Dyonisos, l’errant aux multiples visages

Forcément, moi, quand on me parlait de dyonisos, je m’imaginais ça:

bacchus-disney

Merci Disney pour m’avoir laissé l’impression d’un gentil pochtron qui fricotte avec les nymphes quand il n’est pas trop torché, cachant tant bien que mal son gros nez rouge sous des grappes de raisin et son ventre bedonnant sous sa toge qui reste blanche surement grâce à Mir laine (placement de produit bonjour).

MAIS DIEU MERCI ce cher dyonisos est un dieu bien plus intéressant que ça . C’est un dieu hédoniste certes, mais aussi voyageur, vaguement chaman, très ouvert, sauvage, cultivé et expérimentateur, et avec un rapport avec la mort beaucoup plus proche qu’on ne pourrait le croire de premier abord.

Personnellement, il m’aide beaucoup pour tout ce qui est du travail sur les addictions. Quand j’ai une idée en tête, j’ai tendance à rester focalisée dessus et à vouloir l’atteindre tout de suite, sans prendre le temps de réfléchir à l’origine de ce désir (un manque à combler , souvent au niveau affectif), le syndrome de l’enfant gâté, si vous préférez. Je n’ai aucun recul, aucun temps de latence entre le fait de désirer quelque chose et l’action de l’avoir, et je me décourage très vite si je n’arrive pas à l’avoir.

Ce manque de recul peut conduire aussi à des toc, des désirs compulsifs, de la boulimie, la scarification…On a une sensation de vide qu’on cherche absolument à combler par des moyens extérieurs, et on passe à l’acte en pensant que ça va nous soulager, au lieu de prendre un peu de temps pour se détacher de ces schémas destructeurs et comprendre comment on en est arrivé là.

 

“Les Fremens étaient maîtres en cette qualité que les ancients appellaient « spannungsbogen »–qui était le délai que chacun s’imposait à lui même entre le désir d’avoir quelque chose et le fait de se lancer dans l’action pour l’avoir »
Frank Herbert, Dune

Poser un temps de réflexion et de latence histoire de trouver le bon timing, en détournant les pensées par des moyens divers (respiration, méditation, mantra ou autre) m’aide à me débarrasser de ces empêcheurs de tourner en rond. L’établissement d’une structure et d’un agenda te permet d’établir une routine, qui, curieusement, va te permettre de te libérer de celles qui te bouffent la vie.

Et c’est là qu’intervient ce cher Dyonisos:il me permet de trouver un équilibre entre lâcher du lest lorsque je suis trop dans le contrôle,  me mettre des garde fous lorsque je tombe dans des schémas destructeurs, et puis surtout garder un brin de folie histoire d’éviter de se faire bouffer lentement mais surement par la morosité et l’ennui. Il m’apprend comment créer un cadre pour le rituel, comment choisir le moment, l’espace, le lieu, afin de laisser ensuite libre court à l’énergie; comment travailler sur mon ombre en acceptant tout ce qu’elle implique, sans se laisser submerger par elle. La fameuse assimilation de l’Ombre Jungienne, histoire d’éviter que ça soit elle, la petite coquine, qui nous possède.

Je vous fais un petit résumé de sa vie de bohème, pour ceux que ça intéresse et parce que ça permet de cerner un peu mieux le personnage.

Sa naissance déjà, est plutôt particulière: il est le fils soit de Zeus et d’une mortelle, Seleme, soit de Zeus et de Perséphone (paye des parents déjà!). Cette chère Héra, jalouse comme à son habitude, trouve le moyen de tuer Seleme par moyens détournés; Zeus récupère le foetus et le coud à sa cheville,lui laissant le temps de finir son développement au pied de papa comme un petit hippocampe, puis de naître une deuxième fois.Selon le deuxième mythe, Hera envoie les titans qui dévorent bébé dyonisos, ne laissant que le coeur qu’Athéna récupère; à la suite de quoi Zeus lui rend la vie parce que ça n’est pas un papa si indigne que ça.

Durant sa jeunesse, il fut élevé soit par les nymphes, soit aux enfers par Perséphone, soit par Hermès, soit par le roi Athamos, afin de l’éloigner du courroux de sa femme.  Il découvrit comment extraire le jus de raison, mais Héra le retrouva, et le frappa de folie puis l’envoya s’égarer aux quatre coins du monde. Il se retrouva en Phrygie, où la déesse Cybèle le guérit de sa folie et lui apprit les rites religieux; puis il progressa en Asie où il apprit aux gens comment cultiver le raisin.
Il conquis ainsi de nombreux pays, puis rentra triomphant en Grèce, mais il rencontra malheureusement pas mal de résistance de joyeux conservateurs qui avaient peur qu’il ne soit qu’un casseur comme les autres qui mettrait la république en péril en pervertissant une jeunesse en manque de valeurs (et de vin digne de ce nom)

Il passa pas mal de temps avec Chiron, le centaure médecin et astrologue, qui l’adorait et qui lui enseigna son savoir en échange duquel Dyonisos lui enseigna les rites religieux.

Dionysos riding on a panther. Ca. 120—80 B.C. Delos, House of the Masks.

Il était apparemment très beau, un groupe de pêcheurs le prit même pour un prince, et le séquestrèrent sur l’un de leurs bateaux pour le revendre en esclavage. Dyonisos péta son petit cable, se transforma en lion et lâcha un ours sur le bâteau, tuant tous ceux qui s’en approchaient.

C’est lui qui donna également , à grands regrets en voyant le choix de ce dernier, le pouvoir à Midas de transformer tout ce qu’il touchait en or.

Il descendit plusieurs fois aux enfers, comme lorsqu’il partit chercher l’âme de sa mère, Seleme. Il était guidé par  Prosymnus , qui lui avait demandé en échange du service un petit service sexuel justement, qu’il accepta. Malheureusement, Prosymnus mourut avant que Dyonisos ne put s’acquitter de sa dette, et en échange, il façonna un phallus en bois d’olivier, et fit ce que vous imaginez bien qu’il fit sur la tombe de son cher ami.

Il se tapa pas mal de déesses, comme Aphrodite, Circe et Nyx pour ne citer que les plus célèbres, puis se maria finalement avec Ariadne, la maîtresse des labyrinthes, qui avait été abandonnée sur une île par cette nouille de Thésée.

cortege-dionysus

Ses attributs sont le Taureau, parfois la chèvre, la panthère ou le tigre,la figue, la pomme de pin, la vigne et le lierre. On le retrouve très souvent accompagné de satyres et de centaures.

Plusieurs fêtes lui étaient dédiées: les dyonisiades, où l’on buvait du vin et mangeait du pain, puis mettait en scènes diverses tragédies et comédies, dyonisos était dit y apparaitre vêtu d’un masque et drappé dans une étoffe, et les lénaiades, toujours axées sur les tragédies mais mettant plus l’accent sur la renaissance du jeune dyonisos après sa première mort.

L’un des autres cultes liés à Dyonisos qui demeure une énigme aujourd’hui sont les mystères Dyonisiaques; sortes de fêtes et d’orgies vaguement chamaniques, où on mettait à bas les masques sociétaux pour permettre à l’homme de réaliser une sorte de catharsis et de s’échapper un temps de la pression sociale: on y pratiquait la transe, l’absorption de substances psychotropes, l’invocation d’esprits d’animaux par le chant, la danse, le rythme, la mise en scène de la mort-renaissance de chaque individu , et les orgies sexuelles (enfin c’est ce qu’on dit) Ils se déroulaient souvent dans des grottes en milieu sauvage, permettant au côté animal de l’homme de s’exprimer librement, et ainsi de s’équilibrer et d’arriver à mieux s’intégrer par la suite dans la société: c’était le défouloir nécessaire à l’acceptation des règles mises en place par la société, l’espace de liberté qui permettait à chacun de se lâcher sans être jugé.


Offrandes à Dyonisos
si vous voulez lui vouer un petit culte (parce qu’il est quand même super cool,et d’ailleurs  c’est mon nouveau chouchou):
-Le musc
-le frankincense
-le storax
-la vigne et le vin
-le lierre
-les pommes
-les diamants noirs
-les pommes de pin
-les figues
-le miel
-le chanvre indien
-le chardon
-les racines d’orchidée
-à peu près toutes les sortes d’arbre.

Invocation à Dyonisos, venant des hymnes d’Orphée

J’en appelle au rugissant et réjouissant Dyonisos,
Le primitif, nature double, trois fois né , Lord Bacchique,
Sauvage, ineffable, secret, aux doubles cornes et formes doubles.
Ceint de lierre, coiffé d’une tête de taureau, guerrier, hurlant, pur,
Tu prends la chair fraîche, tu festoie, drapé de feuillages, couvert de grappes.
Ingénieux Eubouleus, dieu immortel engendré par Zeus
Né de ses ébats avec Perséphone.
Oh, toi qui est bénit des dieux, écoute ma voix
Et, accompagné de tes nymphes à taille fine, souffle sur moi
Un esprit de parfaite Agape.

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