Le Joker et l’hypnose sociale.

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Oh. Hello you.

Je vous avais bien mis l’eau à la bouche dans le précédent article, donc aussitot dit, aussitôt fait. Le Joker. Le trickster. Le Fou. Cet insaisissable , insupportable, terrifiant, drôle, répugnant, imprédictible , attirant et absurde personnage.

Trop d’adjectifs qui eux mêmes essayent d’enfermer le Fou dans des cases dont lui même se défait aussitôt avec la plus grande aisance. Les Mots sont les amis du fou, mais il ne se laisse pas pour autant prendre dans leur chaînes. Les mots sont à double tranchant: ils peuvent délivrer, mais mal utilisés , ils enferment. Oh, combien la torture psychologique peut être terrifiante. A quel point un seul mot peut enclencher souffrance, ou joie , faisant le lien avec des souvenirs et sensations qu’on croyait enfouis à tout jamais.

Au moyen âge, les fous étaient les seuls personnages qui possédaient le droit de dire ce qu’ils voulaient, de critiquer souverains, institutions, hauts placés. Personne n’y échappait. Le fou etait celui qui rappellait à quiconque l’illusion du pouvoir , qui décelait toutes les failles dans les rouages du pouvoir et se faisait un plaisir de mettre à plat toutes les affaires qu’on essayait de glisser sous le tapis, toute ces ordures que l’on couvrait sous un apparat clinquant, tels les parfums entêtants dont se parait la cour du roi pour couvrir le fait qu’ils, disont le franchement, puaient. Le fou rappellait au roi que tous les hommes sont égaux devant la mort. Il était un oeil extérieur à la société, un oeil critique , distant , qui voit le jeu sociétal mais y participe tout de même, pour le simple plaisir du jeu.(contrairement au moine, qui lui le plus souvent se contente de se retirer dans sa grotte, ok je sais, je fais une grosse réduction mais c’est pour l’effet de style)

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« Why so Serious? »

C’est aussi ca, le Fou. Quelqu’un qui va enseigner l’absurdité de ce jeu. Si nous sommes tous des jouets au sein du prisme social, si nous sommes des acteurs , comme le défini le principe de Persona de Carl Jung (le masque que nous gardons en société, tout simplement pour garder des relations fluides et ne pas nous taper sur la tronche en cédant à nos impulsions –z’imaginez le carnage aux heures de pointes dans le métro si tout le monde s’écoutait et décidait , sous le coup de l’énervement, de décrocher la tête de son voisin à coups de savate?) , ça devient dangereux lorsque nous somme perdus dans notre « rôle ». Lorsque la « personnalité sociale » devient notre nous profond et que nous devenons persuadés que ce rôle , c’est nous.

Je m’explique: si vous vous définissez comme « médecin », ça, c’est votre « rôle social ». Vous serez définis par les autres grâce à tout une panoplie d’adjectifs, qui servent à reconnaître la personne, à avoir une impression nette de celle-ci: vous serez « celui qui à la tchatche », « celui qui est timide » « celui qui est fan de star wars », « celui qui est social », ou « le nerd », ou encore « la meuf bizarre ».
Et ouip. Si les gens ne savent pas sur quel pied danser avec vous, ils sont perdus. Il ne savent plus comment interréagir avec vous, de quels sujets parler en votre présence… la Persona nous sert de langage, elle nous sert à interréagir avec autrui. Sans persona, vous êtes perdus en vous mêmes, incapables de communiquer, et de comprendre ce qui se passe avec les hommes. En la laissant prendre la place de votre Vous, vous en devenez serieux, rigides, persuadés de posséder la science infuse, selon Jung, Etre sa persona inhibe le développement personnel.  Une séance de psychanalyse commencait toujours avec lui par la destruction de la persona: la encore, c’est le role du Joker que mettre à bas les masques , paradoxalement en en enfilant des pléthores.

Le joker est un artiste, un acteur, un fin psychologue mais aussi un mec graveleux qui va s’attacher les couilles pour faire rire les dieux et conclure un pacte,c’est un petit malin toujours pret à encenser l’absurde . C’est quoi l’absurde? C’est quand tu mets deux choses qui n’ont a priori rien à voir entre elles, et que ca créé un décalage tel que ton cerveau, qui ne comprend pas la logique de ce qu’il vient de voir , reste stupéfait. Et ce décalage te force à voir justement ce que tu considères comme connections, et à les remettre en cause. A remettre en cause ta facon de te voir, ta facon de voir les autres, et la société. Ce décalage peut être illustré par le singe signifiant de la tradition Yoruba: dans la légende, le lion, roi des animaux, commande verbalement au singe de faire certains mouvements.Mais le singe, qui utilise le langage des signes, réinterprète en permanence selon son propre gré les injonctions du lion, n’etant pas enfermé par le langage mais utilisant ses subtilités à son avantage, et en les retournant contre son opresseur.

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Il decida de faire des claquettes plutot que d’aller servir un mojito au roi, pretendant que le vent ainsi produit serait plus rafraichissant.

Le trickster est un catalyseur. Il aide, paradoxalement, au maintient de la structure sociale en permettant qu’on relâche la pression. Si tu demandes à untel de vivre selon des règles fixées, il va finir par t’envoyer bouler, lassé de se sentir emprisonné par son propre rôle. Mais la présence de quelqu’un qui passe outre les règles, qui s’en moque, qui défie l’autorité sera comme un puits par lequel vont s’écouler les frustrations et questionnements de chacun, et qui va délester le poids social.

Le joker est une figure que l’on retrouve à tous les âges. C’est Renart qui joue des tours à Ysengrin. C’est Loki qui balance leurs quatre vérités à une assemblée de dieux essayant de maintenir leur dignité. C’est le Fou du roi. Ce sont les esclaves qui prenaient la place de leur maître durant les Saturnales . C’est le Corbeau qui rapporte le feu aux hommes en dépit des foudres des dieux, tel notre prométhée.C’est le Coyote des natifs americains. C’est le héros Askeladd des contes norvégiens. Il défie les dieux, il défie le sacré, tout en en sublimant le sens:

Beaucoup de traditions de natifs tiennent les clowns et tricksters en grande estime: ils les considèrent comme essentiels dans le rapport avec le sacré: le gens ne pouvaient pas prier tant qu’ils n’avaient pas ri, parce que le rire ouvre et libère l’esprit des idées préconcues: les hommes se devaient d’avoir un trickster de présent à chacune de leurs cérémonies les plus sacrées,  pour ne pas qu’ils oublient que le sacré vient aussi des renversements et des surprises malencontreuses; le trickster est source de création, et de naissance . (Napalm and Silly Putty by George Carlin)

Bon, et aujourd’hui alors? Ce sont qui, nos tricksters? Voltaire , Sade (bon ça ça date un peu, ils sont un poil périmés les momies à ce jour d’aujourd’hui). Le mec de Bref? Des dessinateurs de presse? Golden Moustache(si vous l’avez pas vu, ils ont fait une super video pour le climat avec Nicolas Yolooo), l’Odieux Connard? (qui a un site soupair que je vous incite plus que fortement à aller zieuter, c’est drôle et instructif ) . Peut être un peu de tout ça. A partir du moment où tu essayes de tordre les codes sociaux, tu peux faire le taff du Trickster. Ou tu peux simplement apprécier sa compagnie , mais à tes risques et périls, ne prends jamais rien au serieux!

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