L’esprit qui se courbe

Sous un ciel pâle

 A côté d’une grange rouge

En dessous des blancs nuages

C’est là tout ce à quoi nous avons droit.

Ici, la lumière suintera

Et la faux moissonnera

Et l’esprit se déchirera

En comptant vers sa fin.

[…]

Sous ce soleil de zénith, après notre bonne course

Lorsque l’esprit se courbe

Plus loin que ce à quoi il a droit

Et c’est tout ce que je veux

Amener mon esprit émacié plus loin

Que ce qui lui est accordé.

Joanna Newsom, Leaving the city

 

Pour être honnête, je suis juste fatiguée des mots. Je suis fatiguée des discussions, des remises en question, des questionnements, des prises de becs, de cette marée qui nous assaille. Mais je continue d’écrire. Certains trouveront que c’est pas très digne de s’épancher comme ça, qu’on a pas besoin d’en savoir tant sur ma vie, et que de toute façon on s’en contrefout. Well, maybe! Mais là n’est pas la question. J’écris pour guérir. J’écris parce que ça me fait du bien . Parce que ça permet à ceux qui me lisent de résonner au même rythme et de participer en même temps à leur guérison, si leurs blessures sont les mêmes et qu’ils acceptent de participer au processus. Avant de guérir, tu dois mettre à plat tout tes squelettes. Laver ton linge en public et accepter , ce faisant, que ça ne fasse plus partie de toi parce que tu l’as rendu au Tout, tu l’as remit en circulation.

On a pas le droit de garder quoi que ce soit. Que ce soit des messages, de l’énergie, de la lumière. On a tout au plus une liberté de mouvement sur tout ce qui concerne la traduction, et la manière de le transmettre. Je choisis de parler de ce que je veux, de garder le reste pour le transmettre autrement. Par le chant, par le dessin, la danse, ou n’importe quelle activité.

J’avais besoin de revenir à la terre. Durant ces trois semaines à la ferme, j’ai planté des milliers de poireaux, des centaines de salades, de haricots, j’ai désherbé, ai récolté, nettoyé, tamponné et trié des centaines d’oeufs tous les jours, ai déplacé des cailloux, arrosé, récolté, préparé des épinards pour la vente… Le rythme du corps et la danse des mains qui grattent la terre, le dos courbé contre le vent , tout ça à supplanté les mots. Tu prends conscience de la portée véritable des tes actes. Que si tu oublies de recouvrir les plants un soir et qu’ils gèlent, la récolte toute entière est foutue.

Mais tu apprends aussi que ton corps sait. Que tu peux lui faire confiance pour retenir l’information qui te lie à ton environnement mieux que ta tête ne saurait le faire, toute encombrée qu’elle est. Apprendre à faire confiance à son corps est difficile. Pour moi , c’est en permanence l’épée de Damoclès. Pas d’alcool. Pas de café. Faire attention à la façon dont tu gère tes efforts, sous peine d’avoir le souffle coupé et une fatigue de plomb qui te tombe dessus. Lui faire confiance pour qu’il tienne le coup. Le traiter avec respect, et amour. Comme tout ceux qui t’entourent.

Je suis en pleine épuration de ma pratique. J’ai l’impression qu’il faut que je me fasse le plus légère possible. J’ai rendu la plupart de mes pierres à l’eau; je garde juste mon Athamé parce que j’aime le Fer et l’Epée, mon bodhran et mon bol tibétain. Niveau fringues, j’essaye de voyager efficace et utile; je ne garde pratiquement aucun vêtement en synthétique, beaucoup de soie trouvée aux fripes parce que c’est léger en plus d’être joli et isolant.J’ai donné des sacs entiers de fringues. Après trois semaines à la ferme, à rentrer tous les soirs couverte de terre (et j’aime ça!), je me suis remaquillée pour aller voir des amis en ville avant de revenir en France. Je me suis regardée dans le miroir, et je ne me suis pas reconnue. C’est Moi, ça? Je préfère les cheveux aux vent et l’allure débraillée, les chaussures crottées. Je me sens moins sale après avoir travaillée toute la journée à tremper les mains dans la terre, la crotte de poulet et le compost qu’après une journée de taff devant l’écran, enfermée dans une petite pièce.

 

Au niveau des dieux, aussi. Je n’arrive à me lier à aucun d’eux. Je n’arrive à rendre de culte à aucun d’eux. J’ai toujours l’impression « que quelque chose ne va pas ». Ca n’est pas que je dénie leur existence. Les messages font parfois surface. Mais les tarots et oracles me perdent plus qu’ils ne me guident. Les dieux m’enchaînent plus qu’ils ne me libèrent.

Rushing, tearing, speeding home:
Bound to a wheel that is not my own
Where round every bend i long to see
Temporal infidelity

All along the road, the lights stream by
I want to go where the dew won’t dry
I want to go where the light won’t bend-
Far as the eye may reach-nor end

But inasmuch as that light is loaned
And, insofar as we’ve borrowed bones
Must every debt now be repaid
In star-spotted, sickle-winged night raids
While we sing to the garden, and we sing to the stars
And we sing in the meantime
Wherever you are?

Seul reste mon Nom. Le reste à été donné.

tumblr_o64ny2ZQJg1qdxn3oo1_400

François-Louis Français, Orphée.

 

Publicités

Une réflexion sur “L’esprit qui se courbe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s