La leçon de l’eau

Laissons se matérialiser tout ce qui a été prévu.

Laissez les croire.

Et laissez les rire de leurs passions.

Car ce qu’ils appellent passion n’est pas une sorte d’énergie émotionnelle,

Mais juste le résultat de la friction entre leur âme et le monde extérieur.

Et, le plus important: laissez les croire en eux même.

Laissez les être vulnérables comme des enfants.

Car la faiblesse est une grande chose et la force n’est rien.

Quand un homme naît, il est faible et flexible.

Lorsqu’il meurt, il est dur et insensible.

Quand un arbre grandit, il est tendre et souple,

Mais lorsqu’il est sec et dur, il meurt.

La force et la dureté sont les compagnons de la mort.

La souplesse et la faiblesse sont l’expression de la fraicheur de la jeunesse.

Parce que ce qui a été endurci ne gagnera jamais.

 

Andrei Tarkovsky, Stalker

J’aime profondément l’eau. Je suis une enfant des rivières et des fleuves plus que de la montagne ou de la mer. Je suis née près de la Seine, et tout au long de ma vie, les rivières m’ont accompagnées. C’est elles que j’allais voir lorsque je me sentais triste, je laissais toute ma peine et mes soucis couler avec l’eau, j’adorais dissoudre mon être dans les eaux bouillonnantes et claires des torrents de montagnes, la brûlure du sang qui revient irriguer les membres après s’être baigné dans une eau glacée, la claque du courant sur tes muscles, cette sensation de faire partie d’une unité éternellement changeante.

Tu ne peux pas définir un esprit de rivière. C’est grand, c’est immense. Ils ont été là des siècles avant toi, ils seront là longtemps après ta mort, ils ont porté des denrées, des armées, ils ont porté les couleurs de la garance des teinturiers, les oxydes du tannage du cuir, les filets des pêcheurs, les corps des noyés et des victimes de la peste, la laine des moutons, le bois des forêts en amont , ils connaissent l’humain mieux que quiconque. Ils connaissent leurs ravages, leur soif de pouvoir, leur ingéniosité, leur vulnérabilité, leur dépendance à leur milieu. Ils connaissent les rythmes naturels, le flux et le reflux, les périodes de sécheresse et d’inondation. Ils connaissent la terre, le ciel , ils amassent les informations, les portent du ciel à la mer, dans un mouvement incessant.

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Personnification de la rivière Erne en Irlande.

On les a souvent représenté sous forme de serpents, ou de dragons dans les mythologies asiatiques, sous une forme plus humaine en europe. Nourricière et destructrice, porteuse de vie et de mort, pont entre le monde des hommes et des dieux , l’eau à toujours possédé cette dualité créatrice. C’est la connexion avec le Sidh chez les celtes. C’est Mannanan Mc Lyr, dieu des Océans et psychopompe. C’est dyonisos, dieu de la mer sauvage et trois fois né, qui une fois par an permet aux morts de remonter par la porte de son temple situé au beau milieu des marais. C’est Apabharani, la partie du ciel chez les hindous qui porte dans ses eaux les âmes sur le chemin vers l’au-delà. C’est l’eau de vie, et l’eau de mort, donné par les corbeaux à Ivan pour qu’il renaisse. C’est l’eau qu’Anubis redonne au mort pour revivifier son coeur. C’est le Styx, le fleuve des morts, c’est le Nil, fleuve de vie, c’est le Tigre et l’Euphrate, les berceaux de civilisation.

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C’est aussi les pierres trouées que l’on trouve dans les rivières, les Hag stones, qu’on dit dotées du pouvoir de contrer tout maléfice, car la pierre possède le pouvoir de l’eau courante sur laquelle la magie n’a aucune prise. C’est la perle qui renferme le pouvoir des dragons asiatiques, maîtres de la pluie, des sources et des fleuves. Ce sont les ponts, les bateaux, les lieux de passage, les portes. La délimitation d’un espace, la protection.

Et c’est la vie. La fluidité. Ce qui circule, ce qui remplit, ce qui est sans forme, sans visage mais qui possède une puissance inimaginable, une énergie cinétique impressionnante.

Les égyptiens le disaient: pour être en bonne santé, il faut que la chair soit ferme, et que les vaisseaux qui charrient le Ka, l’énergie vitale, soient souples. Si les canaux se rigidifient, l’énergie est bloquée et les parties non irriguées se dessèchent et meurent. L’artériosclérose , une calcification des artères qui peut conduire à une obstruction totale, est l’un de ces symptômes de rigidification. Quand le coeur n’a plus les rennes , quand la tête prend le dessus. Quand on oublie de se reconnecter à notre âme, qu’on est pas « alignés », comme disent les chinois. Pour eux aussi, comme chez les égyptiens, c’est le coeur, siège de l’âme et pont entre la terre et le ciel, qui possède le dernier mot .

Suivre le coeur ne veut pas forcément dire être impulsif. On est souvent victime des blessures d’égo, peur du rejet, de la souffrance, du changement…Mais toutes ces peurs sont d’origine mentale, et dictées par le souvenir d’expériences passées. Le coeur il s’en fout, il est là, il observe, il bat et il fait son travail quotidien pour nous envoyer l’énergie dont nous avons besoin. Le coeur écoute l’âme, et transmet ses informations sous forme d’émotions au corps. Libre nous de l’écouter ou pas ou d’en faire ce qu’on veut.

 

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Manifeste d’une charognarde

Bon mes p’tits amis, aujourd’hui on va aborder un sujet épineux:

La bouffe.

Si manger n’était qu’une fonction vitale destinée à nous maintenir en vie, on en ferait pas tout un plat. Les réseaux sociaux ne seraient pas un champs de bataille peuplé de cadavres de restes d’arguments de vegan/végétariens et carnassiers, picorés par les corneilles de ceux qui sont juste venus profiter du spectacle, et se repaître du combat idéologique qui y fait rage.

Mais la bouffe est sociale. Défendre son bifteck, c’est défendre ses idéologies , son mode de vie, ses principes, et quand tu t’attaques  à ce qu’il y a dans l’assiette de ton voisin, tu t’attaques  à lui même. En tout cas c’est ce qu’il croit. Tu t’attaque à cette partie de lui qui veut avoir raison à tout prix, et qui pense que ce qu’il mange changera la face du monde. Ce qui est vrai, en un sens. En tant que petit citoyen lambda, on ne dispose pas d’une marge de manœuvre très large, et notre principal moyen de pression, c’est la manière dont on consomme.

Pour ça, je ne vais pas vous refaire la morale. Si vous faites attention à ce que vous mangez, vous savez qu’il vaut mieux manger local, sans pesticides, privilégier les commerces de proximité et un circuit le plus court possible pour éviter d’avoir 36000 intermédiaires qui s’en foutent plein les poches et des producteurs qui rament pour arrondir les fin de mois. Vous savez que Monsanto/Bayer est Satan réincarné sur terre, vous savez ce que sont les AMAP et vous cultivez des tomates en jardins suspendus sur votre balcon.

Mais pour la viande?

On est d’accord, l’élevage intensif est une sacré saloperie pour l’environnement. Entre la biomasse globale qui est constituée de 80% d’animaux d’élevage pour seulement 20% d’animaux  sauvages, la destruction d’habitats naturels pour faire pousser le soja pour nourrir les cochons et vaches, les animaux qui sont parqués dans des conditions infernales , l’eau consommée pour un seul kilo de steak et les dégazements de méthane, on arrive  vite à un vrai désastre environnemental.

Et si seulement c’était le seule fléau. Ça serait bien pratique, ça nous permettrais d’appliquer cette vue dualiste tellement pratique et de diviser le monde entre les « gentils » végétariens, et les « méchants » carnivores. De fustiger les méchants et d’engager une chasse aux sorcières contre tous ces salauds qui creusent leur tombe en mangeant autre chose que des navets.

J’ai été végétarienne. Pendant trois ans. Et puis presque Vegan. J’engueulais ma famille à chaque fois qu’elle voulait me faire manger le traditionnel rôti du dimanche midi, parce que non, laissez moi manger mon pavé de tofu, merde. J’vous demande pas d’arrêter de manger de la viande mais foutez moi la paix si j’ai pas envie d’en manger.

Je ne suis jamais devenue végétarienne pour des raisons disons « de goût » ou plutôt de dégoût . Je n’ai jamais eu aucun problème avec le fait de manger un cadavre, on me montre la vache entière et on découpe un bout dedans, c’est pareil. Et peut m’importe de manger du cerveau, du foie, du coeur,de la graisse; des intestins en brochette comme au Japon ou une tête de canard coupée en deux comme en chine, des vers xylophages crus en immersion sauvage ou d’utiliser un pied de porc ou de l’os pour le ragoût, je ne suis pas de celles que ça rebute. Tu manges un animal, tu mange TOUT l’animal. Tu te sers de sa peau, de ses os, de  ses dents. Tu ne gâches rien. Pour ceux que ça dégoûte de manger de la viande, jamais je ne les forcerai. C’est un choix que je respecte et que je comprends tout à fait. Non, si j’étais végétarienne, c’était pour ces questions environnementales.

Mais le temps passant, j’ai découvert que le problème était un poil plus compliqué que ça.

A peut près  l’entièreté de notre mode de vie est nocif. Depuis l’électricité que nous consommons qui nous vient du nucléaire, en passant par les constructions qui sont en passe de siphonner le sable de la planète (eeeet oui! Le sable est la deuxième ressource la plus utilisée après l’eau. A votre avis on le fait avec quoi le béton? Pour plus d’infos allez donc regarder les chroniques hilarantes du professeur feuillage, l’héritier trash de c’est pas Sorcier), en passant par la pêche qui vide les océans, l’agriculture intensive qui est en passe de mener à une désertification générale en détruisant la vie des sols qui ravine vers la mer en même temps que la pluie, l’exploitation à outrance des ressources non-renouvelables comme le charbon, les métaux ( d’ici 50 la plus part des gisements seront épuisés, ou en tout cas inaccessibles ou coûtant trop cher  à extraire), l’industrie textile qui pollue les sols et l’eau , l’exploitation à outrance du bois pour le chauffage, la construction et l’ameublement; et bien sur notre grand champion toutes catégories, j’ai nommé le pétrole.

Les combats sont multiples. Et bonne chance pour dire lequel flingue le plus la planète.

A partir du moment où tu cesse de regarder les choses d’un point de vue binaire, tu cesse aussi de te trouver des solutions pour / te donner bonne conscience et dire que tu as fait ta part / trouver un bouc émissaire et lui taper dessus en se persuadant d’avoir fait sa bonne action de la journée. Tout est question d’équilibre, et la bouffe, c’est comme la religion: on fait ce qui nous semble juste en fonction de notre propre échelle de valeurs et de nos propres limitations, et on respecte l’autre, même s’il ne pense pas pareil. C’est un ensemble : on mange en fonction des moyens dont on dispose, si tu es dans une métropole tu ne vas pas avoir les mêmes produits que si tu vis à la montagne, à la mer, si tu es smicart tu ne vas pas pouvoir te payer les mêmes trucs que si tu es avocat à la cour pénale internationale,et tu ne vas pas avoir la même éducation, les mêmes connaissances. Tu n’as pas toujours connaissance du véritable impact de tout ce que tu fais, tout ce que tu manges, tout ce que tu achète. Tu choisis la facilité, et tu te conforte dans l’idée que tu aie raison, parce que s’il y a bien quelque chose pour lequel l ‘homme est près à se battre jusqu’à la mort , c’est bien de prouver qu’il a raison.

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source: kojad

Le démembrement

La magie est politique.

La magie est sociale.

La magie est culturelle.

Presque tout est magie.

Pour moi, le langage, l’art, la conscience et la magie sont quatre facettes du même phénomène. La créativité et la magie sont presque interchangeables.

De nos jours, la culture puise ses racines des composants éparpillés de la magie. Lorsque les civilisations sont devenues urbaines, pour la première fois, les hommes se sont spécialisés. Et parmi ce métier, celui de prêtre, par exemple, à enlevé sa dimension spirituelle à la magie. Et tous ces petits salauds d’artistes et d’écrivains, ils faisaient comme la magie, en exposant leurs visions. La naissance de la science moderne, qui a découlé de l’alchimie, provient également de la magie. Et puis il y a eu la médecine. Il ne restait plus à la magie que le monde intérieur. Le monde de nos entrailles. Celui de nos esprits. Jusqu’en 1910, où Sigmund Freud débarqua pour enlever son dernier vestige à la magie. Seul le décorum est resté. Nous avons démembré la magie. Mais tout cela fait partie d’une grande formule: c’est celle du Solve et du Coagula. Solve signifie l’analyse, le fait de tout briser jusqu’à la plus petite miette. Ensuite, la deuxième partie de la formule, le coagula, c’est la synthèse: c’est réunir tout ces petits morceaux pour former une nouvelle formule, une plus adaptée, ou plus compréhensible que l’originale.

C’est peut être de cela qu’à besoin la magie, et donc la culture et notre société.

Nous devrions trouver une nouvelle cohérence qui va émerger de l’état absolument dissolu dans lequel est la société actuelle.

Grâce à l’activisme, les révoltes et une nouvelle organisation qui s’opposent à des figures comme celles de Donald Trump , il faut rester optimiste et espérer que tout reprenne forme, petit à petit.

C’est cela, la magie. Elle est présente partout dans le monde.

 

Alan Moore(créateur de Watchmen et V pour Vendetta); dans le reportage Dans la tête d’Alan Moore, Arte creative

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Ce brillant illuminé m’a finalement donné les clefs pour comprendre quelque chose que j’arrivais jusqu’ici à saisir instinctivement, sans pouvoir vraiment mettre de mots dessus. Cette intuition, forgée par la lecture et l’expérience, que la vie n’est qu’une succession de dissolutions et de coagulations. L’élaboration de structures de plus en plus complexes qui se maintiennent ensemble par une force tierce (appelons la l’énergie vitale, ou le Chi dans le cas des êtres vivants), qui est ensuite dissoute lorsque l’entropie prend le dessus, pour en reformer de nouveaux , ainsi de suite. Ce mouvement créé une sorte de respiration, un échange permanent nécessaire à la marche de l’ensemble.

Dans la société actuelle, on est pas habitué à considérer ce processus de dissolution comme « positif ». Qui dit dissolution dit pertes, séparations, démembrement, écartèlement. Les dakinis qui dansent au milieu des viscères en démembrant l’initié; les Esprits qui festoient et se taillent des lambeaux de l’âme du futur chaman; Osiris qui se fait jeter aux quatre vents par Seth, les tibétains qui laissent les vautours se repaître, morceau par morceau, de la chair des morts pour que l’âme puisse être libérée.  La vulnérabilité et le déchirement que l’on ressent lorsque qu’on se rend compte que rien ne nous appartient, pas même notre corps, dernier vestige dépecé lorsque nous déposons les armes.

Et pourtant, c’est le prix à payer pour la transformation. Pour y voir un peu plus clair, payer le prix pour voir ton propre reflet à travers la lame. Où, plutôt que ton propre reflet, devenu transparent  à force d’être démantelé, tu peux enfin percevoir les choses telles qu’elles sont. Tu vois les gens, la société, les choses à travers toi. Tu peux trouver une nouvelle manière d’ajuster les choses. Tu peux essayer d’y voir un peu plus large.

Ne pas cantonner la magie à trois recettes trouvées sur un blog, un calendrier de la parfaite petite sorcière (à défaut de ménagère) qui a délaissé les fourneaux et les aspirateurs pour quelque chose d’un peu plus « stylé », une fenêtre Instagram avec bullet journal et programme pour la semaine en fonction de mars et vénus, tirages d’oracles pour organiser la vie de famille et rituels ikéa pour éloigner les énergies néfastes.

Je ne dis pas que c’est mal, seulement que c’est dommage de se limiter à cette seule vision de la magie. Pour moi la magie est beaucoup plus vaste, c’est quelque chose qui doit être utilisé pour comprendre les choses de façon plus profonde, plus globale.C’est un intermède, un fil. C’est suivre les fils de la toile d’Arachne pour en arriver au centre , et réussir à en comprendre les motifs. C’est comprendre que la société en est, comme disait Alan Moore, à la phase de Solve, le démembrement. Problèmes identitaires, problèmes de ressources, problèmes de production des denrées, problèmes d’égalité, centralisation à outrance….Il est temps de mettre à bas le système pyramidal qui nous pompe l’air , creusant encore et toujours les inégalités pour revenir à quelque chose d’horizontal. Le voisin qui communique avec son voisin, quoi. Pas de hiérarchie mais un système ou chacun agit en toute responsabilité, en connaissance de cause par rapport à son expérience propre, en respectant celle de son voisin.

Ils sont nombreux, ce qui pensent aux lendemains. Je ne parle pas forcément des colibris (pardon, je ne peux pas sacquer Pierre Rabhi, ni toute la clique des écologiquement corrects qui se tartinent la bonne conscience à base de photos de singes et de voyages aux quatre coins du monde « chez ceux qui n’ont rien » parce que c’est plus vendeur que la misère d’en bas de chez soi ) , mais des gens qui vont penser la société autrement. Qui vont titiller les consciences à coups d’histoires, de vidéos; d’actions concrètes . La réorganisation se met en place petit à petit, même si on ne sait pas où ça va. Le Coagule fait son chemin .

 

Et puis aussi, une très bonne année à vous, de la part de Neil Gaiman.

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Sois bienveillant avec toi même pour l’année à venir.

Rappelles toi de te pardonner, et de pardonner aux autres. C’est trop facile de jouer l’outragé ces temps-ci, et tellement plus difficile de changer les choses, d’aller voir ce qui se passe ailleurs, de comprendre.

Essaye de rendre important le temps qui t’es imparti: les minutes et les heures et les jours peuvent s’envoler comme des feuilles mortes, avec rien d’autre à montrer que le temps que tu as passé à faire les choses à moitié, ou le temps que tu as passé à attendre que les choses commencent.

Rencontre de nouvelles personnes et parle leur. Fais de nouvelles choses et montre les aux personnes qui pourraient les apprécier.

Fais beaucoup trop de calins, souris beaucoup trop, et , quand tu peux, aime.

Neil Gaiman.

 

 

 

Le Chacal

Ca fait maintenant six mois que je chemine avec Anubis. J ‘ai longtemps hésité à en parler, préférant laisser la relation se construire à son rythme, et en parler lorsque j’estimerai ne pas dire (trop) d’âneries sur son compte.

Je ne suis pas douée pour parler des dieux. Un genre de pudeur peut être. Ou une certaine forme de respect, parce que tu as peur d’enfermer et de limiter des entités qui sont beaucoup trop grandes pour toi. C’est étrange, un dieu. Tu  ne peux pas t’empêcher de l’interpréter comme une figure vaguement anthropomorphe, sur laquelle tu colles un bon nombre de caractéristiques physiques, culturelles et historiques, et tu essayes tant bien que mal de recoller les morceaux pour faire un puzzle abstrait qui va former « ta  » vision de la divinité. Et évidemment, l’expérience est différente à tout un chacun. C’est comme un kaléidoscope infini, chacun peut apercevoir une facette mais elle change et se transforme à chaque regard, à chaque expérience.

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Anubis, par Juliette Oberndorfer

Et c’est quoi, « ma » vision kaléidoscope d’Anubis? Quelque chose qui se rapproche un peu de la vision qu’en a Neil Gaiman dans American Gods. Un côté très poli, très respectueux, très à cheval sur tout ce qui est des petites choses qui créent l’espace magique. Un côté très pointilleux à la dexter. Et puis d’un seul coup il devient sauvage, imprévisible, organique . Des tripes, des crocs. Des images et des sensations plus que des mots. La plupart du temps il se pose en observateur, et n’agit que lorsqu’il estime que le moment est venu-que t’es un peu une tanche-que tu franchis des limites à ne pas franchir. Je me rappelle d’un rêve particulièrement marquant. J’étais tentée de parler d’Anubis avec des amis. Et puis finalement non. Un avertissement net, clair et précis. « Je ne suis pas un nouvel Iphone que tu vas brandir devant tes potes pour te la péter » (bon il a pas dit ça en vrai, c’était plus un genre d’image rémanente qui me faisait comprendre que non, c’était pas le genre à aimer qu’on l’étale en public).

On le dit fils de Rê et fils de Nephtys. Ou fils d’Osiris et de Nephtys, bien que je soupçonne cette dernière hypothèse d’être arrivée plus tard dans les cultes égyptiens, pour asseoir le culte de la trinité Osiris/Isis/Horus (pour donner une légitimé à Osiris en tant que dieu des morts). C’est Anubis qui, plusieurs fois, à contrecarré les plans de Seth, qui l’a castré puis sacrifié après qu’il se soit transformé en taureau, puis qu’il l’a tué une deuxième fois et porté sa peau après qu’il se soit transformé en guépard. C’est lui qui prépara la première momification avec le corps d’Osiris. (un sacré taff donc, vu l’état dans lequel était le zouave après qu’ Isis aie couru aux quatre coins de l’Égypte pour en ramasser les bouts…a part le pénis qu’elle n’a pas retrouvé et qu’ils ont donc façonné en glaise)

Un dieu contrasté, donc. C’est celui qui purifie les chairs putréfiées, qui accompagne le processus de décomposition, l’oeuvre au noir, ou nigredo en alchimie, le passage au Sombre avant la transmutation en quelque chose de nouveau. Le noir et l’Or, le juge des morts. Enfin, plutôt que juge, je le penserai plutôt comme un dieu qui « remet les pendules à zéro ». Je suis contre un jugement de valeur qui définit des concepts absolus de bien et de mal; et pour « juger les morts », ça sous tendrai un pouvoir absolu qui appliquerai les mêmes idées de bien et de mal à tous. Je crois plutôt qu’il est question de rejouer la pièce une dernière fois, de faire un compte rendu, de mettre l’âme face à sa vie passée pour qu’elle fasse le tri. Ce qui se passe après la Porte n’est plus de mon ressors, demandez le lui, il a la clef. La croix. La croix d’Ankh, croix de vie, croix de mort.

Faire un bout de route avec le Chacal, c’est apprendre la transformation. Avoir un aperçu de Lois qui régissent l’univers, même si celles ci sont plus l’apanage de son pote Thot, le scribe magicien. C’est ne plus avoir peur de la putréfaction, de la mort et de ses manifestations. Dissoudre le vieux, l’usé, ce qui n’a plus de cohésion parce qu’aucune force de vie de ne maintient plus ensemble, ça va d’un être de chair et d’os, en passant par l’atome, par la feuille morte et par des choses plus abstraite comme les relations.

C’est aussi apprendre à purifier son espace magique. Apprendre à utiliser le sel, les huiles, les plantes aromatiques. Apprendre aussi à coaguler en soi même. Se solidifier, assumer ses prises de positions et ses arguments, assumer sa  bizarrerie sans l’imposer aux autres, et arriver à placer une limite claire pour que les autres ne deviennent pas envahissants, et que tu puisses tout de même communiquer avec le restant de l’espèce humaine: le but n’est pas de s’isoler, mais d’arriver à garder une certaine indépendance , une certaine liberté, et d’avoir la force de l’assumer sans se sentir persécuté, ni mis de côté. Avec Anubis, tu agis, tu fais les choses parce que c’est toi et que tu dois, que tu as envie de les faire. Tu n’attends pas l’approbation des autres. Tu fais, tu traces ton chemin, et tu ne l’imposes pas aux autres pour justifier ta(tes) pratiques. Tu apprends que chacun est différent, et tu la cultives en fonction de ce qui est bien pour toi. Que chacun possède des affinités, des forces et des faiblesses différentes; tu n’essayes pas de les cacher pour les uniformiser. Tu apprends la richesse de la diversité, tu apprends que certaines choses qui fonctionnent pour toi ne fonctionnent pas pour les autres; tu apprends le respect, et l’humilité.

Un chant pour la liberté

Ça fait maintenant pas mal d’années que je pose la question de l’avenir de l’humanité. Depuis que j’ai lu le fantastique Nausicaa de la Vallée du vent, de Myazaki.

Le portrait d’une société post-apocalyptique où un restant d’humanité parvient à survivre tant bien que mal sur les quelques havres non pollués restant sur la planète après la catastrophe des 7 jours de feu, entre guerres intestines et luttes pour la survie. Une description très sombre de l’avenir , et pourtant porteuse de tellement d’espoir. Ces voix qui s’élèvent, au delà des ruines des empires tombés, pour te dire que l’important n’est pas de savoir ce que va devenir le monde, mais simplement de savoir ce qu’on veut en faire. De voir ce qui est important pour nous, et comment on peut se battre pour le sauver.

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J’ai longtemps cédé à la facilité de l’inéluctabilité . Cette pression continue qui t’empresse de remballer tes clics et tes clacs fasse aux Nornes, de croire qu’aucun de nous n’avions aucune prise sur ce qui était à venir, et que c’était une perte de temps que de croire en l’humain et en la capacité de faire quelque chose dans un monde bientôt noyé sous les eaux, le feu et la fumée. Cette tentation de basculer d’un côté, ou de l’autre. Croire en la transition, en Pierre Rabbi et son armée de colibris et autres prêcheurs de bienpensance , ou croire en les quatre cavaliers de l’apocalypse. Croire que l’humanité finirait dans un grand bain de sang et de radiations ou dans une communauté d’hommes enfin heureux et égaux après avoir mis à bas les Puissants, vivant de soleil et d’eau fraîche, jeunes pousses s’étirant joyeusement vers le soleil de la Nouvelle Terre.

Peut être que c’est une illusion de croire en la possibilité d’un choix, et que ce jeu là même fait partie de l’illusion qui nous permet de ne pas mourir de désespoir, comme disait Serafina Pekkala à une Lyra fatiguée. Mais il faut le jouer, ce jeu.

Il y a toujours une vérité des deux côtés. Toute vérité n’est qu’une semi-vérité si tu ne considère pas son antipode, te dit une Loi hermétique.

Je n’ai envie de basculer ni du côté du positivisme bisounours forcé, pour moi symptomatique d’un moyen de noyer le poisson parce qu’on arrive pas à regarder la vérité en face, ni du côté du pessimisme lourdingue, qui te colle aux basques et t’empêche de regarder plus loin que le bout de ton nez.

En tout cas une chose est sûre: on ne peut pas continuer comme ça très longtemps. Les actes ont leurs conséquences, et ce que l’humanité à lancé depuis des centaines d’années, on va se le reprendre dans la tronche. La transition ne sera pas douce. Il y aura du sang et des larmes, des rêves détruits et d’autres qui émergent. Mais s’il y a quelque chose qu’on ne peut pas prévoir, c’est l’Humain. Cette chose antinomique, porteuse de tellement de potentialités créatrices et destructrices, et c’est la dessus que je mise mon cheval.

« C’est comme dans les histoires qu’on nous racontait, mr Frodon. Celles qui valaient vraiment dire quelque chose. Elles étaient remplies de ténèbres et de danger. Et parfois on ne voulait pas savoir comment elles allaient finir. Parce qu’on se demandait : comment ça pourrait bien finir? Comment le monde pourrait revenir à ce qu’il était alors que tant d’horreurs sont arrivées? Mais à la fin, cette ombre ne fait que passer. Même les ténèbres doivent passer. Un nouveau jour arrive. Et quand le soleil brillera, il brillera clairement. Ca, c’était les histoires qui restaient. Qui valaient dire quelque chose, même si on ne comprenait pas exactement quoi. Mais je pense, mr Frodon, que je comprends maintenant. Les gens dans ces histoires avaient des tas de raison de laisser tout tomber, sauf qu’ils ne le faisant pas. Parce qu’ils avaient quelque chose qui les faisait tenir. »

Sam Gamgee, Lord of the Rings

Chacun prend les armes, ou laisse couler. Il n’y a pas de bonne , ou de mauvaise décision. Seulement ce qui est juste pour nous. Si tu sens que quelque chose résonne avec toi, fais le. N’attends pas que les autres agissent à ta place.

Je ne suis pas là pour donner des leçons. Peut être juste pour raconter des histoires.

La femme éternelle mugit! On l’entendit sur toute la terre.

Les côtes d’Albion (le nom mythologique de l’Angleterre) sont mortellement silencieuses; les prairies de l’Amérique s’évanouissent!

Les Ombres des Prophéties tremblent tout autour des lacs et des rivières et murmurent par delà les océans, France, détruits tes donjons,

Espagne dorée brûle les barrières de la vieille Rome;

Jette tes clefs Ô Rome dans le ravin qui tombe, qui tombe même dans l’éternité,

Et pleure!

Dans ses mains tremblantes elle prit le nouveau né qui hurlait de terreur;

Sur les montagnes infinies de lumière maintenant encerclées par l’océan atlantique, le nouveau feu né faisait face au roi qui le fixait!

Flanqué de  neiges aux sourcils gris et de visages tonnants les ailes jalouses battaient au dessus du vide.

La main armée d’une lance brûla, le bouclier fut posé à terre , la main de la jalousie avança jusqu’à toucher les cheveux de feu et la merveille tout juste née hurla à travers la   nuit.

Le feu, le feu, le feu tombe!

Lève la tête! Lève la tête! Ô citoyens de Londres élargissez votre contenance , Ô juifs, laissez donc le comptage de l’or! Retourne à ton vin et ton huile; Ô Afrique! Afrique noire! (va donc, pensée ailée, ouvres donc cette conscience)

Les fiers poumons, les cheveux de feu brillèrent comme le soleil tombant dans les mers de l’ouest.

Réveillés de leur sommeil éternel, les éléments hurlants s’enfuirent;

Tout en bas le roi jaloux battait de ses ailes furieuses ; ses conseillers aux sourcils gris, ses combattants furieux, les vétérans recroquevillés derrières des heaumes et des boucliers, et les chariots, les chevaux,les éléphants, les bannières, les châteaux, les frondes  et les rochers.

Et tout cela tombait, s’emportait, se ruinait! Enterrés dans les ruines du nid d’Urthona.

Toute la nuit derrière les ruines , leurs sombres flammes  pâles émergeaient  tout autour du roi  lugubre  ,

Avec le tonnerre et les flammes: menant ses  hôtes étincelants à travers les contrées sauvages , il promulgua ses dix commandements, jetant des coups d’œils teintés d’une noire consternation par delà le vide au dessous de ses brillantes paupières,

Alors que le fils du feu dans son nuage à l’Est, alors que le matin montrait enfin son plastron doré,

  Repoussait les nuages couverts de sorts, réduisait en poussière la loi écrite dans du marbre, détachait les chevaux éternels des nids de la nuit, pleurait l’Empire n’est plus! Et maintenant le lion et le loup doivent cesser.

A Song of liberty, William Blake

 

Fondations

« Les voies de dieu sont extrêmement mystérieuses, pour ne pas dire carrément tortueuses. Dieu ne joue pas aux dés avec l’univers, Il joue un ineffable jeu de Son propre cru, qui pourrait apparaître aux yeux de tous les autres joueurs comme étant une sorte de poker obscur et complexe, joué dans une salle sans lumières, avec des cartes blanches, un nombre infini de paris, et tout ça avec un donneur qui ne vous donne pas les règles, et qui sourit tout le temps. »

Good Omen, Terry Pratchett et Neil Gaiman

Marrant comme la fiction te parait parfois résonner d’une manière tellement plus juste que tout ce que tu peux lire en ésotérisme. Marrant comme on ne peux pas s’empêcher de tout expliquer , ou en tout cas de chercher à expliquer. On cherche, on cherche, on avance de trois cases, on se fait doubler, on recule de deux, et puis parfois…c’est le retour à la case départ.

Je me suis lancée dans l’ésotérisme avec pas grand chose, trois infos trouvées sur un forum, une bonne grosse dose de pratique hasardeuse, beaucoup de foirages , et surtout un intérêt sans limite pour tout ce qui relevait des traditions ésotériques de tout poil. Netjerisme, traditions nordiques, celtiques, hindouistes, bouddhistes, mayas, maoris, slaves, taoistes, hermétisme, tout était bon à prendre. Parce que vous comprenez, je suis une sacrée chieuse. Du genre à ne pas aimer faire quelque chose si je ne comprends pas à quoi ça sert. C’est une des raisons pour lesquelles je me suis vite détournée de la wicca: trop dogmatique et limitée , avec sa roue de l’année qui glissait trop parfaitement sur son moyeu bien huilé, avec sa baguette, son athamé , sa coupe, son pentacle. Je comprenais la symbolique, mais je ne voyais pas pourquoi le fait d’utiliser un athamé, ou une bougie jaune serait plus efficace qu’un couteau à beurre ou une lampe à lave. On nous dit que le plus important c’est l’intention qu’on y met, mais dans ce cas, on peut potentiellement utiliser ce qu’on veut! Et qui me dit qu’un objet qui revêt un certain symbolisme dans une certaine culture n’a il pas un sens totalement opposé dans une autre culture, et pourquoi donc le fait d’en utiliser un plutôt qu’un autre serait il plus efficace, d’un point de vue magique? C’est comme en math: connaître un théorème par coeur c’est très bien, connaître les correspondances entre les métaux et les planètes c’est très chouette, mais savoir d’où ces liens viennent et comprendre les liens qui les unissent pour pouvoir les utiliser à notre façon, c’est mieux.

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Image: rachel suggs

Difficile de retracer les origines des différents cultes. La plupart du temps, elle l’est l’apanage d’un messie, d’un gourou, d’un beau parleur autour duquel se regroupent les gens intéressés par les dires dudit prêcheur. Gardner pour la Wicca, par exemple. Mais ou a-t-il pêché tout ça? Des anciens rites païens remis aux goûts du jour, certains diront. Mais il ne faut pas oublier qu’il à d’abord bien pioché dans les rituels de la Golden Dawn, organisation ésotérique très en vogue à la fin du 19ème siècle, dont faisait partie entre autre Bram Stocker, Aleister Crowley et le grand poète W.B. Yeats. Mouvement qui à lui même pioché dans l’hermétisme, la kabbale, le rosicrucisme et l’alchimie… Le 19ème siècle à connu son penchant d’occultistes, avec entre autres Helena Blavatsy, qui à fondé la société théosophique, l’abbé français Eliphas Levi dont la symbolique inspira plus tard le Rider Waite Tarot, le premier tarot qui a donné une signification particulière aux arcanes mineures (les Coupes, les Pentacles, les Epées, les Bâtons…ca ne vous rappelle rien?) , lui même dérivé en un millions de versions qu’on connait bien pour qui s’est un jour retrouvé en face d’une étagère remplie de tarots dans une boutique éso… on ne réinvente jamais l’eau chaude, on ne fait que combiner encore, et toujours, les mêmes vieilles recettes.

D’où ça vient , toutes ces histoires d’ères d’Horus et de changement de vibration, de voyage et de plans astrals? De Rudolf Steiner, je pensais alors en découvrant l’Anthroposophie, sorte de discipline ésotérique tentaculaire qui à entre autres développé une pédagogie Steiner (vous avez ptêt entendu parler des écoles Steiner), « inventé » l’homéopathie, et dégagé tout un tas de concepts sur l’évolution de la race humaine (avec des concepts parfois extrêmement racistes, et même si il faut toujours replacer les choses dans leur contexte et comprendre que les textes sont influencés par l’air du temps dans lequel ils ont été écrits, y’a des trucs qui passent pas, c’est comme les Tintin qui nous dépeignent des Noirs arriérés et soumis qui ressemblent au vieilles pubs Banania). Donc oui, certains ont pensé qu’il sortait tout ça d’un quelconque rayon divin. Alors qu’il avait quand même bien pompé dans les travaux Théosophiques d’Helena Blavatsky…elle même trèèès inspirée par tous les Védas , des textes bouddistes et pas mal d’Hermétisme.

Que les gens s’influencent les uns les autres, reprennent des concepts et les enrichissent/les creusent, les réinterprètent, je n’ai aucun problème avec ça. Le danger vient juste du dogmatisme, de cette tendance qu’ont les gens, parce qu’ils découvrent la chose et que c’est bien normal, d’avoir l’impression que tout cela revêt un genre de caractère sacré et divin, intouchable et de le prendre pour Vérité absolue. On ne chéri plus les enseignements pour la connaissance qu’ils nous apportent, mais on vénère l’être qui nous les a apporté, on enjolive tout ça d’évènements plus ou moins acceptables comme des multiplications de petits pains, des lévitations, résurrections et autres changements d’eau en vin. On veut du sensas, des pouvoirs magiques, X-Men IRL. On leur donne un caractère intouchable, indétrônable, on se met un bandeau sur les yeux et on laisse notre cervelle aux vestiaires.

Alors rien ne nous empêche de nous poser des questions sur la raison de notre existence. Sur Dieu(x) , sur leur(s) nature(s), sur la création des galaxies et du Big Mac. De se demander ce qu’on va mettre ce matin, ou si l’Univers est rempli d’intentions jusqu’à la plus petite particule de poussière. Mais dans tous les cas, que vous manœuvriez parmi  des dictats de la mode , ceux de la bien-pensance ou de l’ésotérisme New-age , faites le avec intelligence et surtout avec un minimum de recul. Et continuez toujours de poser cette question: « Pourquoi? »

N’oubliez pas qu’on a pas croqué dans cette putain de pomme pour rien.

« Si tu t’assois deux seconde et que tu commence a y penser sérieusement, tu commences à avoir de drôles d’idées. Comme: pourquoi rendre les gens curieux, et puis foutre un fruit défendu là où ils peuvent le voir clairement avec un énorme néon au dessus qui dit « JE SUIS LA »?

-Je ne me rappelle d’aucun néon.

-Métaphoriquement, je parle. Je veux dire, pourquoi faire ça si vraiment tu ne veux pas qu’ils le mangent? Je veux dire, peut être que t’es juste curieux de voir ce que ça va donner. Tout ça. Toi, moi, lui, tout. Un genre de grand test pour voir si tout marche correctement? Tu commences à te demander: ça ne peux pas être un jeu d’échec géant, ça doit juste être un Solitaire très très compliqué. Et n’essaye pas de me répondre. Si on pouvait comprendre, on ne serait juste pas ce qu’on serait. Parce que tout ça c’est…c’est…

-INEFFABLE, dit l’homme qui nourrissait les canards.

-Ah…oui. Merci.

Ils regardèrent le grand étranger déposer délicatement le sachet vide dans une poubelle, puis traverser la butte d’herbe. Puis Crowley secoua la tête.

-Qu’est ce que je disais?

-Aucune idée, dit Aziraphale. Rien d’important, je pense.

 

Good omen, Neil Gaiman et Terry Pratchett.

 

Voyages

Me revoici de retour sur les vertes terres de l’Irlande; après une année de remise en questions–à propos de mon taff, de ma façon de vivre,ma façon de consommer, un an d’égarement–, de douleur mais aussi de moments de pur bonheur, perchée pendant deux semaines  dans les hauteurs de l’Isère en mettant les mains dans la gadoue pour aider un parfait inconnu a réaliser une éco-construction, à apprendre du vent qui souffle , des planches de mélèze et de la scie sauteuse, à apprendre de la paille et du feu, de la rivière et de la pluie qui te dégouline sur tes pieds pendant que tu te tapes un sprint sous l’orage.

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Peinture: david inshaw

 

Je pensais que je pouvais vivre mon indépendance, mais changer totalement de vie, de cercle social et de région s’est avéré plus difficile que prévu. Les gens me manquaient, et j’avais sans cesse l’impression de n’en avoir …jamais assez. De ne jamais trouver le compromis parfait entre une vie libre et mon besoin de connexion humaine. Peut on vraiment réécrire son existence, sans prendre en compte ce qui nous a forgé, notre expérience accumulée?

Il est certes plus facile de surfer sur la vague des acquis. De ne pas soudainement couper la corde de la vie comme ce que j’ai pu faire, mais de travailler à une transition plus douce. D’avoir des gens sur qui ont peut compter, même si le travail doit venir avant tout de nous. On a rien sans rien. Les rêves demandent du travail, de la persistance, ainsi qu’une bonne dose d’instinct pour être réalisés. Il faut croire en nos rêves. Sinon la vie devient fade. On a tendance à se persuader qu’on ne peut pas réaliser ceci,ou cela, parce que ça nous coute trop d’énergie. Ou que la société nous a persuadé que c’était dangereux. Pour notre vie sociale, pour notre sécurité.

L’erreur, c’est de courber la tête, comme un vieil étalon fourbu. Les rêves demandent du sang, des larmes et de la sueur pour être réalisés. Mais si tu es assez habile pour « sentir » quand le vent tourne, quand agir et quand attendre, quand investir, quand travailler et te reposer , tu ne te bats pas tout seul, mais tu as le flux de la vie tout entier avec toi. Tu es sur un gigantesque fleuve, si tu rames à contre-courant, tu finis épuisé. Si tu te laisses dériver, tu atteins bientôt le rivage de ta mort avec le fatalisme d’une huître, en croyant que se soumettre aux flots est la seule option. Mais si tu écoutes les courants, que tu les observe, que tu pagaie avec parcimonie en les prenant à ton avantage pour diriger là ou tu veux mais sans lutter, là tu as tout compris à la vie.

Il faut avoir confiance; aussi. Pas le genre de confiance béate, où tu attends que tout te tombe tout cuit dans le bec, mais le genre de confiance active, ou tu fais ce que tu dois faire, et tu sais que ça ira dans ton sens. La fameuse intuition, encore.  Celle que tu entends parfois te dire « MAIS TA GUEULE! » lorsque tu t’apprêtais à ouvrir ta moule pour dire une ânerie , et que tu n’écoute pas , pour le regretter trois secondes plus tard . Celle qui te permet de savoir quand un ami a besoin de toi, quand entrer dans quelle boutique pour y trouver un truc que tu cherchais depuis des lustres,celle qui te mène à des endroits impromptus dans la forêt pour s’y délecter de quelques moments de paix.

Ou celle, encore, qui te fait rencontrer les personnes dont tu avais besoin. Ce petit sourire intérieur que tu as quand tu les rencontres pour la première fois et que tu sais qu’elles font partie de la même tranche d’humanoïdes délicieusement perchés. Et ce sourire qui s’élargit et devient un sourire plein de dents emprunté au chat du Cheshire lorsque tu l’entends parler de chamanisme, du musée du quai Branly, de mythologie comparée et d’intuition. L’approche anthropologique du paîen qui tente de garder encore un semblant de protection sociale et qui teste en même temps ta propre folie douce. Et là, tu sais que tu va avoir de longues conversations au coin d’une tisane, que tu vas pouvoir enfin baisser un peu plus ces barrières du socialement correct et te permettre d’aller un peu plus loin dans l’expérimentation et la confrontation de points de vues.

Tu te retrouves à faire des petits tests. Tu l’emmène se balader de l’autre côté de la rivière, là où tu as l’impression de te faire souvent suivre par un truc non identifié sans lui dire le lieu exact(difficile de les identifier , souvent. Pour ma part j’ai trop peu de connaissances pour me permettre de les foutre dans des cases, alors j’y renonce et je m’attelle simplement à essayer de communiquer et de résoudre le problème, si problème il y a) ; puis tu guettes sa réaction, et lorsque tu la vois s’arrêter pile au même endroit puis jeter un léger « ah mais y’a effectivement un truc là! » , tu rigoles intérieurement.

Ou de se pointer un soir , et de te dire »p’tain y’a un endroit dans la forêt ma fille, mais c’est violent! Y’a une hostilité de fifou! C’est la première fois que je délègue, mais apparemment c’est à toi d’y aller ».

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Illu: Mai-cool

Et tu te retrouves à te cailler les miches, seule au milieu de la forêt avec la nuit qui tombe, avec un monticule qui ressemble a une tombe fraichement creusée , une énergie qui semble couler le long du chemin tracé entre les arbres, et cette espèce d’électricité ambiante qui te donne des frissons , comme celle que tu peux ressentir lorsque tu te retrouves au milieu d’une conversation tendue, ou que tu te retrouves à côté de quelqu’un qui transpire la peur et le stress, une peur de la douleur et un genre de colère fossilisée dans les arbres aux alentours.

 

Bon. C’est bien gentil, mais qu’est ce que je vais bien pouvoir faire, moi! Résoudre un problème énergétique, c’est de l’impro permanente (en tout cas pour moi) . Ça demande tout un tas de tâtonnements, c’est un peu comme avec l’impro en cuisine: tu connais les bases parce que tu as déjà fabriqué des cakes au yaourt, mais si tu dois faire avec ce que tu as dans le placard et que ça marche, il faut faire preuve d’un peu d’imagination. Alors tu testes. Tu rates. Tu « sens » quand quelque chose commence à marcher. Tu t’impatientes et tu as envie de te barrer pour la 15ème fois, mais les runes te disent de rester et de continuer ton taff.

Tu rentres chez toi tout en sachant que tu es loin d’avoir fini. Tu as la confirmation de ton associée-dissociée que c’est « un peu moins pire ». Bon.

C’est déjà ça.