce qui nous
entoure est vivant, et il existe de
grandes visées loin d’ici! L’univers
est rempli d’intentions. Tout ce qui
se produit a un but.

Philipe Pullman,les royaumes du nord

Le sujet de la prédestination et du libre arbitre est un sujet dont on aura jamais fini de débattre. Avons nous la moindre liberté dans nos choix, est-ce-que, comme dirait spinoza, notre liberté ne découle-t-elle uniquement que dans le fait d’être conscient de tout ce qui nous conditionne, où avons nous un espace de liberté–certes limité– qui nous permettrait de vadrouiller plus où moins loin hors des « grandes lignes » tracées par les Nornes ? Et est-ce que cet espace de liberté varie-t-il selon les individus?

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La montagne sacrée,Jodorowsky

Je fais partie de celles et ceux qui utilisent des oracles assez régulièrement. J’utilise même à peu près n’importe quoi: tarot, oracles divers sous forme de cartes, Yi-King, Mah-Jong, runes, bibliomancie (tu envoie ta question et tu ouvres une page d’un livre au pif), playlistmancie… (tu mets une playlist–la plus diverse possible sinon ça sera clairement orienté–puis tu écoute ce qui vient dans le mode aléatoire), et même me fabriquer un oracle à la one again en récoltant des petits galets que je décore de symboles qui me sont chers. Mais plus le temps passe, et plus je me rends compte des limites des oracles.

Il y a tout d’abord le paradoxe de la prophétie: ce qu’on prédit va influencer sur la psyché de la personne, qui va inconsciemment se diriger vers le chemin qu’on lui a suggéré: c’est une sorte de conditionnement mental et de manipulation dont il est important d’avoir conscience lorsqu’on tire les oracles.

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Il y a ensuite l’interprétation qu’on fait des cartes. On est jamais totalement neutre lorsqu’on lit les oracles. On est influencé par notre culture, notre éducation, nos expériences, et on va avoir tendance à se projeter d’une certaine manière dans notre lecture et dans autrui, en lui donnant certaines pistes qui vont être biaisées par notre spectre de vision limité. Pour remédier à ça, on peut soit décider de présenter les cartes à l’autre, et de le laisser faire sa propre interprétation, soit se poser en canal , en se connectant par exemple au guide de la personne (tu créé une connexion entre tes cartes ou ton oracle et la personne pour qui tu veux les tirer, et tu laisse couler). Ou tu te connectes carrément au Tout, au Dao, aux Fils de Vie, à la Poussière (pas celle qui se cache sous ton lit, mais celle qui est décrite dans la trilogie la croisée des mondes), où à l’Univers comme pour un ami qui fait du reiki. Et tu essaye de te mettre dans un état d’esprit relativement neutre; ce qui est, on est bien d’accord, pas la chose la plus facile à faire. Mais on essaye quand même.

Et enfin, la troisième chose et pas la moindre: contrairement à ce qu’on pourrait penser, les oracles ne prédisent pas l’avenir. Juste le présent.

Je m’explique. Considérons que le présent soit une sorte de pivot, dans lequel se trouve en potentialité le germe de tous les devenirs possibles, et qui porte la mémoire de tous les passés. Nous sommes ce point de pivot, chacun de nous, situé dans un espace et un temps bien particulier, et c’est ça qui nous défini. Nous nous mouvons dans le flux du temps, et chaque pas change toutes ces potentialités et toutes les interactions qui nous lient au monde. Et, tout comme le fait de marcher sur un chemin nous emmène vers une destination précise, en fonction de la direction dans laquelle on marche, les oracles nous donnent une indication de l’endroit vers lequel on se dirige. C’est à dire que si on décide de bifurquer et de changer de direction entretemps, les paramètres changent de nouveau, et la direction se redéfini en permanence.

Et notre direction est influencée par nos intentions. Nos intentions sont ce qui nous construit, elles sont la résultante de tout notre contexte socio-éducatif et, diraient les tibétains et hindous, de notre Karma. En cela c’est un jeu subtil de retour infini, une boucle qui se créé entre le libre arbitre et la prédestination, qui ne sont en fait qu’une seule et même chose. Alan Watts disait que le libre arbitre et la prédestination n’avaient sens que si l’on concevait que nous étions des entités séparées de tout le reste. Si tu considère que tu portes tout en toi et qu’il s’agit juste d’une question de changement de point de vue et de « rétrécissement » du canal de perception qui nous donne la sensation d’avoir un corps, un point de vue, alors tu te rends compte qu’au final, c’est la même chose. Que l’univers décide pour toi ou que tu décide pour l’univers, ça en revient au même.

L’homme n’a pas de corps distinct de son âme, car ce qu’on appelle âme est une portion d’Esprit distinguée par les cinq sens, les canaux de l’Esprit dans cet âge-ci.

W. Blake

Oui, ça donne le vertige.

Mais dans les faits, comment mettre tout ça en pratique sans se perdre dans d’infinies considérations métaphysiques?

En essayant de se centrer complètement, entièrement dans le présent. Sans se projeter dans le futur, qui créé certains conditionnement, et en se détachant des mémoires du passé. Ne pas les oublier, car elles font partie de nous. Mais les accueillir en essayant de laisser couler l’accroche émotionnelle qui est elle aussi porteuse de conditionnements.

Il y a quelques mois, j’ai décidé de faire un pacte d’intentions. C’est rare que je veuille vraiment quelque chose. Mais il y a des moments ou certaines décisions et désirs s’imposent à toi, et n’étant pas adepte de la vacuité et du dépouillement bouddiste, je pense au contraire que nos désirs, nos peurs, nos émotions sont une expression de ce que nous sommes, et qu’il faut les suivre, les comprendre. Que nos désirs sont ce script qu’on donne aux acteurs d’une pièce, mais qu’avec ces quelques lignes, ils peuvent broder dans le sens qu’ils veulent. Sans ce script, l’univers serait un chaos total. Les désirs brodent les fils de la tapisserie et en font un tout harmonieux.

Libre à toi de suivre ce fil, ou de ne pas le suivre; d’improviser ou de réciter l’histoire à la lettre. Cela ne veut pas dire que parce qu’on suit le script le chemin en sera plus aisé. Que dès qu’on a passé un pacte d’intentions avec l’univers, qu’il ne nous reste plus qu’à se laisser glisser sur le grand toboggan de la vie sans mettre notre sel dans la soupe cosmique.A nous de faire preuve d’adaptabilité, d’inventivité, de volonté , de réactivité et d’observation, de se réinventer en permanence.

Allez . Un ptit cadeau pour finir (et non ça n’a rien a voir avec le sujet!)