Les portes de la perception

Extrait des Portes de la perception, d’Aldous Huxley.

La première partie du livre ou il raconte son expérience avec la mescaline est absolument extraordinaire, ensuite ça se barre dans des considérations analytiques sur l’Esprit de la religion, l’illumination et le rapport que l’humain entretient avec celle-ci–ce qui m’a franchement moins intéressé, j’avoue (un p’tit côté bondieuserie un poil borné et vaguement puritain, et moraliste avec ça)

« En 1954,sous contrôle médical et animé d’une volonté scientifique, Aldous Huxley absorbe de la mescaline, alcaloïde actif du peyotl, un cactus indien. »

En réfléchissant à ce que j’ai éprouvé, je me trouve d’accord avec l’éminent philosophe de Cambridge, le Dr C. D. Broad, quand il dit »que nous ferions bien d’examiner avec beaucoup plus de sérieux que nous l’avons fait jusqu’ici le type de théorie que Bergson a mise en avant au sujet de la mémoire et de la perception sensorielle. Ce qu’il suggère, c’est que la fonction du cerveau, du système nerveux et des organes des sens est, dans l’ensemble, éliminative, et non productive. Toute personne est, à tout moment, capable de se souvenir de tout ce qui lui est jamais arrivé, et de percevoir tout ce qui se produit partout dans l’univers. La fonction du cerveau et du système nerveux est de nous empêcher d’être submergés et confus sous cette masse de connaissances en grande partie inutiles et incohérentes, en interceptant la majeur partie de ce que, sans cela, nous percevrions ou nous rappellerions à tout instant, et ne laissant que ce choix très réduit et spécial qui a des chances d’être utile en pratique. »

Selon une théorie de ce genre, chacun de nous est, en puissance, l’Esprit en général. Mais , pour autant que nous sommes des animaux, notre rôle est de survivre à tout prix. Afin de rendre possible la survie biologique, il faut que l’Esprit en Général soit creusé d’une tuyauterie passant par la valve de réduction constituée par le cerveau et le système nerveux. Ce qui sort à l’autre extrémité, c’est un égouttement parcimonieux de ce genre de conscience qui nous aidera à rester vivants à la surface de cette planète particulière. Afin de formuler et d’exprimer le contenu de ce conscient réduit, l’homme a inventé et perfectionné sans fin ces systèmes de symboles et de philosophies implicites que nous appelons les langues.

Tout individu est à la fois le bénéficiaire et la victime de la tradition linguistique dans laquelle l’a placé la naissance, — le bénéficiaire, pour autant que la langue donne accès à la documentation accumulée de l’expérience des autres; la victime, en ce qu’elle le confirme dans la croyance que le conscient réduit est le seul conscient, et qu’elle ensorcelle son sens de la réalité, si bien qu’il n’est que trop disposé à prendre ses concepts pour des données, ses mots pour des choses effectives. Ce que, dans le langage de la religion, l’on appelle « ici-bas », c’est l’univers du conscient réduit, exprimé et en quelque sorte, pétrifié par le langage. Les divers « autres mondes », avec lesquels des êtres humains prennent erratiquement contact, sont autant d’éléments de la totalité du conscient appartenant à l’Esprit en Général.

La plupart des gens, la plupart du temps, ne connaissent que ce qui se passe dans la valve de réduction et est consacré comme étant authentiquement réel par la langue locale. Certaines personnes, toutefois, semble être nées avec une sorte de conduit de dérivation qui évite la valve de réduction. Chez d’autres, des conduits de dérivation temporaires peuvent s’acquérir, soit spontanément, soit comme résultat « d’exercices spirituels » délibérément voulus, soit par l’hypnose, soit au moyen de drogues. Par ces dérivations permanentes ou temporaires, coule, non pas, en vérité, la perception « de tout ce qui se produit partout dans l’univers » (car la dérivation n’abolit pas la valve de réduction, qui exclut toujours le contenu de l’esprit en Général), mais quelque chose de plus, et surtout quelque chose d’autre, que les matériaux utilitaires soigneusement choisis, que notre esprit individuel rétréci considère comme une image complète, ou du moins suffisante, de la réalité.

Et comme disait Blake

Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est, infinie.

Car l’homme s’est refermé sur lui-même au point de voir toutes choses à travers les étroites fissures de sa caverne.

Et si jamais vous avez envie de lire une jolie analyse plutôt intéressante de ces Portes de la Perception (enfin..analyse pour autant qu’on le puisse, disons plutôt tentative de traduction, parce qu’on se perd vite à essayer d’analyser Blake et à le faire rentrer dans des tiroirs)

William Blake, les portes de la perception

 

 

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