Le Chacal

Ca fait maintenant six mois que je chemine avec Anubis. J ‘ai longtemps hésité à en parler, préférant laisser la relation se construire à son rythme, et en parler lorsque j’estimerai ne pas dire (trop) d’âneries sur son compte.

Je ne suis pas douée pour parler des dieux. Un genre de pudeur peut être. Ou une certaine forme de respect, parce que tu as peur d’enfermer et de limiter des entités qui sont beaucoup trop grandes pour toi. C’est étrange, un dieu. Tu  ne peux pas t’empêcher de l’interpréter comme une figure vaguement anthropomorphe, sur laquelle tu colles un bon nombre de caractéristiques physiques, culturelles et historiques, et tu essayes tant bien que mal de recoller les morceaux pour faire un puzzle abstrait qui va former « ta  » vision de la divinité. Et évidemment, l’expérience est différente à tout un chacun. C’est comme un kaléidoscope infini, chacun peut apercevoir une facette mais elle change et se transforme à chaque regard, à chaque expérience.

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Anubis, par Juliette Oberndorfer

Et c’est quoi, « ma » vision kaléidoscope d’Anubis? Quelque chose qui se rapproche un peu de la vision qu’en a Neil Gaiman dans American Gods. Un côté très poli, très respectueux, très à cheval sur tout ce qui est des petites choses qui créent l’espace magique. Un côté très pointilleux à la dexter. Et puis d’un seul coup il devient sauvage, imprévisible, organique . Des tripes, des crocs. Des images et des sensations plus que des mots. La plupart du temps il se pose en observateur, et n’agit que lorsqu’il estime que le moment est venu-que t’es un peu une tanche-que tu franchis des limites à ne pas franchir. Je me rappelle d’un rêve particulièrement marquant. J’étais tentée de parler d’Anubis avec des amis. Et puis finalement non. Un avertissement net, clair et précis. « Je ne suis pas un nouvel Iphone que tu vas brandir devant tes potes pour te la péter » (bon il a pas dit ça en vrai, c’était plus un genre d’image rémanente qui me faisait comprendre que non, c’était pas le genre à aimer qu’on l’étale en public).

On le dit fils de Rê et fils de Nephtys. Ou fils d’Osiris et de Nephtys, bien que je soupçonne cette dernière hypothèse d’être arrivée plus tard dans les cultes égyptiens, pour asseoir le culte de la trinité Osiris/Isis/Horus (pour donner une légitimé à Osiris en tant que dieu des morts). C’est Anubis qui, plusieurs fois, à contrecarré les plans de Seth, qui l’a castré puis sacrifié après qu’il se soit transformé en taureau, puis qu’il l’a tué une deuxième fois et porté sa peau après qu’il se soit transformé en guépard. C’est lui qui prépara la première momification avec le corps d’Osiris. (un sacré taff donc, vu l’état dans lequel était le zouave après qu’ Isis aie couru aux quatre coins de l’Égypte pour en ramasser les bouts…a part le pénis qu’elle n’a pas retrouvé et qu’ils ont donc façonné en glaise)

Un dieu contrasté, donc. C’est celui qui purifie les chairs putréfiées, qui accompagne le processus de décomposition, l’oeuvre au noir, ou nigredo en alchimie, le passage au Sombre avant la transmutation en quelque chose de nouveau. Le noir et l’Or, le juge des morts. Enfin, plutôt que juge, je le penserai plutôt comme un dieu qui « remet les pendules à zéro ». Je suis contre un jugement de valeur qui définit des concepts absolus de bien et de mal; et pour « juger les morts », ça sous tendrai un pouvoir absolu qui appliquerai les mêmes idées de bien et de mal à tous. Je crois plutôt qu’il est question de rejouer la pièce une dernière fois, de faire un compte rendu, de mettre l’âme face à sa vie passée pour qu’elle fasse le tri. Ce qui se passe après la Porte n’est plus de mon ressors, demandez le lui, il a la clef. La croix. La croix d’Ankh, croix de vie, croix de mort.

Faire un bout de route avec le Chacal, c’est apprendre la transformation. Avoir un aperçu de Lois qui régissent l’univers, même si celles ci sont plus l’apanage de son pote Thot, le scribe magicien. C’est ne plus avoir peur de la putréfaction, de la mort et de ses manifestations. Dissoudre le vieux, l’usé, ce qui n’a plus de cohésion parce qu’aucune force de vie de ne maintient plus ensemble, ça va d’un être de chair et d’os, en passant par l’atome, par la feuille morte et par des choses plus abstraite comme les relations.

C’est aussi apprendre à purifier son espace magique. Apprendre à utiliser le sel, les huiles, les plantes aromatiques. Apprendre aussi à coaguler en soi même. Se solidifier, assumer ses prises de positions et ses arguments, assumer sa  bizarrerie sans l’imposer aux autres, et arriver à placer une limite claire pour que les autres ne deviennent pas envahissants, et que tu puisses tout de même communiquer avec le restant de l’espèce humaine: le but n’est pas de s’isoler, mais d’arriver à garder une certaine indépendance , une certaine liberté, et d’avoir la force de l’assumer sans se sentir persécuté, ni mis de côté. Avec Anubis, tu agis, tu fais les choses parce que c’est toi et que tu dois, que tu as envie de les faire. Tu n’attends pas l’approbation des autres. Tu fais, tu traces ton chemin, et tu ne l’imposes pas aux autres pour justifier ta(tes) pratiques. Tu apprends que chacun est différent, et tu la cultives en fonction de ce qui est bien pour toi. Que chacun possède des affinités, des forces et des faiblesses différentes; tu n’essayes pas de les cacher pour les uniformiser. Tu apprends la richesse de la diversité, tu apprends que certaines choses qui fonctionnent pour toi ne fonctionnent pas pour les autres; tu apprends le respect, et l’humilité.

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