L’ange de la mort

On va continuer avec une autre figure fascinante de la mort dans le monothéisme, parce que ça serait quand même con de se limiter juste au monde paien. Je n’aime pas les clivages. Je  trouve ça idiot de refuser des enseignements, des images, ou des concepts sous prétexte qu’ils émanent « de l’oppresseur ». Certes, je comprends le rejet que peut avoir le monde paien envers tout ce qui se rapproche du concept de dieu unique et des conversions forcées que le monde à subit depuis l’apparition des monothéismes judéo-chrétiens et arabo-musulmans (je mets le zoroastrisme à part), mais pour autant, il existe de très belles exceptions riches d’enseignements comme la mystique juive–la kabbale– et la mystique musulmane–le soufisme. (bon, il existe aussi une kabbale chrétienne  et des illuminés comme William Blake qui ont retravaillé à une réinterprétation très intéressante de la bible, mais je ne les aborderai pas ici)

Refuser d’aller voir ce qui se passe chez son voisin, ou son ennemi, c’est une grosse erreur. C’est rester bien confortablement assis sur son canap’ en parlant de dieux païens avec son petit cercle qui va toujours être d’accord avec tout ce qu’on raconte-normal, ils ont les mêmes croyances que nous- , histoire d’être confortés dans nos points de vue et d’éviter les schismes inconfortables qui pourraient nous faire remettre en cause notre vision du monde. J’essaye personnellement d’éviter de porter un jugement sur le contenu, j’observe, je m’imprègne et ensuite, je vois de quelle manière je peux l’intégrer-ou le refuser.

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Mais revenons à notre ange de la mort. Quand on parle d’ange, tout de suite, on a la vision un peu cucul la praline des sites pleins de paillettes qui débordent tellement d’amour que l’on se sent vite souillé (vous savez, ça fait un peu le même effet que les petits chats avec des nœuds roses dans le bureau d’Ombrage, ça dégouline tellement de guimauve qu’on en ferait vite une crise de foie). Un ange, ça ne pète pas, ça vole sans se prendre les pieds dans les innombrables rubans de satin qui restent en l’air on ne sait pas trop comment, surement par le même miracle qui fait tenir les cheveux des filles en l’air sur les pubs de parfum, un ange  ça brille comme la peau des vampires dans Twilight.

 

« L’ange de la mort me dit:’Ca n’est que pour préserver l’honneur de la race humaine que je ne leur tords pas le cou comme on le ferait pour des bêtes que l’on abat' »(‘Ab. Zarah 20b)

Quand tu lis des trucs comme ça, ça te calme direct. Mais…Mais…c’est pas sensé être gentil, un ange? Doux, affectueux, comme Médor?

Bon. Revenons un peu en arrière, et remettons les choses dans le contexte.

Les textes fondateurs des monothéismes (le Koran, la Bible…pour ne citer qu’eux) ont été écris à une époque ou ces deux religions avaient besoin d’asseoir leur emprise sur leurs fidèles. Et pour ça, ils avaient plusieurs solutions à leur portée:

1) la peur, il fallait que les envoyés de dieu et dieu lui même fasse suffisamment flipper la populace pour qu’elle le prenne au sérieux. Du coup ça y allait avec les descriptions de châtiments d’impies, les croisades, les représentations de l’enfer et des démons toutes plus tordues les unes que les autres, comme les tableaux de Jérôme Bosch ou les gravures de Dürer.

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Bouh (le christ aux limbes, 1525, de Jerome bosch. On comprend que les fidèles mouillent leur pantalon.)

2) il fallait trouver des valeurs auxquels les fidèles pourraient adhérer, et qui les mette dans une situation-disons de culpabilité, par rapport au péché originel par exemple- histoire de les engluer un peu plus, et de les rendre dépendants . La notion de bien et de mal est donc extrêmement importante pour le catholicisme de l’époque, car en posant ces concepts, elle détermine l’humain et donc la société qui le constituent. Tu donnes des règles, des conduites à suivre qui servent de carotte, et tu brandis le fouet des tortures de l’enfer derrière histoire de te dissuader d’emprunter les chemins sauvages. (je vous conseille l’émission sur le bien et le mal avec Annick de Souzenelle dans Les racines du ciel, si vous avez envie d’explorer la question)

Un texte est forcément influencé par le point de vue de ceux qui le composent, les moeurs de l’époque, et l’esprit du temps; il est important de toujours prendre ça en compte lorsqu’on travaille sur les textes dits « originaux », histoire de ne pas les prendre au pied de la lettre et de vouloir les appliquer texto au monde d’aujourd’hui (pour ça que je ne suis pas fanne des reconstructivistes. Vouloir faire ressortir de la tombe un culte en essayant de le préserver des influences modernes en s’enfermant dans sa bulle du passé, ça ne donne rien de bon… Pour moi c’est juste un genre de mort vivant, sans vie propre, car la vie est changement et évolution).

 

Revenons donc du coup a notre cher ange de la mort.

Curieusement, ses attributs et sa fonction sont plus ou moins similaires dans le christianisme, le judaisme et l’islam . Dans la bible, c’est une entité qui n’a pas de volonté propre, un simple messager de dieu. On l’appelle « le destructeur », c’est celui qui tua tous les premiers nés égyptiens dans l’histoire de Moise, celui qui fait des ravages dans Jérusalem. On l’associe parfois avec Samael, l’antéchrist.

Dans la littérature juive, il possède un visage très intéressant: il reçoit lui aussi ses ordres de Dieu (bin forcément), mais lorsqu’il a la permission de détruire, il le fait sans distinction de bien ou de mal. On dit qu’il fut créé le premier jour, et que dieu lui donna les pouvoirs nécessaires pour récolter les âmes: il possède douze ailes, son corps est recouvert d’yeux, et il possède une épée au bout de laquelle tinte une goutte de bile. A l’heure de la mort, l’ange se tient à la tête du lit du mourant; lorsque celui-ci aperçoit l’ange, il est saisit d’une telle frayeur qu’il ouvre la bouche, l’ange y jette la goutte de bile , ce qui le tue et enclenche la putréfaction. L’âme s’échappe par la bouche ou la gorge, et lorsqu’elle est détachée sa voix porte de ce monde-ci jusqu’à l’autre, mais personne ne l’entend. Des quatre méthodes d’exécution recensées par la littérature juive, trois sont liées à l’ange de la mort: la crémation, en versant du plomb fondu sur le mort (référence à la goutte de bile), la décapitation (avec l’épée) et la pendaison (il est dit que la corde est un autre attribut de l’ange de la mort.)

Il possède aussi un manteau particulier, qui lui permet de prendre l’apparence de ce qu’il veut: il est dit que dans les cités ravagées par les épidémies, il se balade tranquillou sous l’apparence d’un mendiant.

Alors, invoquant le courage violent du désespoir, une foule de masques se précipita à la fois dans la chambre noire; et, saisissant l’inconnu, qui se tenait, comme une grande statue, droit et immobile dans l’ombre de l’horloge d’ébène, ils se sentirent suffoqués par une terreur sans nom, en voyant que sous le linceul et le masque cadavéreux, qu’ils avaient empoigné avec une si violente énergie, ne logeait aucune forme humaine.
On reconnut alors la présence de la Mort rouge. Elle était venue comme un voleur de nuit. Et tous les convives tombèrent un à un dans les salles de l’orgie inondées d’une rose sanglante, et chacun mourut dans la posture désespérée de sa chute.
Edgar Allan Poe, le Masque de la mort rouge
Dans la Torah, il est dit qu’il y a 6 anges de la mort: Gabriel pour les rois, Kapziel pour les jeunes, Mashbir pour les animaux, Mashhit pour les enfants, Af et Hemah pour les hommes et les bêtes (la différence entre « animal » et « bête »? Aucune idée. Peut être que les « bêtes » sont les animaux domestiqués par l’homme)
Dans le Zohar, le livre de référence de la Kabbale, l’ange de la mort est nommé Azriel (héhé, ça vous rappelle pas un certain Lord attifé d’une panthère des neiges?); je n’ai pas réussi à trouver beaucoup d’infos le concernant si ce n’est qu’il est associé au Sud et qu’il commande des légions d’anges.
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L’ange de la mort dans Hellboy, les légions d’or. J’ai toujours trouvé qu’il avait une classe de dingue.
Dans la littérature arabe, on retrouve cette représentation un poil flippante de l’ange de la mort telle qu’elle apparaît dans la Torah: il porte le nom d’Azrael. Dieu, ayant créé la mort, ne pouvait que difficilement contenir son terrible pouvoir: il l’enchaîna avec 70000 chaînes longues de voyages de 1000 ans chacune, et l’entoura de millions de barrières, mais ça n’était pas suffisant pour la contenir. Il appela Azrael pour qu’il veille sur la mort, et celui-ci ouvra d’un seul coup toutes ses ailes, et tous ses yeux. Tous les autres anges, sous le choc, s’évanouirent pendant un millier d’années; Azrael se vit accorder tous les pouvoirs disponibles afin de maîtriser la mort.
On dit qu’Azrael possède autant d’yeux et de langues qu’il existe d’êtres vivants sur terre; et qu’à chaque fois que l’un d’eux meurt, un des yeux tombe.  A la fin du monde, il est dit que dieu retira tous les yeux d’Azrael, à l’exception de 8: ceux d’Israfil (Sarafel), de Michael, Gabriel, Azrael et ceux des quatre « Hayot », le chariot divin.
Ca n’est pas l’ange de la mort qui choisit qui va mourir; mais il est prévenu de la mort par deux signes: le premier, c’est une feuille de l’arbre de vie qui tombe sur ces genoux quarante jours avant la mort de celui auquel la feuille appartient, le deuxième, c’est un fil blanc qui entoure le nom de la personne qui va mourir dans le livre qui contient les noms de toute l’humanité, présente, passé et future.
Il existe aussi de nombreux contes des gens ont essayé de passer outre la sentence mortelle, en jouant des tours à l’ange de la mort: dans le Talmud, on raconte l’histoire de Joshua, qui, voyant que ses jours arrivaient à leur fin, demanda à l’ange de lui montrer sa place au paradis. Une fois qu’il fut là, il demanda à l’ange de lui donner son couteau, histoire qu’il ne soit pas effrayé; puis Joshua le jeta par dessus les murs du paradis, et l’ange de la mort qui ne pouvait pas y accéder fut bien emmerdé. Dieu demanda a Joshua qu’il lui rende son couteau, celui-ci refusa jusqu’à ce qu’il hausse le ton. Il existe une autre histoire dans laquelle un professeur, voyant l’ange de la mort lui apparaître dans la rue, lui reprocha de se « jeter sur lui comme une bête »; l’ange, bon prince, lui laissa un peu de temps et vint le cueillir chez lui, comme une fleur. A un autre professeur, il laissa un délai de trente jours, afin qu’il puisse transmettre son savoir avant de mourir, il conversa même avec le Rabbi Bibi sur la mort et d’autres choses. Un mec bien quoi, qui me fait penser un peu à la Mort dans Terry Pratchett qui aime les petits chats et discuter avec les gens, mais qui doit juste faire son job, parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse.
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