Quadruple vue

O! why was I born with a different face?
Why was I not born like the rest of my race?
When I look, each one starts; when I speak, I offend;
Then I’m silent and passive, and lose every friend.
Then my verse I dishonour, my pictures despise,
My person degrade, and my temper chastise;
And the pen is my terror, the pencil my shame;
All my talents I bury, and dead is my fame.

I am either too low, or too highly priz’d;
When elate I’m envied; when meek I’m despis’d.

William Blake

William Blake est un des auteurs que j’admire le plus. Loin de moi l’idée de réduire son travail a une volute d’analyses dérisoires et de correspondances foireuses, j’avais juste envie de lui rendre honneur par un petit article d’en dessous les fagots.

J’ai toujours eu beaucoup de mal a me trouver des « maîtres ». Avide de réponses, j’assomais très souvent quiconque me semblait porteur de savoir de moult questions. J’avais des réponses, parfois. Satisfaisantes ou qui ne généraient pas de questions plus profondes, rarement. Je considère les relations humaines, les relations avec le savoir, les relations avec le monde comme une toile d’énerge vibrante, diaphragme, qui exige un échange permanent pour subsister. Chaque lien qui n’est pas entretenu par un échange d’informations se désintègre. Chaque question ou besoin d’en poser créé de nouveaux ponts; et plus l’on créé de ponts, plus l’étendue de ce savoir est grand, plus la vision se fait globale. Une vision en trois, quatre dimensions, qui prend en compte l’espace et le temps; qui frétille, se trémousse, fragile et éméphère , en construction/décontruction permanente.

Blake est l’un de ceux qui possède cette vision en quatre dimensions. Des travaux prophétiques, une création d’un mythologie propre, une reconstruction déconstruction de la bible et des principes établis (il était profondémment anti-catholique) ; ami d’elfes, de démons et d’anges, explorant par dela les abysses l’arbre du bien et du mal , recherchant le divin dans l’humain et dans ses visions, clefs vers l’invisible. Ce que je n’ai pas trouvé dans la voix d’un vivant de mon temps, je l’ai trouvé dans cet eccos d’un mort, dans ses mots  vibrants qui traversent le temps et s’écoule dans le flot des mémoires. On parle de la double vue comme d’un regard perché sur un autre monde. Monde parallèle? Monde noir comme les mondes des esprits chamans? Monde replié sur celui ci échappant a ses règles d’espace et de temps? Monde « double ». Quadruple vision. Comme cette théorie qui nous fait apparaître, nous ; humains, comme faisant partie de l’ensemble espace temps. Pour un personnage en 2 dimension, notre quatrième dimension est inconcevable. Qu’en serait il si nous nous placions a l’extérieur de cet ensemble espace temps qui est le notre? Nous verrions nous comme « plats », tournant en rond comme une équipe de footballeurs occupés a entamer leur 100ème tour de terrain?

Je me suis beaucoup servie de la bibliomancie (dont je n’ai appris le nom que très tard) a mes débuts. Je me posais une question, sur moi, les dieux, les esprits, je voulais des réponses, tout de suite. Je prenais mon recueil de William Blake, je posais ma question, puis j’ouvrais le livre et lisait le premier passage que j’avais sous les yeux. Parfois, c’était complètement vide de sens, je refermais mon ouvrage, dépitée. Parfois, des connections se faisaient. C’est comme si, au travers des mots, un sens se tissait soudain entre la question que tu poses et l’énigme de sphinx qui s’offre a toi; c’était une sorte de jeu, je rebondissais sur une autre question, refermais le livre, l’ouvrait, jusqu’a ce que le processus s’accélère. Une confrontation. De nouveaux concepts qui émergent, une argumentation qui se construit, l’impression de suivre un fil ténu vers une vérité que l’on sent briller , quelque part sous ces lettres. La tension monte, je tourne les pages, puis soudain, tout retombe. je me retrouve flottant dans cette marée de mot, j’ingère tranquillement ce qui m’a été dit.

J’aborderais la question de la perception des rythmes, formes et couleurs dans cet espace hors temps dans un prochain article; en attendant je vous laisse avec un texte sibyllin histoire de vous ramoner un peu les neurones.

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« Now I a fourfold vision see

And a fourfold vision is given to me

Tis fourfold in my supreme delight

And three fold in soft Beulahs night

And twofold Always.

May God us keep

From Single vision & Newtons sleep. »

—Blake, Letter to Thomas Butt, 22 November 1802. Quoted in Geoffrey Keynes (ed.), The Letters of William Blake(1956)