I feard the fury of my wind

I feard the fury of my wind

Would blight all blossoms fair & true

And my sun it shind & shind

And my wind it never blew

But a Blossom fair or true

Was not found on any tree

For all blossoms grew & grew

Fruitless false tho fair to see

William Blake, I feard the fury of my wind

J’eus peur que la fureur de mon vent

Ne détruise tous les fleurs de vérité et de justice

Et mon soleil brillait et brillait

Et mon vent jamais ne souffla.

Mais aucune fleur de vérité ou de justice

Ne se trouvait dans aucun des arbres

Car toutes les fleurs s’épanouissent

Sans se préoccuper de savoir si leur fruit sera juste ou bon.

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Image: victor ngai

Cet article sera surement plus intimiste que les précédents, mais j’ai besoin de l’écrire, ça a un côté cathartique. Le vent souffle de toutes ses voix dehors, ma mère dirait surement qu’il s’agit du « vent des fous », qui fait perdre l’esprit à ceux qui l’écoutent trop longtemps.

Je vais partir pour célébrer Litha à vélo, dans un cercle druidique. C’est la première fois que je m’y rends; jusqu’ici, les sabbats que j’ai fêté , je les ai toujours effectués en compagnie d’amis proches, des paiens tout aussi déjantés que moi qui n’ont de titre que celui du très fameux « coven des pizza » (moi c’est prêtresse Calzone d’ailleurs, faut bien rigoler un peu, j’ai du mal avec les gens qui se prennent trop au sérieux).

Ca va paraître super hérétique de dire ça, mais je n’ai jamais ressenti le besoin de fêter les esbats et sabbats. Je les fête parce que j’aime voir des gens pour cette occasion, j’aime avoir un contexte, j’aime cuisiner, préparer, partager avec un petit groupe de gens tout aussi tarés que moi avec lesquels j’ai l’impression que je peux enfin, pour une fois, arrêter de me cacher et de prétendre pour se fondre en société. Avec eux, pas besoin de se cacher pour aller faire un calin à un arbre, discuter a bâtons rompus d’esprits et d’énergie dans le métro sous les regards dubitatifs de passants en en ayant juste rien à taper de ce que le bon sens commun me dicte, s’arrêter pour ressentir une fleur, un arbre.

Aujourd’hui, ils sont tous en France, et ils fêtent Litha ensemble. Et oui, déménager, c’est ça aussi; manquer ces réunions qui m’étaient ô combien bénéfiques.

Les changements d’environnement me sont toujours difficiles. Depuis les quelques semaines que j’ai passé ici, je me réveille tous le jours a 4h du mat, je dors plutôt mal, et surtout j’accumule un stress incroyable. Tu te dis « OH! CHUIS UNE SORCIERE OU JE LE SUIS PAS HEIN? UNE BONNE PURIF’ ET C EST BON, A LA POUBELLE LE STRESS! »

Mais non. Ca ne fonctionne pas comme ça. Si la magie nous rendais infaillibles, ça se saurait. On peut , au mieux, toucher du doigt les choses qui sont responsables de notre état de stress et de faiblesse, et essayer de trouver des solutions pour les atténuer.

« OK. Je vais me faire un cercle super puissant autour de ma chambre, j’enfume tout avec de la sauge et je mets du sel autour de mon lit, ça devrait le faire.  »

Mes runes: « Nope. Tu ne te protèges pas. »

Je repose la question, une , deux fois. Ca ne peut pas durer les mecs! Faut que je me repose la! Laissez moi un peu de répit, laissez moi retourner dans ma grotte et me couper du monde le temps que je me reconstruise un minimum!

-Nope. et Re-nope.

Je pose la questions à mes autres oracles. Tous me redisent exactement la même chose.

« Ne te protège pas ».

Bon, ok. Merci les mecs, j’ai compris la leçon. Je suis fatiguée, épuisée. Il me suffit de fermer les yeux pour que des images étranges, des mandalas, des formes terrifiantes et magnifiques ne se meuvent au delà de mes paupières. Imagination? Ou est-ce qu’effectivement, le jour de Litha est bien, avec celui de Samhain, le jour ou la frontière entre les deux mondes est la plus faible? Je me souviens mon dernier Samhain. La nuit, je vais à ma fenêtre. Je ferme les yeux, et de nouveaux, toutes ces formes étranges et visions qui s’impriment , impression grouillante d’une farandole organique, comme l’expression visuelle de chants, des ondes sonores mises en couleurs, des odeurs transformées en sons, des peurs, des espoirs, des vies au delà de l’humain qui se pressent sur le pas de la porte. Flippant et exaltant à la fois.

Je décolle vers 3h30 de l’après midi. 30 minutes, ça devrait être suffisant pour aller jusqu’au jardin ou se tient la cérémonie, à 10 km de la ville. Je charge mon sac avec une infusion de plantes pour boire durant le trajet, quelques pierres, tarots et runes, un pain spécial aux herbes de ma confection pour le repas (un truc complètement random, avec de la betterave, de la sauge, de l’ortie, du plantain et de la menthe) , et mes petites gambettes qui j’espère tiendront bon sur tout le trajet.

Le vent souffle . Toujours plus fort, et contre moi. Pédaler est difficile. Putain de faux plats, putain mais c’est les montagnes russes ce pays! J’y vais doucement. Je m’arrête dès que je commence à être un peu épuisée. Oh, tiens, de l’achillée millefeuille. Hop, dans le sac. Le vent hurle toujours a mes oreilles, il semble me passer à travers, arracher tous les lambeaux de ce que je suis, me réduire à un fétus de paille balloté dans un ouragan; et les feuilles autour gémissent, les arbres frémissent, toute la plaine semble couchée sous la force de ce vent tout puissant, qui n’a que faire de ce qui essaye de lui résister. Il mugit, rugit, et je commence à avoir peur. Et si je n’y arrivais pas? Si je tombais de fatigue, là, sur le bord de la route? L’épuisement et ses symptômes reviennent, comme à chaque fois que je force trop physiquement. Les vertiges tout d’abord. La difficulté à respirer. Les tremblements. Je serre les dents. Nope, ça ne se passera pas comme ça. Tiens bon, petit corps. Je récite dans ma tête le mantra d’agni, en espérant qu’il opposera une résistance farouche à mes peurs qui se pressent sur le palier.

Je m’arrête. Suis-je au moins sur le bon chemin? Une voiture qui passe me réponds que oui « mais c’est à pétaouchnock, vous feriez mieux de revenir à la ville pour prendre le bus »! Non, pas question! D’ailleurs je tire une rune pour me conforter. Tiens, le chêne à l’endroit. C’est quand même pas mal pour une rencontre en clairière druidique!

Je continue sur mon chemin. Ça fait maintenant plus d’une heure que je pédale, je n’en peux plus. Et toujours aucun signe de l’endroit ou se trouve la clairière. Je décide de m’arrêter pour demander mon chemin à trois passants.

« ah mais c’est pas du tout par ici! Vous êtes au moins à 20 km de l’endroit où vous vouliez vous rendre! Il vous faut revenir à votre point de départ et puis reprendre une autre route ».

WHATTTT????

Je ne sais pas si c’est mon air dépité allié à ma teinte de tomate dégoulinante de sueur qui leur a inspiré de la pitié, mais le fait est qu’ils décident de me parachuter (façon de parler hein) à mon point de rendez vous. C’est que ces monsieurs ont une fourgonnette et qu’ils ont de la place pour ramener aussi ma bicyclette, vous voyez.

Je ne peux qu’acquiescer en hochant la tête, trop fatiguée et embuée de gratitude pour parler.

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tulutuuuutuuuuuu *petite musique d’interlude* Nous reprenons bientôt notre programme cher lecteur avec l »illustratrice Andrea Wan. Bonne après midi à vous et ne manquez pas nos prochains articles!

J’arrive finalement à la clairière , avec deux heures de retard. Il y a je ne sais combien de voitures parquées devant le jardin. He beh, je ne pensais pas que c’était aussi connu! Mes conducteurs s’enquièrent du genre d’évènement qui se déroule ici « heuuu vous savez, un genre de fête. Je sais pas trop, c’est la première fois que je viens ».

Le jardin est magnifique. N’importe qui y aurait juste vu un bordel innommable où la nature aurait décidé de faire ce qu’elle veut, j’y vois une explosions de formes, de couleurs, de vie qui vibre incroyablement. Tiens donc, mais y’a un genre de « sas » aussi! Oh, tiens , une aubépine ! Je te reconnais ma grande, ton énergie chaleureuse m’est tellement agréable. Oh!  De la consoude! De l’ajonc, de l’armoise!

Je suis aux anges. Je sens que je vais me plaire ici. Je me rends compte à quel point un coin tranquille m’avait manqué durant tout ce temps.

Les convives sont déja tous à table. Il y a des jeunes, des vieux, assez peu de gens de mon âge au final, tous bavardent tranquillement.  On est assis sous la véranda, à laquelle on accède par un petit chemin coincé entre les églantiers. La nature semble t’accueillir à bras ouverts. Des tableaux un peu kitsch sont accrochés un peu partout, des grisgris, des représentations de la déesse mère et du « green man » fleurissent sur les murs. Ici, une cane ornée d’une superbe ramure de cerf. Des capes vertes, violettes, noires sont accrochées sur le porte manteau. La cuisine, tout aussi chaleureuse, est toute de bois, de céramique et de tommette vêtue. Les plats sont disposés sur une grande table en bois brute, à gauche est accrochée une grande étagère qui sert de refuge à d’innombrables tasses en céramique émaillées, gravées de triscels, oghams et labyrinthes. Des paquets de chocobons , des bocaux, des statuettes en bois africaines et un réchaud à bois sur lequel trône une énorme théière en métal viennent parachever l’impression d’avoir passé un porte pour un autre monde.

Après avoir mangé un bout (je mourrais de faim!), le silence se fait soudain. Il est temps pour chacun qui le veut de partager les oeuvres qu’il souhaite. Tout le monde, jeune et vieux , mettent la main à la pâte, offrant leur voix, leurs mains qui font chanter leurs instruments, ou simplement leur attention. Certains sont extraordinairement touchants, on y sent une souffrance poignante et vibrante, qui semble toucher la maîtresse de cérémonie de plein fouet. Chez elle aussi, il y a une espèce de souffrance sourde, et un genre de réactivité extrême , comme un instrument très délicat que le plus petit souffle d’air ferait vibrer; le maitre de cérémonie, qui me fait penser au père noël à woodstock (il était paré d’un t shirt fantastique aux couleurs psychédéliques , je respecte profondémment ceux qui osent porter des trucs pareils), semble diminué, comme si on ne l’entendait que de très loin , comme si tous ses « sons » étaient comme étouffés. J’appris plus tard, en revenant en voiture avec l’une des convives qui avait un coffre assez grand pour y mettre mon vélo, qu’elle avait été très affectée par la perte d’un parent proche, et qu’elle ne faisait plus de cours d’herbalisme à cause de la maladie de son mari. (quel dommage, j’aurais adoré en savoir plus, cette femme semble posséder un vrai talent!)

Je revins chez moi le soir, fatiguée mais heureuse. Comme si l’effort physique, et le fait de résonner avec la souffrance d’autrui par leurs chants , poèmes et sons m’avait en quelque sorte « nettoyée ».

Le vent est retombé, après avoir chassé les nuages.

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