Les ruines de l’ancien monde

Je suis l’esprit du pardon, personne ne peut blesser sa propre illusion

Mes mains sont paralysées par la douleur, tu es l’écharde dans mes veines

Tu prends ta tête entre tes mains, tu ne comprends rien à ce qui t’arrive

Je pressens que les réponses te font peur , j’ai gardé les blessures en moi

Je suis la Ligne, je te maintiens à mes côtés

Il n’y a aucun fardeau à porter, je vois clairement

Je suis complet, je ne connais pas le vide,

Je n’ai aucune conscience à garder tranquille, je sais qu’il n’y a rien de plus.

Tu te fais des illusions avec tes questions, espérant une rectification

Je t’ai trouvé attaché à la croix, avec le Jugement dans chacune de tes pensées

Tu sais que mes mots ont tous le même sens, tu t’es enterré ici pour t’isoler

Et dans cette prison de ton esprit, tu es né sans volonté
Quand donc a tu commencé à t’en fouttre?

Ca fait tout de suite bizarre quand tu te réveille à quatre heure du mat’ avec tes écouteurs qui te jouent précisémment ces mots là. Je m’endors souvent avec la musique sur les oreilles, j’aime beaucoup cet état de semi-conscience où beaucoup de choses arrivent , on les accepte sans les analyser, on flotte dans une mer d’informations où l’on ne filtre plus ce qui décide de venir à nous. Forcément, pour moi qui était en pleine remise en question, je me suis dite direct « ma fille, y’a un truc à creuser là. » Hop, je prends une piécette, je l’imprègne un peu de mon énergie et j’y imprime mentalement la rune Tiwaz (je fais ca à chaque fois que je veux utiliser un oracle qui pourrait être influencé par des énergies extérieures, ça le « remet droit » ) , je pose la question.

« Univers, Tout, Haut-moi ou Poussière, Ombres ou machin universel, c’est toi? »

Face. « ouip ».

Hah.

Bon. Faut dire que depuis que je me suis decidée a faire le vide , je me retrouve souvent avec des phrases qui pop-up de nul part. Là, écrit sur une voiture « Your soul is free« . Là, sur un T-shirt « create and destroy« . Et puis hier, en revoyant Mad Max 2 avec des potes  » Tu es un charognard Max. Tu vis sur les ruines de l’ancien monde. » Et évidemment, ça apparait à chaque fois que je suis perdue dans mes pensées à ce propos. J’ai essayé de passer mon dimanche à ne rien faire. C’etait plus dur que je ne l’avais imaginée. Toutes les 5 minutes, j’avais envie de descendre au jardin, faire un tour, faire la cuisine, grignoter un truc, prendre une tisane, ne pas aller sur l’ordi ou la télé parce que toute facon je n’en ai pas –et c’est tant mieux, mais méditer…non, ca ne venait pas. Pousse ton esprit à ne rien faire, il va devenir hyperactif. Essaye de verser dans l’ascétisme, il va chercher tout aussitôt à te plonger dans tous les vices les plus frétillants.

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Tu le sens bien, le frétillement? (loki, par Audrey Koch)

C’est bien ce que disait Allan Watt: tu ne peux pas forcer ton esprit à faire quelque chose. Ca n’est pas en disant  » ca y’est , je l’ai decidé, je suis forte, belle et intelligente, et plus jamais je ne me laisserais aller à être méchante  » que Hop le changement s’opère et que tu le deviens. Toujours selon lui, dans le Zen, si tu cherches à atteindre ce qu’on appelle la Libération, tu va voir, admettons, un gourou. T’arrives, tu lui dis « oh je suis impur, j’ai péché, j’ai été méchant, ou j’ai tué quelqu’un ou fait du mal, patati patata« . Le gourou, son role, c’est comme le psy, c’est pas de faire le travail à ta place. C’est juste de t’aider à trouver ce qui est bien pour toi. S’il a un tant soit peu de jugeotte , il ne va pas condamner tes actes, pas plus qu’il ne va les approuver. Il va juste t’écouter.

Et oui, voici la grande nouveauté que je vous rabâche depuis je sais pas combien d’articles: on est tous différents, et par la même, on ne peut absolument pas demander à quelqu’un d’appliquer des solutions qui ont fonctionnées pour nous. Il va à la limite te dire « va y , va donc dormir sur des clous sans rien bouffer pendant trois semaines, te battre avec des ours avec un silex et un pagne en bambou qui te gratte le cul » parce que c’est ce que tu demande, quelque part. Te soumettre à une certaine discipline, pour avoir l’impression d’évoluer et d’occuper ton temps. Pour te purger de ton sentiment de culpabilité. Et oui, les paiens ne sont pas en reste, c’est moi qui vous le dit. Le sentiment de culpabilité, qu’on soit chrétien, païen ou athé, on le ressent. On a la sensation qu’on doit payer, qu’on doit souffrir pour des erreurs qu’on a commises, des souffrances qu’on a causées àchez autrui, des dettes karmiques accumulées dans des vies passees ou un péché originel, ou tout simplement dans le fait d’être humain. On fait partie de cette race maudite, qui s’autodétruit, qui pollue la terre, l’eau , le ciel, qui empoisonne ses semblables et génère toute cette souffrance. On se sent obligé de porter le poids de toute cette souffrance , et de payer le prix.

Mais il n’y a pas de fardeau. Le fardeau que nous nous imposons est celui la même qui nous enferme, et qui continue la chaîne de la souffrance.

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Aucun acte d’amour ne peut fleurir s’il est sous-tendu par la culpabilité, la peur, ou un coeur vide, tout comme aucun plan pour le futur ne peux être fait par ceux qui ne savent pas vivre maintenant.

Allan Watts

La culpabilité, la souffrance, la peur sont cette épine dans le flux des veines du monde.  La peur nous fait nous raccrocher aux bribes de ce qui meurt, l’empêchant de se transformer en quelque chose de nouveau, empêchant la Vie de fleurir de nouveau. La peur paralyse, nous empêche de réfléchir clairement. Nous fait nous raccrocher à des illusions pour avoir une sensation de sécurité. On est, en tant qu’humains, des cellules de ce grand organisme qu’est la Terre. Et tout comme toutes nos cellules se renouvellent sans cesse, meurent, renaissent, meurent tout de même, l’organisme grandit, évolue, mais reste cohérent, sous-tendu par je ne sais quelle force gigantesque.

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(Gaia, par le dessinateur Boulet )

Il faut juste avoir confiance en la vie , et plonger dans le changement lorsqu’il s’offre à nous. L’accepter, surtout ne pas lutter. Se débarrasser des bagages encombrants; ils ne seront pas perdus, mais dissous pour profiter à autre chose. Selon Alan Watt, il existe deux moyens de se connaître: La voie de l’ascétisme, et la voie du Trickster. L’ascète se coupe de tout, cherche le minimalisme et le dépouillement, la privation, le Trickster, à l’opposé, essaye tout, plonge dans tout ce que lui offre la vie, jusqu’à l’overdose . Il brise les tabous . (je ferais un article  sur son rôle dans les prochaines semaines, ainsi que sur l’hypnose sociale, hé,en ce moment c’est le trecenat du Singe dans le calendrier Maya, un des grands Tricksters avec le Lézard). L’un n’est pas meilleur que l’autre: il est bien de les essayer tous les deux, pour ensuite avoir une idée de ce qui nous convient et de savoir où l’on se positionne dans ce spectre des sensations.

Le monde d’aujourd’hui est comme un vieux corps fatigué: partout , on en voit les signes d’essouflement: guerres, montée d’extrèmisme religieux, changements climatiques, flambée des maladies auto-immunes, désordres sociaux et problèmes environnementaux. Une crise. Ca fait très mal de prendre véritablement conscience de tout ça. Mais ça soulage. Parce que d’un seul coup, on sent qu’on a une possibilité de lâcher prise sur tout ce qui nous semblait abberrant de faire pour vivre: taffer comme un chien pour se payer un mac et se pourrir la santé en restant devant un écran toute la journée. Brûler des litres et des litres de matière organique accumulée depuis des siècles, tout ça pour… ramener des ananas de république dominicaine ou remplir les rayons de produits arrachés encore verts à la terre, lorsqu’ils ne sont pas carrément cultivés hors sol.  Tout ça nous revient avec violence dans la tronche, tout ça nous réveille soudain. Tous ces emballages. Tout ce monde qui tente de s’accrocher à un modèle de croissance économique non-viable à long terme. Et ton corps le sait. Et ton esprit ne veux pas l’écouter, il préfère rester dans la sécurité, accroché à sa souffrance comme une vieille moule sur son rocher.

Et si tu agissais? Si tu t’écoutais? Si tu décidais de faire pousser tes propres légumes, de te demander comment faisait ta grand mère avec son jardin d’un hectare, à faire son pain elle même et faire ses pots de conserve pour tout l’hiver? Si tu réapprenais à faire un feu, à reconnaître les plantes sauvages, à regagner ton indépendance, à te reconnecter avec tous ceux qui sont dans la même dynamique que toi, à faire ce que tu sens être bon pour toi et pour ton corps?

Va y. Peut importe que tu fasses des erreurs. Tu t’apercevras que les choses sont plus faciles que tu les as imaginées. Tu SAIS faire les choses. Ton corps, tes mains, ton nez, tes pieds savent.

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Une jolie lune de Felix Valloton parce que je savais pas quoi mettre d’autre

Et les dieux, ils savent? Les dieux. Je ne sais plus trop quoi penser d’eux, ni comment me positionner par rapport à eux( d’ailleurs si vous avez encore envie de rigoler un peu grace a Boulet, aller donc lire cette petite bd , y’a Zeus qui se fait sauver par une mamie) . Ce qu’on voit d’eux , ce qu’on perçois d’eux n’est que ce que notre cerveau est capable de comprendre et de voir d’eux. Comment être sûr que c’est bien la voix d’untel, et non pas celle de mon Haut-Moi, de l’univers? Est ce que je dois les considérer comme des facettes? Eux aussi sont une part du grand tout, une de ces réflexions. Sont- ils aussi une part de moi même, que je nomme, que j’encadre dans une somme de mythologies, de noms, d’énergies?

Le problème principal des dieux, c’est ce qu’on fait d’eux. C’est la manière dont on essaye de les mettre dans des cases et par la même, c’est là qu’on peut devenir fanatique. J’entends moult païens me dire qu’ils le sont devenus parce qu’ils en avaient assez du dogmatisme de la religion chrétienne. Ce ne sont pas les seuls: à partir du moment ou un mouvement devient assez large pour qu’il commence à s’auto-organiser tout autour de règles pour que tous les gens qui les suivent aient un sentiment d’appartenance à la communauté, il y a un problème. Parce que les gens vont se sentir obligés de suivre des règles qui ne leur correspondent pas pour avoir l’impression d’appartenir à cette même communauté (la peur humaine du rejet et de la solitude) , et qu’ils vont dans un même mouvement, sans en être conscients, commencer à fustiger tout ce qui ne rentre pas « dans le cercle »: le monotéisme, les athées, le druidisme, les fans de tokyo hotel, tout ce que vous voulez. Ces chaînes, règles auquelles on se soumet, auquelles on décide de croire, deviennent comme tout autant de filtres apposés sur notre façon de voir les choses.

Je me rappelle comment je voyais les dieux, et les esprits, avant d’entrer dans le monde du paganisme, et de commencer par la Wicca. Je voyais les choses d’une manière très libre, universelle. Et sans m’en apercevoir, j’ai glissé petit à petit dans tout un tas de lieux communs, qui me semblaient jusqu’à peu considerés comme « normaux »: une classification, une volonté de mettre les dieux et esprits en cases, une certaine facon de les voir et de me les représenter. Une certaine facon de réfléchir aussi.

Nous avons du mal à croire  que nos émotions et pensées les plus privées ne nous appartiennent en fait pas du tout. Parce que nous pensons en termes d’images et de langages que nous n’avons pas inventés, mais qui nous ont été donnés par la société.

Allan Watts

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