Voyages

Me revoici de retour sur les vertes terres de l’Irlande; après une année de remise en questions–à propos de mon taff, de ma façon de vivre,ma façon de consommer, un an d’égarement–, de douleur mais aussi de moments de pur bonheur, perchée pendant deux semaines  dans les hauteurs de l’Isère en mettant les mains dans la gadoue pour aider un parfait inconnu a réaliser une éco-construction, à apprendre du vent qui souffle , des planches de mélèze et de la scie sauteuse, à apprendre de la paille et du feu, de la rivière et de la pluie qui te dégouline sur tes pieds pendant que tu te tapes un sprint sous l’orage.

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Peinture: david inshaw

 

Je pensais que je pouvais vivre mon indépendance, mais changer totalement de vie, de cercle social et de région s’est avéré plus difficile que prévu. Les gens me manquaient, et j’avais sans cesse l’impression de n’en avoir …jamais assez. De ne jamais trouver le compromis parfait entre une vie libre et mon besoin de connexion humaine. Peut on vraiment réécrire son existence, sans prendre en compte ce qui nous a forgé, notre expérience accumulée?

Il est certes plus facile de surfer sur la vague des acquis. De ne pas soudainement couper la corde de la vie comme ce que j’ai pu faire, mais de travailler à une transition plus douce. D’avoir des gens sur qui ont peut compter, même si le travail doit venir avant tout de nous. On a rien sans rien. Les rêves demandent du travail, de la persistance, ainsi qu’une bonne dose d’instinct pour être réalisés. Il faut croire en nos rêves. Sinon la vie devient fade. On a tendance à se persuader qu’on ne peut pas réaliser ceci,ou cela, parce que ça nous coute trop d’énergie. Ou que la société nous a persuadé que c’était dangereux. Pour notre vie sociale, pour notre sécurité.

L’erreur, c’est de courber la tête, comme un vieil étalon fourbu. Les rêves demandent du sang, des larmes et de la sueur pour être réalisés. Mais si tu es assez habile pour « sentir » quand le vent tourne, quand agir et quand attendre, quand investir, quand travailler et te reposer , tu ne te bats pas tout seul, mais tu as le flux de la vie tout entier avec toi. Tu es sur un gigantesque fleuve, si tu rames à contre-courant, tu finis épuisé. Si tu te laisses dériver, tu atteins bientôt le rivage de ta mort avec le fatalisme d’une huître, en croyant que se soumettre aux flots est la seule option. Mais si tu écoutes les courants, que tu les observe, que tu pagaie avec parcimonie en les prenant à ton avantage pour diriger là ou tu veux mais sans lutter, là tu as tout compris à la vie.

Il faut avoir confiance; aussi. Pas le genre de confiance béate, où tu attends que tout te tombe tout cuit dans le bec, mais le genre de confiance active, ou tu fais ce que tu dois faire, et tu sais que ça ira dans ton sens. La fameuse intuition, encore.  Celle que tu entends parfois te dire « MAIS TA GUEULE! » lorsque tu t’apprêtais à ouvrir ta moule pour dire une ânerie , et que tu n’écoute pas , pour le regretter trois secondes plus tard . Celle qui te permet de savoir quand un ami a besoin de toi, quand entrer dans quelle boutique pour y trouver un truc que tu cherchais depuis des lustres,celle qui te mène à des endroits impromptus dans la forêt pour s’y délecter de quelques moments de paix.

Ou celle, encore, qui te fait rencontrer les personnes dont tu avais besoin. Ce petit sourire intérieur que tu as quand tu les rencontres pour la première fois et que tu sais qu’elles font partie de la même tranche d’humanoïdes délicieusement perchés. Et ce sourire qui s’élargit et devient un sourire plein de dents emprunté au chat du Cheshire lorsque tu l’entends parler de chamanisme, du musée du quai Branly, de mythologie comparée et d’intuition. L’approche anthropologique du paîen qui tente de garder encore un semblant de protection sociale et qui teste en même temps ta propre folie douce. Et là, tu sais que tu va avoir de longues conversations au coin d’une tisane, que tu vas pouvoir enfin baisser un peu plus ces barrières du socialement correct et te permettre d’aller un peu plus loin dans l’expérimentation et la confrontation de points de vues.

Tu te retrouves à faire des petits tests. Tu l’emmène se balader de l’autre côté de la rivière, là où tu as l’impression de te faire souvent suivre par un truc non identifié sans lui dire le lieu exact(difficile de les identifier , souvent. Pour ma part j’ai trop peu de connaissances pour me permettre de les foutre dans des cases, alors j’y renonce et je m’attelle simplement à essayer de communiquer et de résoudre le problème, si problème il y a) ; puis tu guettes sa réaction, et lorsque tu la vois s’arrêter pile au même endroit puis jeter un léger « ah mais y’a effectivement un truc là! » , tu rigoles intérieurement.

Ou de se pointer un soir , et de te dire »p’tain y’a un endroit dans la forêt ma fille, mais c’est violent! Y’a une hostilité de fifou! C’est la première fois que je délègue, mais apparemment c’est à toi d’y aller ».

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Illu: Mai-cool

Et tu te retrouves à te cailler les miches, seule au milieu de la forêt avec la nuit qui tombe, avec un monticule qui ressemble a une tombe fraichement creusée , une énergie qui semble couler le long du chemin tracé entre les arbres, et cette espèce d’électricité ambiante qui te donne des frissons , comme celle que tu peux ressentir lorsque tu te retrouves au milieu d’une conversation tendue, ou que tu te retrouves à côté de quelqu’un qui transpire la peur et le stress, une peur de la douleur et un genre de colère fossilisée dans les arbres aux alentours.

 

Bon. C’est bien gentil, mais qu’est ce que je vais bien pouvoir faire, moi! Résoudre un problème énergétique, c’est de l’impro permanente (en tout cas pour moi) . Ça demande tout un tas de tâtonnements, c’est un peu comme avec l’impro en cuisine: tu connais les bases parce que tu as déjà fabriqué des cakes au yaourt, mais si tu dois faire avec ce que tu as dans le placard et que ça marche, il faut faire preuve d’un peu d’imagination. Alors tu testes. Tu rates. Tu « sens » quand quelque chose commence à marcher. Tu t’impatientes et tu as envie de te barrer pour la 15ème fois, mais les runes te disent de rester et de continuer ton taff.

Tu rentres chez toi tout en sachant que tu es loin d’avoir fini. Tu as la confirmation de ton associée-dissociée que c’est « un peu moins pire ». Bon.

C’est déjà ça.

 

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