La femme et le regard

Je vous préviens de suite, cet article sera loin d’être structuré, ni argumenté comme une copie de bac de philo. Pas de citations d’auteur, ni de réflexion construite et murement réfléchie. J’ai juste besoin de griffonner durement quelque chose qui me reste coincé dans les tripes. Ce rugissement inexprimable qui te gratte la glotte et qui reste coincé comme une boule de poil si tu ne l’expulse pas.

Voilà. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui va de travers entre les mecs et les filles aujourd’hui. On ne sait plus comment se regarder, ni comment s’aimer. Je ne dirais pas se comprendre, parce que ça n’arrivera jamais. Le vieux mythe des deux êtres si proches qu’ils ne font plus qu’un est définitivement de l’ordre de l’utopie, et c’est pour le mieux. Il doit rester une part d’ombre, une part de mystère, une zone de brume entre deux êtres. Car c’est c’est même zone d’ombre qui nous fait aimer l’autre, pour son altérité. Parce qu’il n’est pas nous, et que par là même est tout son intérêt.

Beaute-kerascoet-hubert2

Beauté,une bd de Kerascoet. Une histoire marrante et trashos d’une fille très très moche qui se fait donner la beauté par une fée maléfique.  Et c’est là que commencent toutes les emmerdes.

Mais quoi alors? Voilà. Je ne comprends pas ces débats sans fin sur l’industrie Hollywoodienne qui sexualise à outrance les femmes, sur ce relevé de compteur de toutes les fautes commises par la pub, par la société, par les salauds qui nous harcèlent, par les médecins qui croient connaître notre corps mieux que nous et nous brutalisent, que ça soit pour l’enfantement, pour la contraception ou tout autre atteinte à notre intimité.

Certes. Nous avons souffert. Certes. Des gosses sont mariées à 8 ans en Inde avec des vieux dégueulasses.  Certes. Des femmes se font traiter comme des parias parce qu’elles ont choisies l’avortement. Les dommages sont infinis, et innombrables.

 

Mais pourquoi? Pourquoi nous sentons donc obligées de réagir comme des chiennes battues, comme des lapins apeurés, marquées par des violences que l’on a pas forcément subies mais qu’on a lues, vues, entendues  de proches ou d’illustres inconnues que l’on a connues qu’à travers le filtre de l’écran? On fini par prendre sur soi et considérer siennes des souffrances qui ne sont pas les nôtres. Devoir de solidarité ? Non. Besoin malsain d’entretenir des blessures très anciennes, comme une compulsion de nous faire saigner, encore, encore et encore juste pour montrer à l’autre l’étendue de nos cicatrices et nous faire plaindre. « tu vois? Comme la condition de la femme est pourrie aujourd’hui? Tu vois a quel point on souffre d’être des femmes, tu vois en quoi les hommes sont des salauds? Ce que la société nous a fait? »

Que le mal soit fait ou pas, là n’est pas la question. On vaut mieux que de rester dans cet état d’animal traumatisé, apeurées dès que quelqu’un approche une main pour nous caresser ou pour soigner nos blessures. On est pas obligées de mordre tout ce qui passe. Les morsures doivent se garder pour les cas extrêmes. Etre gentil ne veut pas dire être naif. Lorsqu’il faut se défendre , il faut y aller franco. Un connard qui me palpe dans le métro va se prendre ma main dans sa tronche, et si quelqu’un touche à une amie, je ne donne pas cher de sa peau.

Mais souvent , on en a pas besoin d’en arriver là. J’ai la chance de ne pas me faire emmerder très souvent dans la rue, je sais pas si c’est parce que je suis moche, (soyons objectif, je suis dans la moyenne. Pas une beauté fatale mais pas un thon non plus), je pencherais pour le fait que je réagisse toujours avec une sympathie bonhomme aux interjections plus ou moins bien placées, en les renvoyant gentiment, sans agressivité du moment que ça reste relativement poli.

Mes relations ont souvent foirées lamentablement, jusqu’à que je me rendre compte que je passais mon temps à reproduire le même schéma, faire saigner encore et toujours la même vieille blessure d’abandon, (quand tu n’as pas reçu l’amour ni l’affection de tes parents , tu as tendance à tomber amoureuse de gens qui ne t’aiment pas , et tu espère résoudre ce lamentable dilemme en s’esquintant à tout donner à l’autre pour qu’il t’aime en retour–chose qui bien évidemment ne risque pas de marcher mais t’épuise en vain).

J’ai décidé de me poser, d’arrêter de chercher l’amour. D’arrêter de prier pour que l’autre me panse mes blessures d’ego, toutes ces choses qui venaient de si loin et qui me faisaient grincer le coeur . J’ai regardé toutes ces vieilles blessures , certaines infectées et purulentes, et je me suis décidée à les panser, à leur donner du temps et de l’affection. Et j’ai décidé de m’habiller comme il me plait. Qu’on me trouve « baisable », qu’on aie envie de moi, bah en fait ça ne me déplait pas. C’est nier toute notre animalité que d’en  vouloir aux hommes parce qu’ils pourraient avoir envie de nous . C’est nier que nous sommes sexués, que faire l’amour est une joie quand cela nait d’un consentement mutuel. Que c’est la vie. « et si on finit par te violer parce que tu as porté une mini jupe ? » Et bien ça arrivera. Je ne suis pas responsable des travers de la société, pas plus du regard que les gens posent sur moi, ni du manque de contrôle que certains ont sur leur entrejambe. Et je ne vais certainement pas changer mes habitudes vestimentaires par peur d’une minorité un peu plus couillonne que les autres.J’aime a penser que certains hommes savent ce qu’est l’écoute et le respect.

 

En fait, je suis une sacré feignasse. Et si j’ai arrêté d’appuyer là ou ça fait mal, c’est tout simplement parce que rager, pleurer et hair le monde entier ou moi même, ça me prend beaucoup trop d’énergie. En vouloir à autrui pour ce qu’il t’a fait, ça épuise. J’ai laissé tomber. Le monde rugit déjà bien assez pour que je rajoute mon grondement avec. Parce que pour l’instant c’est rugir avec le vent et entretenir la clameur qui sourd par les pores du monde entier. Une rage insensée et aveugle, qui balaye le bon sens et l’attention au monde.

Tu crois que tu es sur le bon chemin parce que tu saignes avec toutes victimes des atrocités du monde? Je crois que tu saignes parce que tu aimes ça. Gardes ton rugissement pour quand tu en aura vraiment besoin.

morgane-portrait

Morgane, de Simon Kansara et Stephane Fert

 

 […]Violence upon the roads: violence of horses;
Some few have handsome riders, are garlanded
On delicate sensitive ear or tossing mane,
But wearied running round and round in their courses
All break and vanish, and evil gathers head:
Herodias’ daughters have returned again,
A sudden blast of dusty wind and after
Thunder of feet, tumult of images,
Their purpose in the labyrinth of the wind;
And should some crazy hand dare touch a daughter
All turn with amorous cries, or angry cries,
According to the wind, for all are blind.
But now wind drops, dust settles; thereupon
There lurches past, his great eyes without thought
Under the shadow of stupid straw-pale locks,
That insolent fiend Robert Artisson
To whom the love-lorn Lady Kyteler brought
Bronzed peacock feathers, red combs of her cocks. .

Nineteen hundred and Nineteen, W.B. Yeats

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