Du sang et des fragments

Enlève ce masque inutile, embrasse tout ce qui te fais peur

Car la joie doit conquérir tout désespoir

Le pardon vient du coeur humain,

La pitié à un visage humain,

L’amour est une forme de défi humain

La paix est portée par l’homme

Pour le pardon, la pitié, l’amour et la paix

Louons leur détresse

Mais acceptons le pardon.

Patti Smith, my blakean Year

Après la réaction à chaud d’hier, j’avais envie d’écrire un article un peu plus posé, histoire de vous expliquer un peu mon post précédent, et de faire le point sur tout ce qui s’est passé. Ca remue. On a pris l’habitude de voir des scènes de violences, des images d’enfants morts sur des plages ou écrasés sous les décombres des bâtiments bombardés en Palestine, de voir des photos terribles des massacres de Boko Haram au niger ou d’altercations en Crimée.

Alors pourquoi en faire tout un foin pour 130 morts, alors qu’il y a tellement de massacres qu’on passe sous silence? Parce que c’est un symbole certains nous diront. Parce qu’on pensait que tout cela ne nous atteindrait pas. Parce que pour nous protéger, on n’arrive que difficilement à compatir pour des gens qui sont situés à des milliers de kilomètres de chez nous, des gens qu’on ne connait pas et qu’on ne rencontrera jamais. C’est bête à dire, mais on va plus pleurer pour la mort de notre chien que pour les milliers de victimes d’un ouragan ou tsunami. On va compatir, bien sur, mais on ne va pas, émotionnellement, se sentir aussi impliqué que si l’évènement est lié à des lieux, à des gens que l’on a fréquenté.

Le Bataclan par exemple. La salle de concert où à eu lieu le plus gros massacre. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que j’aurais pu y être. Que des gens que j’aime auraient pu y être. Le copain d’une amie à ma soeur s’est fait tirer dessus, il est toujours à l’hopital en état critique. Cette salle de concert était ma préférée. J’ai assisté à des concerts fantastiques là-bas; les Sud-Africains survoltés de Die Antwoord, et puis le Lillois Skip-The -Use (un nom à la con, j’en conviens parfaitement). Ou le boulevard Charonne, où je me baladais souvent lors de mes années à Paris. Quand tu vois une vidéo ou tu entends les gens hurler, ou tu vois les corps, le sang par terre dans des lieux que tu connais, ça remue les tripes.

Et cette implication émotionnelle est à double tranchant. Parce qu’elle peut nous mener à hair. A hair les gens qui sont responsables de ce massacre.  Je ne peux m’imaginer la souffrance, la peine des parents dont les enfants se sont fait massacrer, la peine des amis, des frères, des amants. Comment pourrais-je me mettre à leur place? Je ne pourrais pas. Mais une chose est sûre: je ne céderais en aucun cas à la peur, ni à la haine.

Et puis comme dirait un petit bonhomme vert de ma connaissance

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« La peur est le chemin vers la force obcure. La peur mène à la colère. La colère mène à la haine. La haine mène à la souffrance. »

La peur est comme un rideau qu’on va te mettre entre toi et ta perception du monde. Quand tu as peur, tu commences à douter de tout. Tu peux douter de tes amis, des gens que tu fréquentes. Tu commences à flipper ta race dès que quelqu’un marche derrière toit le soir. Tu commences à stigmatiser des groupes de personnes histoire de donner un visage à ta peur. Les musulmans par exemple, ou les réfugiés. La peur et la colère doivent trouver une cible. Un bouc émissaire. Et qu’importe, lorsque tu es dans cet état là, que les personnes que tu cibles soient les vraies responsables ou non. Car les choses ne sont jamais aussi simples que ce qu’elles paraissent être. Je ne dis pas qu’il faut excuser l’acte commis par les terroristes. Mais comprendre comment, et pourquoi ils en sont arrivés là. Comprendre que la plupart du temps, ce sont des gens à qui on a fait un lavage de cerveau, qui ne savent même pas pourquoi ils le font. Qui sont perdus, qui recherchent un but dans leur vie, à qui on a promis la gloire ou la vie éternelle, ou les deux. Ou de l’argent. Qui vont se contenter d’appliquer les ordres de ceux qui les manipulent, sans se poser de questions, parce c’est bien plus pratique comme ça. C’est un cercle sans fin; la plupart du temps, c’est une réponse à un rejet de la société et à une volonté d’intégration dans un groupe, quel qu’il soit. Des gens arrachés de leur culture, de leur pays, des gens qui veulent retrouver une identité, quelle qu’elle soit. Un rejet d’un système, un mal être; c’est la société qui fabrique ses propres monstres, en oubliant d’éduquer , en oubliant de soutenir ceux qui en ont le plus besoin. En trouvant des victimes qui servent d’exemple et de boucs émissaires aux problèmes de la population, qui vont finir par entrer en réaction et à devenir bourreaux à leur tour.

Non, je le répète, je ne donne pas raison aux terroristes. Je ne donnerais jamais raison à quelqu’un qui enlève la vie d’autrui. Mais fustiger, et stigmatiser ne fait qu’attiser la colère, et ces gens là ne méritent pas qu’on leur porte attention, ni qu’on mette un nom sur leur personne. Comme dirait l’Odieux Connard dans son très bel article:

Du reste, qu’ajouter ? Que la peur retombée, ne resteront que la bêtise de quelques poltrons, qui pour s’acheter une parcelle d’éternité, ont étalé leur lâcheté au grand jour. Reprenons-leur cette éternité : souvenons-nous des victimes, mais ne retenons des bourreaux que l’idiotie et pas les noms. Donnons-leur la damnatio memoriae qu’ils craignaient, et puisqu’ils ont choisi de fuir les conséquences de leurs actes dans leur néant, infligeons-leur l’oubli. Le but du martyr est de rester dans les mémoires. Nous pouvons donc encore, malgré leur fuite dans l’au-delà, leur rendre un peu de terreur en oubliant, avec le temps, des noms que nous ne connaissons pas encore, et qui ne devraient tout au mieux provoquer chez nous que moquerie.

Parce que si nous versons dans la vengeance, ou dans la haine, qui donc se verra donc être l’objet? Les réfugiés Syriens par exemple? Ne croyez donc pas qu’ils en ont déjà assez, qu’ils sont ici justement parce qu’ils fuient ce genre de violence? Qu’ils sont ici parce qu’ils espèrent donner une chance à leurs gamins, trouver une terre où recommencer leur vie, rechercher un peu d’espoir et de paix, chercher tout simplement à survivre? Les musulmans, avec lesquels,selon la Chine et Poutine , la France aurait été « trop laxiste »? La France est un état laic, réputé être un lieu d’ouverture, de tolérance, de liberté, de fraternité (amen, je l’ai faite celle là) . Un état ou chacun peut pratiquer , quel que soient leurs croyances ? Du moment que la façon de vivre d’autrui n’empiète pas sur la liberté d’autrui, je ne vois pas le problème.

Prenons l’île de la réunion par exemple. Lorsque j’y vivais, la population était complètement disparate: il y avait des hindous qui cohabitaient avec des musulmans, des chrétiens, et des africains. Et ça se passait relativement bien, malgré évidemment, la tendance de chaque groupe ethnique à rester entre eux. Mais tout le monde s’en foutait, si tu croyais en Shiva, en Jesus, en Allah ou en monstre aux spaghettis volants.

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« Merde papa! Tes bourses sont beaucoup plus grandes que les miennes, t’aurait pu créer les miennes à ton image! »

Alors quoi? On retourne à nos vies comme si de rien était?

Presque. Il ne faut dans tous les cas pas rentrer dans le jeu de la peur, et de la confusion. Se perdre en conjectures complotistes; parce que quelque soit la vérité qui se trouve derrière tout ça, cela ne fera que renforcer la méfiance à l’égard de son prochain, du gouvernement, de tout le monde. Et dans des temps comme ceux ci, nous avons besoin de compter les uns sur les autres. De se serrer les coudes. Et de penser aux victimes.

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Les fleurs au Bataclan

Par ce que toute cette souffrance, ça laisse des traces. Dans les murs, dans les consciences, dans les lieux, dans l’atmosphère. Et tous ces rassemblements spontanés, déposer des fleurs, allumer des bougies, verser une larme pour tout ceux qui sont mort, c’est une superbe preuve d’amour. De délivrance aussi, de tout ce qui s’est accumulé dans ces lieux.  J’ai tendance à penser que ces actions spontanées ont quelque chose de très fort, spirituellement parlant. Quelque chose d’apaisant.

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Alors si vous en avez le temps et l’envie, pensez à une petite bougie, ou une fleur. Ou plus prosaïquement, si vous êtes sur Paris, ils auront surement besoin de renouveler leurs stocks de sang, pensez au don!

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