L’apprentie sorcière des haies

Je me creusais justement la tête pour savoir ce que j’allais écrire de nouveau. Et là , une phrase me vient à l’esprit.

« Sorcière des haies« .

Sorcière des haies? Ha! Mais ça vient de l’assassin Royal de Robin Hobbes ça! *éclair de compréhension* C’était les damoiselles qui fabriquaient des talismans, lisaient dans les lignes de la main , ou s’occupaient de sortilèges de fertilité et de tout ce qui concernait les récoltes!

Une sorcière des haies, ça m’évoque une vieille ancêtre vagabonde, récurant les bords des jardins et sillonant les clotures pour aller cueillir les orties et autres colchiques dans les prés, la petite vieille qu’on regarde du coin de la paupière en reniflant de dédain le jour et qu’on vient voir à la nuit tombée à reculons pour qu’elle nous aide à régler toutes nos bullshit de la vie de tous les jours. Adjugé vendu, ça correspond bien à ma démarche présente, l’âge en moins,– et puis le ptit côté brousaille, frontière entre le monde civilisé et le monde sauvage– n’est pas pour me déplaire.

Je suis donc passée à la fnac cet aprèm pour aller m’acheter Le guide des plantes sauvages et comestibles afin de commencer mon apprentissage solo BTS Sorcière des Haies (z’ont pas encore de cours à la fac pour ça ni d’écoles autre que l’école buissonière, what a shame)

J’en suis ressortie avec ça.

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(Et encore, je me suis contrôlée. Les coutures de mon sac ne l’auraient pas supporté, ma bibliothèque non plus)

Je vais vous faire une petite présentation de ces 4 superbes bouquins que j’ai très rapidement survolés en une première approche, qui sont bourrés d’infos précieuses et d’images sublimes. Commençons par Les Plantes Magiques, de Michèle Bilimoff

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On ne va pas se le cacher, c’est l’iconographie qui m’a attirée en premier lieu. Des illustrations sublimes d’anciens parchemins, des extraits du Vienna Dioscurides , de codices, manuscrits enluminés, accompagnés de descriptions des mythes, légendes et divinités qui entourent chacune de ces belles empoisonneuses/guérisseuses. C’est assez synthétique et abordable pour quelqu’un qui veut avoir un aperçu global de la question, mais pour qui voudrait pousser le bouchon un peu plus loin et connaître l’emploi, les posologies et l’utilisation précise de chacune d’entre elles, c’est un poil léger.

L’herbier toxique, codes secrets pour plantes utiles, de Bernard Bertrand.

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D’entrée, j’aime ce gars. Une plume acérée, un ardent défenseur du droit à se soigner par la phytothérapie comme on l’entends et de la préservation des espèces anciennes/sauvages, qui réussit l’exploit de bien définir ce qu’est un poison, de la notion de dose  très importante en phytothérapie, et dans la médecine en général: vous n’êtes certainement pas sans savoir que nombreux sont les poisons qui peuvent causer la mort lorsqu’ils sont présent en trop grande quantité dans l’organisme, mais peuvent être de précieux alliés dans le combat contre de nombreux maux lorsqu’ils sont utilisés en dose infimes. Il aborde également la question du rapport au « naturel » , du danger des extrêmes (le fait de croire que « parce que c’est naturel c’est forcément bon » ou, à l’inverse, de la peur totalement disproportionnée que l’on peut avoir des produits cueillis dans la nature, non seulement pour des histoires de pipi de renard sur les fraises des bois , ou de la désinformation, ou l’absence de connaissances du sujet (la connaissance c’est le pouvoir disait Tyrion! Bon j’invente OK)), la question également de l’impact des molécules chimiques de synthèse sur l’environnement, utilisées pour traiter les légumes et céréales, qui ne se dégradent pas mais s’accumulent dans toute la chaine alimentaire jusqu’a nous , contrairement aux molécules présentes dans les plantes, qui malgré leur forte toxicité pour certaines, vont se dégrader très rapidement une fois en contact du sol pour disparaitre totalement.

Que l’on soit clair, il n’est pas question de faire l’apologie du naturel et de le dédouaner de ses dangers potentiels et réels. Notre démarche n’est nullement angélique, ce n’est ni notre intention, ni notre propos. Nous souhaitons simplement favoriser une juste appréciation de cette notion si complexe qu’est la toxicité, en évitant tout catastrophisme ou au contraire toute candeur.

L’Herbier des plantes sauvages, de Pierre et Délia Vignes

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Un bon gros pavé comme je les aime. C’est pas le genre de livre que je mettrais dans ma poche pour aller me balader, mais il a le mérite de regrouper un grand nombre d’espèces sauvages, qu’elles soient toxiques, comestibles ou …autres (bon je sais , c’est soit comestible soit toxique mais j’imagine qu’il y en a qui présentent un intérêt nutritif et culinaire supérieur) , il y en a 291 de répertoriées au total. Les photos des plantes sont superbes, détaillées en planches botaniques qui permettent de les identifier sans aucun problème et sous toutes leurs coutures (racines, feuilles, fruits et graines en gros plant), avec un petite partie consacrée à la mythologie et l’éthymologie pour chacune de ces plantes, des descriptions plutôt techniques mais par contre, si vous cherchez à les cuisiner ou a les utiliser en lithothérapie, il vous faudra aller voir ailleurs!

Et finissons par le très classe Manifeste Gourmand des herbes folles , de Diana Ubarrechena, Georges Oxley et Gerard Ducerf.

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(oui, ce sont mes pieds qui tiennent les pages, les deux choses noires en bas de l’image)

Un livre superbe, d’une fraicheur et d’une originalité comme je les aime. Ca se prends pas la tête, ça n’est pas pompeux ni lourdingue, ça part d’une connaissance empirique des choses, ça joue avec les sens et le plaisir de la découverte. J’aime ce genre de livres, qui sont assez proche de ma manière de fonctionner: essayer d’opérer une révolution par l’intérieur, en ne jouant pas sur l’affront et sur l’épandage de vérités fatalistes et déprimantes, mais sur l’expérience de la joie apportée par la curiosité et le lien avec tout ce qui nous entoure, en l’occurence les plantes sauvages. C’est en nous mettant en contact direct avec notre environnement proche et en nous invitant a retrousser nos manches pour mettre la main à la pâte et profiter de l’effet positif de ces plantes sur nous que nous nous transformons véritablement et invitons le monde qui nous entoure à faire de même.

Et puis ça a l’air tellement bon!

Manger des mauvaises herbes, une provocation de plus? Ces plantes sauvages nous apportent les acides aminés essentiels, dont les huits acides que notre corps de sait pas synthétiser. Il est très rare de trouver ces acides aminés essentiels dans les plantes cultivées; l’alternative reste de manger de la viande ou du poisson, nourris de ces plantes sauvages. Difficile avec les élevages industriels...les grands chefs, de Ducasse à Nobu, sont tous d’accord: pour une nourriture saine, la viande doit rester un condiment. Ce précepte est valable uniquement si l’on dispose des éléments vitaux pour sa santé. Si ces acides aminés ne sont plus dans la viande, piochons-les directement à la source sauvage.