Astarté et la mue

J’ai toujours eu du mal avec les déesses. Et oui, je suis une fille. Mais j’avais toujours l’impression que les déesses étaient chiantes. Toujours a vouloir tout contrôler. Le p’tit côté ‘I’m in charge and ferme your gueule ». Toi t’es là mais pfouuuuuh tranquille laisse moi souffler ! Et d’où je devrais être assidue dans la dévotion toussa? Qu’est ce qui me prouve que tu fais ça pour moi, dans ta grandeur d’âme toute déitique, et pas pour tes propres intérêts?

Les dieux étaient moins chiants. Je m’entendais directement bien avec beaucoup d’entre eux. Comme des potes. Ils partent, ils reviennent, un côté assez friendly et pas prise de tête, c’est comme ça bah voilà, sinon bah tant pis, pas besoin d’en faire tout un fromage.

Et puis ces histoires de féminin sacré, ça aussi, mais qu’est ce que ça me soulait.  Pourquoi vouloir tout le temps définir ce qu’est le masculin, ce qu’est le féminin? En dehors du fait qu’on est conditionnés par notre apparence physique (vagin=hormones,règles et toutes les sautes d’humeur qui vont avec, et verge=sauts de testostérone et plus de force physique en général), et que notre physique conditionne en partie notre mental;  est ce qu’on ne pourrait pas juste foutre la paix aux gens et les laisser être ce qu’ils ont envie d’être sans les enfermer tout le temps dans des cases? Sans essayer à chaque fois d’attribuer l’adjectif « masculin » et « féminin » à chacun de nos faits et gestes?

Bref vous l’aurez compris, en général, je me sentais mieux avec les mecs. Qu’il s’agisse de dieux ou de potes.

Et la bim, Astarté arrive en fanfare.

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J’avais dessiné cette statue au Louvre quand j’avais 18 ans, fascinée que j’étais par la beauté de l’albâtre , de l’or et du rubis, et par la puissance et la simplicité qui s’en dégageait. Un peu plus d’une dizaine d’années plus tard , il y a quelques jours, je fais un rêve qui me plonge dans une sacré confusion et me réveille avec le nom ASTARTE en tête. Je me décide a retourner au Louvre pour aller voir la belle. Besoin de savoir.

Grosse douche brûlante. L’air qui vibre, comme crépitant. Une énergie très vieille, très complexe, qui a serpenté durant les millénaires depuis la lointaine Phénicie, en passant par l’Accadie, Babylone, la Syrie et l’Egypte, où elle a pris tour à tour la forme d’une déesse guerrière et cavalière, d’un démon de luxure aux côté de son compagnon Baal dans les écritures hébraiques, d’une déesse de la fertilité et de la nature sauvage ou d’une voyageuse qui récolte les météorites, une énergie insondable et difficilement définissable. D’une violence, ou d’une douceur extrême. Et j’avoue que j’aime ça.

A une période ou, après avoir fait un pas en dehors de la société, expérimenté une immersion plein nature ou l’on cuisinait à la braise, dormait a la belle étoile , cuisinait des plantes sauvages et mangeait des crapauds et couleuvres à la braise (la première bestiole que j’ai tué,c’était une couleuvre(moustiques et autres saloperies mises à part). Oui, je sais, c’est protégé et je suis une hors-la-loi, et j’en ai rien à faire. Et d’ailleurs, le crapaud et la couleuvre, c’est très fin et ultra bon, comme viande.), je me suis retrouvé face à toutes ces vieilles parties de moi, face à mes présupposés sur ce qu’était la vie et sur la manière de la mener, et ça m’a fait très, très mal. Quand on te fait gouter à la liberté, c’est toujours difficile de remettre le mords sans ruer. L’habitude nous apprivoise , insidieusement, et nous fait accepter l’inacceptable.

Disons donc ainsi, qu’à l’homme toutes choses lui sont comme naturelles, à quoi il se nourrit et s’accoutume: mais cela seulement lui est naïf, à quoi sa nature simple et non altérée l’appelle: ainsi la première raison de la servitude volontaire c’est la coutume: comme des plus braves courtauds qui au commencement mordent le frein et puis s’en jouent; et là ou naguère il ruaient contre la selle; ils se parent maintenant dans leurs harnais, et tous fiers ils se gorgent sous la barde. Ils disent qu’ils ont toujours été sujets; que leurs pères ont ainsi vécu; ils pensent qu’ils sont tenus d’endurer le mal, l’entretiennent, et fondent eux même sous la longueur du temps la possession de ceux qui les tyrannisent; mais pour vrai les ans ne donnent jamais droit de mal faire, mais agrandissent l’injure.

La boétie, discours sur la servitude volontaire (la formulation est un peu dégueu et pas toujours compréhensible, mais c’était le langage d’époque)

Et le corps, l’esprit réagissent. Ils nous envoient des signaux. Mal être, maladies, névroses. On essaye de leur faire fermer leur tronche comme on peut, à grand renforts de psychothérapies, d’hypnoses, de gélules ou d’huiles essentielles. Certaines méthodes sont plus « naturelles » que d’autres, mais elles ne sont pas moins abrutissantes. Les loisirs, les réseaux sociaux, les jeux, tout n’est qu’une tentative pour retrouver cette état de liberté qu’on avait avant de se sédentariser. Le corps se souvient, et la mémoire de ce temps est ancrée au plus profond de nos cellules, et chante pour que l’esprit suive.

Non, ça n’est pas nous même ni nos pensées qu’il nous faut changer. Enfin pas dans le sens de les remodeler pour qu’ils arrêtent de nous faire chier et nous laisser vivre la vie d’esclave que l’on mène, le sourire aux lèvres. Il est important de retrouver cet élan du sauvage, du sang et de la vie qui éclate, de la joie de la connexion au vivant. Je ne dis pas aller vivre dans les bois tout seul en perdant tout contact avec la communauté; je peux vous assurer qu’une immersion en nature tout seul, ça devient très vite chiant; plus ça va, et plus je me rend compte à quel point je suis grégaire, comme animal. Je me nourris de l’échange, de la rencontre avec les gens. Autrement je stagne et je me ratatine dans un coin comme une vieille pomme laissée dans un coin. J’ai besoin du contact avec les arbres, les oiseaux, les insectes, même les limaces. Mais j’ai tout autant besoin des gens. Et si on peut arriver à un équilibre entre les deux, et bien ça m’ira parfaitement.

 

Mais d’abord, il va falloir un peu planter les crocs et arrêter de se mentir en permanence. Se regarder en face, regarder où nous en sommes et accepter de faire des efforts pour sortir du cercle de dépendance dans lequel nous nous sommes enfermés; comme la dépendance taff/fric/consommation. Ca fait direct un peu Hippie de dire ça, mais mine de rien, c’est quand même une sacré chaîne, et dès que tu essayes de réfléchir à tout ça d’un peu plus loin, tu te rends compte que tu passes ta vie à faire un taff de merde pour t’offrir des trucs qui vont te rappeler tout ce que tu aurais pu faire si tu ne taffais pas (il faut environ 4 a 5h de travail par jour dans les peuples premiers pour abattre tout le boulot nécessaire à la survie, le restant du temps on fait ce qu’on veut).

Une fois qu’on en arrive là, on se rend compte qu’il n’y a qu’un moyen de savoir si c’est faisable: l’expérimenter. Et c’est à cette phase clef où j’en suis actuellement, dans cet état de suspension avant le saut dans le vide. Je tergiverse, je procrastine, je retombe dans mes vieux états d’incertitude insidieusement destructeurs et habitudes foireuses, sans oser me lancer. Sachant que je serais bien mieux à sauter dans le gouffre qu’à rester sur le bord en regardant le vide. Mais j’ai peur de briser mes chaînes, parce que ça voudrait dire assumer le prix de ma liberté.

 

johnsingerastarte

John Singer Sargent, Astarté

 

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