Arawn,le roi de l’autre monde

Mon paradis est fait de cuivre, mon coeur d’acier, ma lune une motte de glaise,

Mon soleil une peste qui brille à minuit & une brume de mort dans l’obscurité.

Quel est le prix de l’Expérience? Est ce que les hommes l’achètent pour un chant

Ou troquent-ils la sagesse contre une danse des rues? Non, on paye le prix

De tout ce qu’un homme possède, sa maison, sa femme, ses enfants.

La sagesse est vendue dans le marché abandonné ou plus personne n’achète

Et dans le champs flétri où le fermier se courbe en vain pour son pain .

Traduction approximative d’un extrait de Vala et les quatre Zoas, de William Blake.

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Voilà qui résume plutôt bien Arawn, le roi de l’autre monde de la mythologie Welsh (j’utilise le nom anglais qui est ma fois plus seyant que le nom français « gallois » ou « pays-de-galleux » ). Comme toujours lorsqu’il est question de savoir à quelle divinité on a affaire, il est de notre devoir de mener l’enquête et d’essayer de rassembler tous les indices qui passent à notre portée, et à nous faire aider de tous les moyens à notre disposition: oracles, runes, ogham (je m’y mets très sérieusement ces temps-ci) , bibliomancie, musicomancie (lancer une playlist et écouter les chansons qui défilent en aléatoire), Yi-King…

Hir yw’r dydd a hir yw’r nos, a hir yw aros Arawn

Long est le jour, longue est la nuit, et longue est l’attente d’Arawn.

(un vieux conte Cardigan)

Tout commence il y a longtemps, très longtemps, au coeur d’un poème épique composé au coeur des Wales. Dans ce joyau de la littérature épique britannique portant le doux nom des Quatre Branches du Mabinogi, le héros Pwyll se retrouve malencontreusement à passer d’un monde à l’autre et là paf, il se retrouve nez à nez avec une bande de chiens de chasse blancs aux oreilles teintées de rouge qui se délectent d’une carcasse de cerf.

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« Wahwah! » Qu’ils dirent.

Il décide donc de chasser les chiens pour pouvoir récupérer la carcasse pour lui tout seul, parce que bon, c’est pas parce qu’ils ont une couleur un peu particulière qu’il faut se laisser intimider par ces punk de chiens (et pas punk à chiens, on est bien d’accord), non mais! C’est alors que le maître des chiens sort de derrière les fourrés (surement parti au petit coin) et s’indigne de voir que Pwynn a houspillé ses précieux chiens comme un malotru. Qu’à cela ne tienne, pour réparer le litige, le maître des chiens qui n’est d’autre que le roi d’Annwn, le royaume des mort, lui dit:

« -puisque c’est comme ça mon pote, je te file mes chiens, mon chateau, les clefs de la caisse du trésor, ma femme et ma cuisinière pendant un an. Ha, et juste un petit détail: j’ai quelques affaires guerrières avec le royaume voisin. Rien de très grave, je les ai juste sur le dos depuis quelques centaines d’années et j’arrive pas à m’en débarrasser. Donc si tu pouvais t’en charger pendant que je prends ta place de lord Dyfed, ça me fera des vacances. Allez amuses-toi bien hein! »

Pwyll, qui est en train de se dire qu’il s’est bien fait niquer pour si peu, va donc s’atteler à sa tâche avec zèle , jusqu’à arriver à battre le rival d’Arawn, un gueux du nom de Hafgan. Et comme si la tâche n’était pas assez ardue, il se retrouve chaque nuit à devoir résister aux avances de la femme d’Arawn qui trouve étrange que son mari soit soudain si froid avec elle. L’honneur vous comprenez, et aussi surement le fait que Pwyll se doute qu’il risque de se retrouver raide mort si Arawn apprend qu’il a testé de nouvelles positions du Kamasutra avec sa femme.

A l’échéance du deal, Arawn et Pwyll rééchangent leurs corps et vies respectives. Arawn, plutôt content de la manière dont les choses se sont déroulées , devient très bon ami avec Pwyll , et veille même sur sa descendance longtemps après sa mort: il envoie à son fils des super cochons d’outre tombe (oui, ça a l’air pourri comme ça comme cadeau, mais vous imaginez? On peut en faire des boudins de la mort qui tue, ça envoie du pâté).

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Ca donne moyen envie vu comme ça.

Malheureusement pour les cochons et pour le fils de Pwyll,   Gwydion fab Don, le magicien trickster, décide qu’il se paierait bien une tranche de jambon surnaturel: il entre à la cour sous la forme d’un barde, chante une petite chansonnette (Justin Bridou, le baton de berger),et parce qu’il est très fier de sa chanson perrave, demande en échange de se faire payer avec les cochons. Pryderi, le fils, hésite un peu, quand même, Arawn a dit qu’on était pas sensé les donner comme ça, les cochons…Mais bon…On peut les échanger quand même, histoire que je puisse quand même avoir de quoi m’en acheter une petite tranche un peu plus tard…

Dommage pour Pryderi, cet échange de cochons débouchera sur une guerre (comme quoi ça commence toujours avec des trucs à la con, des guerres), ou il se fera tuer au combat par Gwydion fab Don , qui non content d’avoir du jambon à volonté décide qu’il se farcirait bien un lord en dessert.

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Mais revenons en a Arawn. Qu’est ce qu’il fait donc durant tout son temps libre? Et bien il chasse. Et tout comme ses confrères Odin(ou Wotan) ,dame Holda, Hennequin, le roi Arthur, la Dame de Moissey, Herod, Cain, le conte Arnau, Fionn mac Cumhaill… il sort les jours de grand vent, et il part avec ses chiens blancs écumer campagnes et villes à la recherche des âmes perdues afin qu’elles se décident à rentrer à la maison et à arrêter de souler les vivants. Il aime chasser surtout en Automne, en hiver et au printemps, et dans les cieux retentissent les aboiements de sa meute, qu’on peut confondre avec le cri des oies sauvages en migration.

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Image tirée du jeu The Witcher III, The Wild Hunt. Le perso principal a un p’tit côté Arawn.

Entre deux chasses aux âmes, il se retrouve mêlé à d’autres affaires, comme celle de la Bataille des Arbres, ou il se battit contre le géant Bran, pour sauver sa soeur, Branwen; dans certaines légendes, il est dit que le vol de l’un des chiens d’Arawn par Amaethon (frère du magicien trickster Gwidion) en fut l’élément délencheur. Arawn s’apprêtait à lancer l’assault contre la troupe d’Amaethon, en sachant qu’il existait de son côté, et de l’autre une faille qu’il était nécessaire de trouver pour mener à bien l’assault: de chaque côté des combattants, il existait un homme (ou une femme) dont l’opposant ne connaissait pas le nom; et le premier qui réussirais à le deviner se rendrait maître du champs de bataille. Malheureusement pour Arawn, son pire ennemi le relou Gwidion devina le nom avant lui (une anti-sèche surement, ou bien il passait ses soirées à jouer au Qui est-ce) ; et ils se firent ratatiner comme des têtes réduites.

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Le chevalier vert, et Sir Gawain qui pionce comme une souche sur une souche (c’est moi ou on dirait Cernunnos avec une hache?)

Arawn apparaît aussi dans les légendes arthuriennes sous le nom de Bertilak, le chevalier vert, qui possède un chaudron de régénération qu’Arthur le colonialiste vient réclamer (ça y’est, on a une table ronde et on se croit tout permis!); il est accompagné dans certaines histoires par Mallt-y-Nos , Matilda de la nuit, une chasseresse ivre d’âmes morte et pas-tout-à-fait, qui lui empreinte ses chiens à l’occas juste pour le plaisir de se délecter de la peur des pauvres petites âmes perdues ; il est dit parfois que l’impatiente n’attend pas que les gens soient totalement morts pour leur courir après.

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C’est une chose aisée que de rire aux éléments qui se déchaînent,

Que d’entendre le chien hurler sur le pas d’une porte exposée aux vents, que d’entendre le boeuf mugir dans l’abattoir,

De voir un dieu dans chaque tempête & une bénédiction dans chaque bourrasque,

D’entendre des mots d’amour dans l’orage qui détruit la demeure de tes ennemis, que de rejoindre la rouille qui détruit ses champs & la maladie qui fauche ses enfants

Pendant que chez soi l’olive & le vin chantent & dansent tout autour de nos portes & que nos enfants nous apportent fruits & fleurs.

Car alors les plaintes et les douleurs sont oubliées, tout comme l’esclave qui grimace au moulin

Tout comme le captif enchaîné & le pauvre en prison,& le soldat sur le champs de bataille

lorsque les os éparpillés l’ont laissé gémissant au milieu des vivants plus heureux que lui.

C’est chose aisée que de rejoindre les tentes de la prospérité.

Je pourrais chanter et vous rejoindre, mais ça n’est pas pour moi.

Suite de la traduction de Vala et les quatre Zoas, de William Blake

 

 

 

 

 

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