Médecine traditionnelle chinoise

En ce moment , je sais pas pourquoi mais tout tourne autour des traditions chinoises. Je me retrouve à acheter des bouquins sur la médecine chinoise, les moxas (je vous expliquerais); le shiatsu et l’acupression m’appellent à grands renfort de signes pas-discrets-du-tout, je me retrouve à écouter des émissions sur le taoisme et le confuscianisme;  à utiliser mon oracle Mah-Jong en complément du Yi-King que j’utilisais depuis des lustres, à loucher vers mon thème astral Ba-Zi (sorte d’astrologie taoiste, si vous êtes interessés allez donc voir par ici même si très franchement c’est aussi clair que du jus de mangue: http://www.fengshui-village.com/fr/bazi.php )  , à dévorer des bouquins sur le feng-shui, je me suis remise au Tai-chi avant que mon genou ne décide de m’abandonner lâchement…Non je ne vais pas jusqu’à manger ma soupe avec mes baguettes, mais ça n’est pas si loin.

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Quelques cartes de l’oracle, diablement efficace.

Ce que j’aime dans la médecine chinoise, c’est son côté très terre à terre. j’ai toujours eu du mal avec les pratiques spirituelles trop « déconnectées », trop dans l’amour la lumière le côté clair de la force toussa…Je pense que l’excès de matière, comme l’excès de spirituel entraînent des déséquilibres: d’un côté tu te perds dans tes fantasmes et tu risques de délaisser ta vie matérielle, dans l’autre perds le sens de ce que tu fais et tu deviens l’esclave de la matière, du dieu flouze pour la plupart du temps.

Perso, j’avais une approche plutôt mitigée de la médecine chinoise à l’époque où j’étais encore complètement fermée à toute sorte de « magie ». Ca n’est pas que je n’y croyais pas, c’est juste que mon esprit cartésien scientifique et ma famille dursleyienne prenaient un malin plaisir à mettre un bon gros mur de « nan c’est pas possible » entre moi et tout ce qui pouvait relever du spirituel et compagnie.

J’ai ensuite testé à la suite d’un bon gros mal de dos la médecine chinoise (vous pouvez lire le manifeste que j’avais écris à l’occasion par ici), et j’avais été plutôt conquise. A la suite de quoi je m’étais enchaînée quelques émissions sur france inter très très intéressantes dont celle-ci en particulier qui avait été une véritable révélation, puis chemin faisant le long de ma vie erratique de bohème qui, si elle a été écrite par je ne sais quel scribe cosmique, à du avoir envie d’expérimenter la méthode  dada–on prend un livre, on découpe tous les mots, on en pioche au pif et on essaye de faire un truc avec–j’ai perdu de vue puis suis revenue à la médecine chinoise.

 

Chinese herbal medicine with acupuncture needles and asian scrip

Joli hein? On dirait presque un autel païen

Ce que j’aime dans la médecine chinoise, c’est qu’ au lieu de simplement soigner les symptômes, on va prendre en compte les facteurs déclencheurs de cette maladie, les habitudes de vie, les facteurs environnement et psychologiques, et même ton thème de naissance, qui selon l’enseignement des « ciel antérieurs » et « ciels postérieurs » (je vous expliquerai ptet un jour) , te prédispose à certaines affections. Par exemple, le maître du jour de ma naissance étant Metal Yang(une EPEE t’ENTEND! LA CLASSE HORACE), il faut que je privilégie les exercices de respiration, les activités en plein air et les nourritures amer et épicées. Cette médecine repose sur l’équilibre des 5 éléments, le bois, la terre, le feu, le métal et l’eau , aide à travailler sur les déséquilibres à l’origine de la maladie par l’alimentation (chaque aliment possède des propriétés, froide ou chaude, sec ou humide, comme dans la médecine hildegardienne) , par l’hygiène de vie , la phytothérapie et l’acupuncture.  Et surtout, très important, elle ADAPTE son traitement au patient. Au lieu de refiler un aspirine à tous les migraineux et puis basta, le médecin chinois, s’il fait bien son job, va te prescrire non seulement une synergie de plante et éventuellement de l’acupuncture, mais aussi quelques règles d’hygiènes de vie, et des choses qui vont te permettre de changer ce qui ne va pas dans ta vie pour améliorer, voir guérir une pathologie. Et ça se fait dans le dialogue: si toi tu ne te sens pas de faire de l’acupuncture, tu peux décider de ne te concentrer que sur la phytothérapie, ou inversement; il n’y a pas de méthode figée mais plutôt une adaptation en fonction des réponses de l’organisme.

 

Pratiquant l’auto-médication style miel-citron-gingembre-thym pour a peu prêt tout ce qui se retrouve dans le terme « crève » ainsi que des trucs un peu plus complexes pour des trucs un poil plus grave (la médecine de hildegarde  revisitée par Wighard Strehlow pour les trucs un peu sérieux , ou les recettes de Maurice Messegué pour les petites affections chiantes de tous les jours), je suis totalement adepte de la responsabilisation du malade. Il ne s’agit pas évidemment de se shooter à la valériane pour se guérir d’un cancer de la prostate, mais de prêter attention aux signes que nous envoie le corps, et de les suivre même si ça semble en contradiction totale avec le sens commun (comprenons: le sens des médecins occidentaux lambdas), parce qu’on sait mieux que personne ce qui nous convient. Et qu’on apprend aussi en faisant des tests( bon  j’ai tendance à être un poil déraisonnable , non les enfants ne faites pas ça chez vous ) , que c’est un ajustement permanent, et une collecte d’information, ne pas avoir peur de sortir des sentiers battus et de tester des méthodes pas orthodoxes.

 

Il y a quelques mois, j’ai juré devant un grand chêne que j’allais protéger la vie. Je sais pas pourquoi. Peut être pour me sentir importante, ou pour avoir l’impression que je peux faire quelque chose de ma vie, l’impression peut être futile d’être, justement, utile. La force de régénération comme dirait mon cher Hubert Reeves, le regard rivé vers les étoiles mais le coeur bien sur terre. Comment, ça j’en sais encore trop rien. Soigner les gens pour se soigner soi-même, et puis aussi , la joie d’apprendre, et la joie de comprendre, sans laquelle disons le clairement…je m’emmerde.

 

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Esprits des plantes

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Cette beauté n’est autre que la Trompette des anges , ou Brugmansia. Datura? Presque! C’est une cousine proche  de notre ami que les réunionnais appelaient la plante du Diable, qui à d’ailleurs longtemps été  classée par les naturalistes dans la même section.

La Trompette des Anges appartient au genre bien connu des sorcières que forme la famille des Solanacées, dont font partie entre autres la Belladone, la Jusquiame, et d’autres cousines plus quelconques comme la patate, ou la tomate. La plupart des Solanacées contiennent des alcaloïdes charmants tels que l’atropine, la scopolamine, ou l’hyoscyamine, dont les vertus spasmolytiques, narcoleptiques et hallucinatoires ont été depuis très longtemps utilisées non seulement dans le fameux onguent de vol des sorcières, mais aussi à des buts médicaux tels que le soin de l’arthrite ou du rhumatisme en cataplasme,  en antiparasitaire en interne, en guise de sédatif, et surtout à des fins chamaniques, comme pour des rites de passage adulte ou les jeunes hommes se frictionnaient la peau de quelques feuilles avant de partir en transe.

Chez certaines tribus d’amérique du sud, par exemple, on administrait de la trompette des Anges aux jeunes qui faisaient rien qu’à foutre le boxon, histoire que les ancêtres leur donnent direct une bonne leçon dans le monde des esprits. Chez d’autres peuples; on mélangeait des feuilles de Brugmansia avec de la bière de mais et des feuilles de Tabac, puis on les donnait a boire aux femmes ou aux esclaves qui devaient être enterrés vivants avec leur maître.

Le brugmansia n’était en général utilisé que par des chamans expérimentés, car il provoque des transes violentes, de la tachycardie, des hallucination avec une perte totale de notion de réalité ( il parait qu’un pauvre gars s’est amputé le pénis après avoir bu une tasse de thé de brugmansia), des convulsions, respirations rapides , mouvements désordonnés, bref…que des trucs sympa. On lui prête également des vertus aphrodisiaques, et tout comme la datura, il était donné à boire aux soldats avant la bataille pour déclencher une fureur guerrière et une grande résistance à la douleur, un peu comme les Berserkers nordiques.

Selon certains dires, quiconque manquerait de respect envers le Brugmansia le paierait très cher, et ceux qui ne sont pas assez forts pour supporter la force et la violence des visions induites par le brugmansia peuvent en perdre la raison. Elle est pour toutes ces raisons utilisée très rarement, et majoritairement en application externe.

Bon vous me direz, c’est bien joli tout ça, mais pourquoi tu nous parle de tout ça hein? T’ as testé le thé de brugmansia parce que t’avais plus de Roiboos dans le placard?

Et bien non, mais je viens de faire la connaissance impromptue avec ce bel esprit, quoiqu’un poil sauvage, aux détours d’une balade dans un jardin botanique. Ca faisait une semaine que j’étais bien sur les nerfs pour des raisons persos, je m’étais remise à la pratique de mantras, et j’étais partie me ressourcer auprès des arbres à la pause de midi, le casque sur les oreilles avec le mantra du soin TEYATA OM BEKANZE BEKANZE MAHA BEKANZE RADZA SAMUDGATE SOHA . Je me balade en ne pensant à rien, en flânant au gré des avenues remplies de plantes exotique, et à un moment, je m’arrête soudainement, avec la sensation qu’on vient de me foutre une grosse baffe énergétique dans la tronche. Je lève les yeux, et je vois un arbuste de deux mètre, aux longues feuilles vertes et aux énormes clochettes blanches qui pendent, dont la délicatesse  contraste avec la violence de l’énergie qu’ils dégagent. Je reste là en arrêt, et il me vient à l’idée d’en couper une branche pour la ramener chez moi et la marcotter (faire pousser des racines pour la rempoter un peu plus tard), histoire d’avoir mon propre plan.

Je ne cède pas à ma première impression, préférant prendre un poil de recul au cas où j’aurais eu une intention biaisée. Le panneau d’indication étant absent pour cette plante là, je vais faire mes propres recherches. Je savais qu’elle était de la famille des Solanacées, et j’avais ramené un petit croquis histoire d’avoir la bête en tête. Et la je tombe sur …les Brugmansia et Daturas. Bingo!

Je tire les runes histoire d’être sure que je ne faisais pas de conneries , subir la vengeance de l’esprit du brugmansia, j’avoue ça me tentait moyen(vous rigolez mais quand l’esprit d’une plante a décidé de l’occuper de vous, ça tourne vite a l’obsession. Il y a quelques mois c’était la Ronce, et je passais mon temps à me planter dans les ronces, j’ouvrais un bouquin sur les plantes médicinales et tombait sur…la ronce, et puis la demoiselle chez qui je travaillais en woofing sur les plantes médicinales qui me demande de faire des recherches sur …les propriétés de la ronce!), puis je retourne en catimini au parc botanique (ou j’ai chourré quelques autres plantes, c’est un peu ma pharmacopée de ville!) le samedi matin, pour effectuer mon larçin. Je retourne chez moi avec mon butin dans le sac, puis mets les pousses dans un bocal en ayant retiré les feuilles en trop, que je mets à sécher avec beaucoup de délicatesse.

Et là je fais un truc un peu con, que j’aime beaucoup faire pour faire connaissance avec une plante et connaître son énergie et son champs d’action: je m’allonge, et je place une feuille sur la peau. Sans la frotter, juste posée.

Et bien rien qu’avec ça, j’ai du arrêter l’expérience 30 min plus tard; je commençais a avoir le dos qui chauffait, comme si une énergie brûlante s’y déversait, et cette sensation que l’on à tout près du sommeil ou près d’une transe, comme de grandes vagues qui s’apprêtent à t’emporter, une tension comme si tu étais passée sur un voltage plus élevé, et le corps qui s’endort. Je me suis réveillée in extremis, ai retiré la feuille en la remerciant (c’était pas désagréable outre mesure, mais bon, je suis aussi du genre à adorer les énergies brûlantes un poil bourrines) . J’ai réessayé quelques jours plus tard, en faisant un test sur mon épaule gauche, complètement bloquée au niveau énergétique depuis maintenant pas mal de temps. Tu sens que ça n’est pas une énergie mauvaise, du moins si tu la respecte, mais qui est comme un torrent de lave qui crame tout sur son passage et qui débloque le chemin, même si cela veut dire employer la manière forte. Je n’ose même pas imaginer l’effet en friction ou en thé en interne, je crois que j’éviterais de tenter l’expérience de suite.

Mais dans tous les cas, m’est avis que si la plante est d’accord, ça te fait une protection du feu de dieu. Une purif bien bourrine, pourquoi pas l’utiliser également dans des rituels dédiés aux ancêtres, en offrande ou en talisman? Je laisse la plante me guider, j’ai l’impression que les plantes, c’est comme les cristaux: ils viennent à toi quand tu en a besoin. Pas besoin de les chercher, d’acheter toute l’étagère du biocoop ou de votre herboristerie du coin: le respect des plantes passe aussi par le fait que ce sont ELLES qui veulent bien t’aider, et non le contraire.

 

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le Brugmansia Sanguinea.

 

Cartographie énergétique

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(cette image n’a rien à voir avec le sujet, c’est juste pour faire joli. L’auteur de cette merveille est James christensen, pour ceux qui veulent zieuter)

Je passe mon temps à déménager en ce moment, et me voici de retour en ville après quelques mois passés à la campagne.

J’avoue que j’appréhendais la chose. Les voitures, les gens, le bruit, la pollution, et surtout cette stagnation et cette sensation d’étouffement propre aux villes, là ou le béton empêche la terre de respirer et l’énergie de circuler. La sensation que toutes les pores de ta peau sont scellées par de la cire, l’impression d’être un poisson hors de l’eau.

Et j’ai été étonnée de voir que tout circulait super bien. Un je-ne-sais quoi d’aisé, de fluide, de vif , une mouvance , une sensation d’harmonie. C’est possible dans une ville? Et comment, pourquoi? Pourquoi ça circule?

Pour répondre à ces questions, je me suis baladée dans la ville. J’ai essayé de comprendre sa structure. Ses artères, ses organes, ses membres, sa peau, ses orifices. Je me suis arrêtée aux points névralgiques, pour ressentir l’énergie qui y circulait. Les rues sont les artères, les bâtiments les organes, les enceintes sont la peau, les portes les orifices , le fleuve est son poumon. A croire que toute structure qui veut se perpétuer dans le temps se doit de répondre aux mêmes lois universelles d’expansion et de transmission de l’énergie, ou que l’homme reproduit inconsciemment à l’extérieur le propre schéma de sa structure interne, parce qu’il sait qu’elle fonctionne.

Et c’est là que j’ai réfléchit à la notion de cartographie énergétique. Il en existe bien du corps (les points d’acupuncture, les chakras), il en existe bien du cosmos, pourquoi pas des villes?

Je repensais à un bouquin d’Annick de Souzenelle potassé il y a quelques mois. Des correspondances qui font sens, maintenant que je les rassemble en un tout cohérent.

Il existe deux monde: le monde physique, celui qu’on peut percevoir avec nos cinq sens, et le monde non-manifesté (ou monde du rêve chez les aborigène d’australie, monde Noir ou monde des Esprits chez les Tsaatan, monde de la réalité non manifestée chez les hindous, le Te Kore ou monde de toutes les potentialités chez les maoris). Les deux sont en lien permanent , chaque chose dans le monde physique est sensée avoir son équivalent dans l’autre monde. Les corps, les bâtiments, les plantes, les pays.

Le non-manifesté donne du sens au monde physique, et le monde physique donne du corps au non manifesté. C’est comme un système de vases communicants;  l’énergie passe en permanence par ces Axis mundis plus ou moins grands créés par le canal qui relie l’objet physique à sa réalité intangible. Et si ce lien n’existe plus, ou est brisé, ou bloqué, et que l’énergie ne circule plus entre les deux, chacun finit par dépérir dans son coin, et si celui-ci n’est pas réparé, il y a dissolution.

 

On peut recréer ces liens par la symbolique, par la musique, par la visualisation, par la couleur; par l’imagination qui fait le lien entre l’expérience des sens et le monde intangible.

“In the universe, there are things that are known, and things that are unknown, and in between, there are doors.”

William Blake

Le corps humain, la façon dont il se place dans l’espace, sa danse, son chant, tout est prétexte à servir de Porte vers ce deuxième monde. L’homme à la capacité de lier, et de créer ces portes, de faire passer toutes ces choses qui viennent de cet autre monde dans le monde tangible. Les animaux, les plantes, mêmes les pierres, sont reliées instinctivement à cette autre « eux » non manifesté; on les appelle Esprits, c’est avec eux que les chamans conversent. Mais si l’on perd de vue le Sens et l’harmonie, on ferme les portes, et on aboutit à des créations absurdes. L’homme est celui qui doit réapprendre à ouvrir toutes ces portes et à servir de relais.

C’est quelque chose qu’on sait tous, instinctivement. Les cartes énergétiques des villes en sont un bon exemple. En vertical, on peut percevoir des relais; des clochers qui servent de colonne, d’antenne qui fait passer l’énergie d’un monde à l’autre. On voit les murs, qui comme la peau se chargent de protéger chaque structure vivante des agressions extérieures, et les « sas » qui exercent un contrôle sur l’échange avec le monde du dehors. En horizontal; on peut voir les artères-routes qui font circuler les globules d’un organe à l’autre, les fleuves et points d’eaux qui apportent l’oxygène et qui se chargent d’évacuer l’énergie.

On peut également étendre le concept aux forêts; aux montagnes, à la mer. Rien n’est placé de manière chaotique, il y a toujours les pistes-artères créées par les animaux qui passent d’un point d’eau à un endroit ou la nourriture se concentre, il y a ces axis mundis portés par les arbres gigantesques, il y a la peau formée par le couvert des arbres et les branches-capillaires, et feuilles-alvéoles; on pourrait même se demander si la terre, et même l’espace qui nous entoure ne possède pas sa propre structure.

 

Mais d’abord, je vous laisse juste regarder ce qui se passe dans votre jardin.

 

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Art: Jérémy Bastian

 

 

 

 

Retour à l’intimité

We took a walk to the summit at night, you and I
To burn a hole in the old grip of the familiar, you and I
And the dark was opening wide, do or die
Under a mask of a million ruling eyes

Agnes Obel, Familiar
J’ai appris ces derniers temps à revenir à l’intimité. Revenir  à soi même, refermer les portes et laisser le silence et l’espace se faire au milieu du tumulte.
On ne peut pas créer sans espace. La musique est faite de silence, le dessin est fait d’espaces vierges, la nuit est remplie de vide et le vent se créé parce qu’il y a des dépressions entre les espaces. La circulation ne peut se faire que parce qu’un endroit est vide, et que l’autre est plein. Si tout est plein, on en arrive à l’asphyxie, à la saturation.
Internet est saturation. Saturation d’informations, d’idées, de concepts, d’avis, de morceaux de vies plus ou moins répétés, réorganisés, dupliqués à l’infini jusqu’à n’être plus que l’ombre d’eux même.  On se gave jusqu’à exploser de tout ça, par peur du vide. Mais qu’est ce que cela créé? La fin de la diversité. La fin de l’individualité. L’aplanissement des vagues. La création, l’inventivité meurt de s’être trop gavée. On meurt  , asphyxiés par ce cocon de sécurité sensé nous protéger du vide entre les étoiles.
Mais ce vide, c’est nous aussi. C’est la condition pour l’attraction. On se doit de retrouver ce vide, cet espace en nous même. Pour respirer à plein poumons l’air nouveau qui rentrera et fera exploser de joie chacune de nos alvéoles.
Ca m’a mit longtemps avant de retrouver ce vide. Déjà, se déconnecter de facebook m’a fait un bien fou. Je n’ai pas de smartphone et me débrouille à l’ancienne, avec des cartes ou à l’instinct lorsque je dois retrouver mon chemin. Quand je donne un rendez vous, je m’arrange pour y être à l’heure et à l’endroit donné: le fait de prévoir te donne des points d’accroche dans le monde réel, des points de rencontre et de mouvement. J’ai refait face à ce vide, frustrée comme je l’étais de sentir que justement rien ne venait. Rien en création.L’impression de plus pouvoir se connecter à ce flux d’information qui s’organise et qui passe par toi lorsque tu créé. Certains l’appelleront la noosphère; cette noosphère qui à du bien s’appauvrir du fait de l’absence de différenciation.
La diversité créé le mouvement, comme dans un écosystème; c’est cette diversité qui permet de former un tout riche et qui donne une raison d’être à tout ce qui la compose. La diversité ne peut être atteinte que par la séparation. Séparation, et désir de réunion créent ces manques que l’on cherche à combler, créent l’individualité, créent les désirs qui façonnent le monde. Créent l’espoir, les peurs, la colère, la joie de revoir un ami que l’on avait pas vu depuis une éternité. La nuit créé le désir de la lumière, le froid celui du chaud, et inversement.
Et que fait on? Internet à comblé tous nos désirs: désirs de réunion, désirs de compréhension d’autrui: on a l’impression d’avoir un espace ou l’on peut enfin dire tout ce qu’on est et ce qu’on pense, tout ce qu’on rêve, tout ce qu’on a sur le coeur.
Enfin c’est ce que l’on croit; car l’aspect pervers de tout ça, c’est qu’on se fait imprimer, compresser, aplatir par ce poids d’infos qui nous façonne , et que l’on ne s’en aperçoit pas maintenant. Nous sommes rendus à cet état de flegme qui nous ferait accepter a peut près n’importe quoi. Malgré toute l’illusion de fusion que nous promet internet, rien de tout ce que nous ne pourrons jamais écrire sur nous, partager, échanger ne sera assez pour nous définir et nous représenter dans toute notre complexité. Big Brother? Non, plutôt la tyrannie du plaisir et du gavage en série.
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Je n’ai pas l’intention de me lancer dans une bataille contre tout ça. Je pense plutôt qu’il est important de responsabiliser chacun par rapport à sa propre prise en charge, d’aider chacun à retourner à son propre vide et à lever les barrières pour se laisser assez de place pour descendre en lui même, et se retrouver.
Balance.
Repetition.
Composition.
Mirrors.

Most of all, the world is a place where parts of wholes are described
within an overarching paradigm of clarity and accuracy.
The context in which makes possible an underlying
sense of the way it all fits together,
despite our collective tendency not to conceive of it as such.

But then again, the world without end is a place where souls are combined,
but with an overbearing feeling of disparity, disorderliness.
To ignore it is impossible without getting oneself into all of kinds of trouble,
despite one’s best intentions to not get entangled with it so much.

The books; smells like content.

Les 82 commandements d’Alejandro Jodorowsky

Plus je m’intéresse au travail de ce bonhomme, et plus il me plaît. C’est le genre de personnalité complètement barrée, un génie et un illuminé dans le meilleur sens du terme, le genre de personne qui t’oblige a réfléchir plus loin que toi même et te sors des cases où tu te cachais sans le vouloir. Habitudes, facilité, absorption dans ce maeltrom géant de l’Ogre communication, on se retrouve vite fait à s’encrouter et à tomber dans la redite.

Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de lui, il a coécrit avec Moebius la bande dessinée Arzach, il a été aussi l’auteur de la Montagne sacrée , il est également connu pour son interprétation géniale du tarot et sa restauration de la version originale avec Camoin (restauration controversée s’il en est , mais que j’aime beaucoup car elle est pleine de sens) ,il est aussi connu pour son projet d’adaptation en film du roman de SF Dune, qui, s’il avait reçu les financements, aurait vu dans son générique des noms gigantesques tels que Moebius, Mick Jagger, Orson Welles ou encore Dali, aussi incroyable que cela puisse paraître.

Il a également écrit 82 commandements  que voici:
1) Reporte ton attention sur toi-même. Sois conscient à chaque instant de tout ce que tu penses, sens ; ressens, désire, et fais.
2) Finis toujours ce que tu as commencé.
3) Fais de ton mieux dans tout ce que tu effectues.
4) Ne t’attaches à rien qui puisse te détruire sur la course du temps.
5) Développe ta générosité, mais fais le secrètement.
6)Traite chaque personne comme si elle était l’un de tes proches.
7) Organise ce que tu as désorganisé.
8 ) Apprends à recevoir, et donne des remerciements pour chaque cadeau que tu reçois.
9) N’essaye pas de te définir.
10) Ne mens pas ni ne vole, car tu te mens et tu te vole à toi même.
11) Aide ton voisin, mais ne le rend pas dépendant.
12) N’encourage pas les autres à t’imiter.
13) Donnes toi des objectifs de travail et accomplis les.
14) Ne prends pas trop de place.
15) Ne fais pas de sons ou de mouvements inutiles.
16) Si tu n’a pas la foi, prétends le.
17) Ne te laisse pas impressionner par les fortes personnalités
18) Ne regarde rien ni personne comme t’appartenant.
19) Partage équitablement.
20) Ne séduis pas.
21) Mange et dors uniquement selon tes besoins
22) Ne parle pas de tes problèmes personnels
23) N’exprime aucun jugement ou critique alors que tu es ignorant de la plupart des facteurs qui entrent en jeu
24) N’établis pas d’amitiés inutiles
25) Ne suis pas la mode
26) Ne te vends pas
27) Respecte les contrats que tu as signés
28)Sois à l’heure
29) N’envie pas la chance ou le succès de quelqu’un.
30) N’en dis pas plus que ce qui est nécessaire.
31) Ne pense pas aux profits que ton travail pourrait engendrer.
32) Ne menace jamais personne.
33) Tiens tes promesses
34) Dans toute situation, apprend à te mettre à la place de l’autre.
35) Admet que des gens puissent t’être supérieurs.
36) N’élimine pas, transmute.
37) Conquiert tes peurs, car chacune d’elle représente un désir camouflé.
38) Aide les autres à s’aider eux-même.
39) Conquiert tes aversions et rapproche-toi de ceux qui t’inspirent du rejet.
40) Ne réagis pas à ce que les gens disent sur toi, qu’il s’agisse de louanges ou blâmes.
41)Transforme ta fierté en dignité.
42) Transforme ta colère en créativité.
43) Transforme ta cupidité en respect pour la beauté.
44) Transforme ta jalousie en admiration pour les talents d’autrui.
45) Transforme ta haine en charité.
46) Ne loue pas les gens, ne les insultes pas non plus.
47) Pose un regard sur ce qui ne t’appartient pas comme si cela t’appartenait.
48) Ne te plains pas.
49) Développe ton imagination.
50) Ne donne jamais d’ordres pour la simple satisfaction d’être obéit.
51) Paye pour les services qu’on te rend.
52) Ne fais pas de prosélytisme sur tes idées ou ton travail (se faire du fric dessus, quoi)
53) Ne force pas autrui à ressentir des émotions envers toi comme la pitié, l’admiration, la sympathie ou la complicité.
54) N’essaye pas de te distinguer avec ton apparence.
55) Ne contredis pas, à la place, reste silencieux.
56) Ne contracte pas de dettes, acquitte les et paye les immédiatement.
57)Si tu offenses quelqu’un, demande lui pardon, si tu l’as offensé publiquement, demande lui pardon publiquement.
58) Si tu réalise que l’une de tes paroles à été mal interprétée, ne persiste pas dans l’erreur et dans la fierté mais rétracte toi.
59) Ne défends jamais tes vieilles idées sous prétexte que tu en es l’auteur.
60) Ne garde pas d’objets inutiles.
61) Ne te fais pas mousser avec des idées trop exotiques.
62) N’aie pas de photo de toi en compagnie de stars (celle ci me fait bien rire)
63) Ne te justifie auprès de personne, et prends conseil auprès de toi-même.
64) Ne te définis jamais en fonction de ce que tu possèdes.
65) Ne parle pas de toi même sans considérer que tu pourrais changer.
66) Accepte que rien ne t’appartienne.
67) Quand quelqu’un te demande ton opinion sur quelque chose ou quelqu’un, parle uniquement de ses qualités.
68) Si tu tombes malade, regarde la maladie comme étant ton professeur.
69) Regarde les choses en face, ne te cache pas.
70) N’oublie pas les morts, mais accorde leur une place limitée et ne les laisse pas s’immiscer dans ta vie .
71) Partout où tu vivra, garde toi une place que tu dédicacera au sacré.
72) Lorsque tu rends un service, arrange toi pour qu’il passe inaperçu.
73) Si tu décide de travailler pour autrui, fais le avec plaisir.
74) Si tu hésite entre faire quelque chose et ne pas le faire, prend le risque de le faire.
75) N’essaye pas d’être tout pour ton conjoint. Accepte qu’il y aie des choses que tu ne peux pas lui donner mais que les autres peuvent.
76) Quand quelqu’un parle à une audience attentive, ne le contredis pas en lui volant son auditoire.
77) Vis de l’argent que tu as gagné.
78) Ne te vantes pas de tes aventures amoureuses.
79) Ne glorifie pas tes faiblesses.
80) Ne va pas voir quelqu’un juste pour passer le temps.
81) Obtiens des choses juste pour pouvoir les partager.
82) Si tu médites et qu’un démon apparaît, invites le à méditer avec toi. (j’aime particulièrement cette dernière)

 

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Ce grand chien noir

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Bosser sur le karma , c’est toujours une sacré paire de manches. Un peu comme récurer des toilettes publiques avec une brosse à dents , et sans gants. Tu plonges dans la merde , la tienne, et tu essaye de comprendre.

En général, ça ne vient pas par hasard. Je ne suis pas du genre à croire au Karma. Pour moi, c’était un truc de faibles, le genre d’excuses qu’on se donne pour éviter de prendre en main sa propre vie et mettre sur le dos d’une éventuelle vie passée , c’est courber l’échine devant le « destin », c’est s’enfermer tout seul dans des croyances qui conditionnent ton comportement et te font tourner dans un cercle vicieux d’auto-flagellation, et de fatalisme.(-> « si il m’arrive toutes ces merdes, c’est parce qu’il faut que paye »)

M’enfin. Le fait est qu’on se prend une baffe, deux, trois, et même dix, toujours sur le même schéma, et qu’on fini par se dire qu’il y a quand même un soucis ou que l’univers se fout franchement de notre gueule. Mais qu’est ce que j’ai pas compris là dedans? Suis-je conditionnée au point de ne pouvoir sortir du bocal et de devoir tourner en rond pour l’éternité? Et si la mort ne délivre même pas de ces conneries, si on doit se les trainer encore sur plusieurs existences, on fait quoi? Et c’est quoi le but de tout ça? Qui juge l’âme, qui se permet de classer ses actions comme « bonnes », ou « mauvaises » et d’y coller son lot de châtiments ou récompenses pour la vie future?

Je ne suis pas le genre à courber l’échine. Quand je prends une baffe, j’ai tendance à crier ma haine au monde entier et à l’univers à qui je fais un énorme feuque tel batman qui envoie son signal sur les nuages, et je me relève aussi sec sans prendre le temps de pleurer ni montrer que j’en ai bavé. Parce qu’à chaque fois que je m’étais laissée à m’épancher sur mes malheurs, je n’avais rencontré qu’un mur d’incompréhension; au mieux un haussement d’épaules.

Et c’est pour cela que la chose la plus difficile pour moi à été de déposer les armes.

De pleurer. Laisser couler. Expirer. Accepter de n’avoir plus aucun contrôle, sur moi, sur les autres , sur mon destin. Laisser couler le sang , le mien, celui de ceux que j’ai blessé. Laisser le sang et les larmes imbiber la terre et la nourrir, laisser la pluie et le feu laver les plaies et se permettre , enfin, d’aimer.

Quand les murs s’effondrent, que tu te retrouves , là, vulnérable, face à toi même et à l’autre, que tu ne sais pas ce qui va se passer mais que tu décides de faire le choix de donner, quelques en soient les conséquences. Tu n’a aucune idée de ce que te réserve l’avenir, et c’est justement là qu’est la grâce. Ca n’est que lorsque tu lâches totalement prise que tu peux te permettre enfin de déconstruire les schémas foireux. Les expériences, le karma, sont tout autant de systèmes qui conditionnent notre manière de faire. Comment? Par la projection. Par l’anticipation. Par la mémoire. Tu te rappelles d’un évènement, tu va avoir tendance à te projeter d’une certaine manière sur ton avenir ou sur une relation, et cela va conditionner tes pensées et tes actions. Qui vont du coup te faire retomber dans les mêmes pièges, encore et encore. Surtout si tu essayes de les éviter à tout prix, alors là tu es sure de retomber aussi sec dedans.

L’amour ne doit pas être retenu. Tu dois donner et accepter de relâcher pour que les choses te reviennent, disait Alan Watts. Si tu retiens ta respiration et tu n’expires pas dans une volonté de garder tout ce qui t’appartiens, l’univers se chargera de te les enlever par des méthodes pas toujours très catholiques (de toute façon l’univers s’en fout de dieu, il n’est pas « bon » ni « mauvais », et s’en tape de tes états d’âme)  . Il se chargera de faire le ménage si tu ne le fais pas. Il te prendra de force si tu refuse de donner, pour faire circuler l’énergie dans ce grand organisme dont nous ne sommes que de petites cellules. Et la simple manière de retrouver son pouvoir, c’est d’accepter de donner sans mesure, chacun en accord avec ce que nous sommes.

Faut juste qu’on arrête de se mettre en travers de notre propre chemin, disait toujours Alan Watts (en période d’introspection ou lorsque j’ai un gros problème dans ma vie, je me réécoute ses conférences et ça me remet sur le droit chemin en plus de me faire rire). Et pour cela, faut juste qu’on arrête de vouloir être à tout prix « mieux ». Dans une société où l’on subit en permanence la pression du jugement d’autrui auquel on répond par un jugement sur autrui, on ne peut pas s’empêcher de vouloir à tout prix être meilleur. Harder, better , faster, stronger. Plus vite, plus haut, plus loin. Sauf qu’on se brise, à poursuivre un idéal qui ne nous correspond pas et qui est forgé par la société. Alors que si tu acceptes simplement ce que tu es, en regardant ce que tu estimes être des « défauts » et des « qualités » (car tout est relatif, selon le point de vue, tel défaut peut apparaître comme une qualité dans une circonstance différente, et vice-versa), tu entres en harmonie avec toi même, tu accepte de laisser les choses couler en accord avec ce qui t’entoure pour les canaliser de la façon la plus claire possible.

Après quelques suspicions à propos de ce fameux Karma, l’impression d’avoir un sinitros en permanence sur mes talons ou d’être marqué par un sceau maudit durant ma jeunesse, je me suis enfin décidée à regarder les choses en face et à demander de l’aide. J’ai demandé quelques tirages. Les deux ont tourné autour de la suite de pentacle: l’argent, le matériel, les possessions. Beaucoup d’épées aussi. Il faut croire que je ne manquais pas de fric  dans une vie antérieure. Ma mère avait été voir un mec qui nettoyait les karmas un peu trop tordus. Il lui avait dit « oulah, votre fille, faudrait qu’elle vienne me voir. C’était un vrai tyran dans une vie antérieure, elle va morfler là. »

Je serais incapable de savoir vraiment ce qui s’est passé. Est ce que j’étais une marâtre comme dans cendrillon, dirigeant la famille d’une poigne de fer, coeur de pierre détestable et honni de sa descendance, à tel point que celle-ci se retourna contre elle?

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Même Javotte pouvait pas m’encadrer, si ça se trouve.

tywin-lannister

Salut. Je suis un enculé, mais c’est pour ton bien.

Ai-je plongé dans les affaires les plus louches jusqu’à planter le couteau dans le dos de mes collaborateurs, subit un mariage arrangé et pris la charge d’une famille que je n’aimais pas? Eté un putain de contrôle freak pour me venger de mon manque de liberté?

10swords

Une autre jolie carte apparue pour résumer un évènement d’une vie passée. hmmm du sang encore.

Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est qu’il n’est nullement question ici de punition divine. C’est l’âme qui choisit toute seule son chemin. Et la mienne à choisit d’effacer l’ardoise, de recommencer de zéro. En lâchant tout ce que j’ai retenu jusqu’ici, tout ce que j’ai refusé de donner , en acceptant de ne rien contrôler, en brisant les lignes de vie à chaque fois que ma volonté de contrôle reprenait le dessus. Jusqu’à ce que je comprenne que personne ne m’appartient, rien ne m’appartient, et que je n’appartient à personne. Avec la liberté vient son lot d’expérimentations, ce manque de solidité et de structure qui nous fait douter en permanence de tout. Mais qui nous laisse la possibilité de faire nos propres choix quand à la manière dont on veut se construire.

Et quand je serais prête à repartir sur des bases qui me conviennent, Tigre, voudra-tu bien m’accompagner?

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image: james Jean