La mutation

Me revoici deux semaines après être passée sur le billard. Et ça va plutôt bien, avec le feu qui est revenu. Cela faisait deux semaines que j’étais incapable d’allumer une bougie. Pas que j’étais trop faible pour gratter une allumette, mais juste une répulsion pure et simple pour tout ce qui brûle. J’ai simplement travaillé avec l’eau, l’eau et encore l’eau. De l’eau de pluie, beaucoup, que j’allais chercher tous les matins pour en remplir les vases de cristal dans ma chambre , après l’avoir fait chanter avec mon bol tibétain. J’allume enfin ma première bougie, pour Dyonisos, avec la première rose rouge du jardin disposée dans un vase .

Mais revenons une semaine en arrière.

D’abord descendre du lit , première épreuve. Pas que je me lève tard, en général les nuits sont courtes, quelques heures au maximum, le restant du temps tu te retournes sans cesse en essayant de trouver la position optimale de ta jambe histoire qu’elle ne te fasse pas trop mal. Trouver des petits trucs , comme caler un coussin au dessous, et ne pas céder à l’envie de prendre des anti-douleurs. Trop d’effets secondaires pour le soulagement que ça t’apporte. Tout comme les anti-inflammatoires que j’ai arrêté au 5 ème jour après l’opération.  Pas très judicieux, me direz vous. Mais c’est ça ou je continue à plonger dans cette espèce de fatigue nauséeuse du corps et de l’esprit, qui en plus d’avoir à gérer la blessure se retrouve obligé d’évacuer tout ce qu’on lui fait ingérer. ha, très drôle ces notices d’utilisations: « possibles gènes respiratoires voir crises d’asthme ». « diminutions des globules blancs et risques de dysfonctionnement du foie ». Tiens donc, je pensais avoir épuisé mon stock de haine , et bin nan. J’en retrouve une bonne dose pour ces saloperies de gélules, dont j’ai l’impression qu’elles retardent plus le processus de guérison qu’elles ne l’accompagnent. Le moto aujourd’hui, c’est d’éviter de souffrir à tout prix. Quitte à te shooter en attendant que ça passe; et c’est valable pour les douleurs physiques comme les douleurs émotionnelles. Une crise d’angoisse? Prends donc ça et rentre dans les rangs, soldat. Et ta gueule surtout. Souris. Sois aimable.

La souffrance fait partie du processus naturel de guérison. Elle indique là ou se trouve le nœud du problème. Elle indique au corps et à l’esprit où il se doit de concentrer toute son attention; elle montre au corps l’endroit où l’on doit prodiguer les soins. Elle réveille. J’ai mal, mais j’ai l’impression d’être vivante, et de participer activement  à la guérison. Je fais preuve de délicatesse et d’attention envers ma jambe , alors que sous analgésiques j’appuie mollement dessus sans aucune considération pour elle.

Et puis, le corps possède des réserves d’énergies insoupçonnées, qui se réveillent en cas d’urgence. Ça faisait longtemps que ça ne m’étais pas arrivée, tiens. Cet afflux qui part des reins, juste du côté de la jambe opérée, puis qui descend dans la cuisse et dans le genou . Des points d’énergie bloqués dans la hanche. Tiens donc, ça correspond à au point d’acupuncture pour traiter les « jambes paralysées! » Décidément, plus rien ne me surprends. L’avantage d’en encaisser pas mal au niveau du corps, c’est que ça te permet de comprendre comment il fonctionne. Tant que tout va bien, on n’y fait pas attention. Dès que ça déconne, et bien pour s’en sortir, il faut comprendre pourquoi et où ça déconne, et du coup comprendre l’entièreté du système, car tout est relié; et un déséquilibre en entraîne souvent un autre.

« Le côté droit, c’est lié à la lignée du père. Le côté gauche, c’est lié à la lignée de la mère » me disait un ami magnétiseur . Mon côté gauche est une décharge: rien ne passe dans le bras gauche et il est le premier à morfler en cas de tensions nerveuses, la jambe gauche est dans cet état présent bien pour une raison. C’est marrant comment résoudre des problèmes physiques peut te mener beaucoup plus loin que ce que tu pensais de prime abord. Plusieurs choses me reviennent. Un bouquin sur Dionysos qui me parlait de la filiation grand-mère/fille, grand-père/fils; comme si la transmission sautait une génération. La sorcière qui enseigne à la petite fille. Mon ami magnétiseur qui possède le talent de son grand père, mais aussi des blocages et blessures diverses au…côté droit. Une amie sorcière qui reçoit son initiation de sa grand mère. Et moi même qui porte le prénom de ma grand-mère; et ses blessures. Dont celle d’avoir été abandonnée par sa propre mère . Les seuls souvenirs que j’ai d’elle, c’est les épines des cactus de sa maison dans mes mains et la voir sur son lit d’hôpital, incapable  de se rappeler du nom de ma mère. Peut on renouer ce qui a été brisé? Peut on retrouver nos racines? La sève de générations qui dorment dans des racines oubliées peut circuler de nouveau, j’en suis persuadée. Il faut juste trouver le moyen de plonger nos mains dans la glaise formée de tous les morts, la glaise germe de vie. L’interminable circulation de bas en haut, de haut en bas. Le don et le sacrifice, et s’abreuver aux sources.

 

J’émerge enfin, avec la sensation d’avoir compris quelque chose d’important. On passe toute notre vie à se métamorphoser, à recomposer les pièces de notre moi malmené pour en rendre d’autres à la terre ou au ciel afin qu’elles aillent nourrir d’autres âmes. Je regagne mon indépendance , physique autant que spirituelle; pouvoir enfin se déplacer, redécouvrir un monde en dehors de chez soi, et reprendre tout doucement du plaisir à ouvrir les yeux sur un nouveau monde.

 

LawrenceAlmaTadema-Among-the-Ruins-1902-04

Lawrence alma tadema

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